Moby Dick, chap. LXXIIT, LXIV, CVII
par la forme dont il les a vêtues, une force de persuasion que Sans doute nul autre procédé ne leur aurait donné. Ceci dit, il convient de rappeler qu’à notre gré certains critiques exagèrent l'intention symbolique de Melville, en cherchant dans ses livres un plan secret, tout différent de l'intrigue apparente, et dont les ramifications s'étendent partout. Surtout, nous pensons que l'intérêt qu’on porte à ces symboles ne doit pas faire mépriser la peinture des choses tas gibles, dont l’importance est capitale, au moins dans les plus grands de ses ouvrages !. En fait, c’est quand l’ailégorie s’appuie sur la réalité la plus vivante que sa leçon devient réellement efficace, et c’est encore une raison pour que Moby Dick, où symbole et réalité ont une valeur égale, l'emporte sur les livres qui l’ont suivi.
On voit comment les dons intellectuels de Melville furent, à des degrés divers, mis à profit au cours de sa carrière pour enrichir son œuvre. Jeune, et n’ayant pas encore la nette conscience de ses vastes ressources, il fut un remarquable réaliste ; mais son œuvre manqua de cette poésie, et aussi de ce retentissement intellectuel qui devaient caractériser ses grands livres. Epuisé par la maladie et l’insuccès, il devait quelques années plus tard perdre le contact du réel, et déconcerter son lecteur par des œuvres parfois chimériques, dont les défauts sont trop sensibles pour qu’on les souligne à nouveau. Mais entre ces deux périodes une éclatante apogée avait eu lieu. Tous ses dons, alors, l'avaient en même temps servi, et le chef-d'œuvre qu’il fit nous prouve combien un tel ensemble de richesses était rare.