‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 37 sur 327 · SA D · texte numérisé non relu

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juchés sur la carcasse et armés de bêches coupantes, l’aidaient à venir, en une longwæ bande régulière. Une fois amené sur le pont, il était coupé en morceaux, mis en barils, et descendu à la cale. Si l’on espérait la présence d’ambre gris, on allait le rechercher dans les entrailles. Sinon, la tête était coupée et restait seule amarrée au flanc du navire ; on épuisait la cavité frontale ; la cire était mise en barils, et le blanc de la baleine, séparé, était coulé en forme de pains. On allumait alors la fournaise. Les barils de lard de la caleremontaient sur le pont, leur contenu passait à la chaudière, et l'huïñte ou la cire ainsi extraite était à son tour mise en barils. Le travail était poursuivi en pleine nuit, jusqu’à son achèvement, et la lueur de ia fournaise se voyait au loin sur la mer. Le lendemain, à l'aube, les guetteurs étaient à leur poste, cherchant à découvrir un nouveau gibier, prêts à crier, encore une fois : « The she blows ! »

Les baleiniers de Nantucket et de New-Bedford devaient inspirer, surtout à l’époque de leur déclin, toute une littérature. On conçoit que de pareils dangers aient suscité l’admiration des écrivains sagement restés à terre. On admet que de jeunes garçons aventureux et pleins d'illusions se soient embarqués pour une chasse dont ils ne connaissaient pas la vraie nature. Mais pour qu’un homme comme Melville, sachant parfaitement à quoi s’en tenir, acceptât de gaieté de cœur de partir pour des années, de vivre sur un bateau empesté, de coudoyer des compagnons brutaux, de se soumettre à une discipline inhumaine, d'affronter de terribles dangers, il fallait que ses raisons fussent bien fortes. C’est pourtant la vie qu’il allaït, volontairement, s’infliger pendant dix-huit mois.

Le baleinier sur lequel Melville embarqua se nommait l’Acushnet.

Le nom nous est connu depuis longtemps *. C'était un trois-mâts franc

de quelque trois cent cinquante tonneaux, du port de New-Bedford, qui partit pour son premier voyage tout à la fin de 1840, et revint après plus de quatre ans, lourdement chargé de cire, d'huile et de £anons. Il devait accomplir encore deux autres campagnes, sous

1. Grâce au rôle d'équipage publié par Starbuck (A.), op. cit., au témoignage de Mrs Melville reproduit par Stedman en 1892, à une note manuscrite, où Melville avait consigné le destin d’une partie de ses compagnons et que Mr Weaver a publié en 1921, p. 130 ; zd., pp. 160-161.

d’autres commandants, et périr près du port, à la fin de la troisième, à peu près à l'époque où Melville terminant Moby-Dick, décrivait la fin tragique du Pequod.

Les documents depuis, ne sont pas beaucoup plus nombreux. Deux points cependant sont fixés : l’Acushnet appareilla le 30 décembre 1840, et c’est le 9 juillet 1842 que Melville déserta ?. Il resta donc moins de dix-huit mois à bord. L’itinéraire suivi par le baleinier n’est pas encore connu avec certitude. Mais certaines précisions déjà données par l’érudit new-yorkais, Robert S. Forsythe, donnent à penser qu’il pourra prochainement l’établir ?. Dès à présent, en tout cas, on peut faire quelques suppositions vraisemblables. Evidemment, le chef-d'œuvre indiscuté de Melville, Moby-Dick, n’est aucunement la chronique du voyage de l’Acushnet. Cependant, quand on lit au début du livre :

« Je fourrai une chemise ou deux dans un vieux sac de nuit, je « le mis sous mon bras, et je partis pour le Cap Horn et le Paci- « fique . »

On peut être assuré que Melville songeait à son propre voyage. L’imaginaire Pequod dont parle Moby-Dick suit un tout autre itinéraire. Sans doute, l’Acushnet franchit le Horn. S'il fit une escale en route, ce fut aux îles du Cap Vert. Melville les mentionne, dans son essai The Gees* avec la précision d’un homme qui les a vues, et nul autre voyage n’a pu l’y conduire. Le Cap Horn passé, l’Acushnet resta dans le Pacifique. Il est certain qu’il fit relâche aux Galapagos : la minutieuse description qu’on lit de ces îles dans The Encantadas ÿ en esi la preuve ; par contre il est douteux qu’il ait abordé d’autres terres importantes : Melville ne les eût-il pas un jour mentionnées dans ses livres ? Mais on ne peut pousser plus loin les conjectures : nous ajouterons seulement que, si l’on croit Typee, l’Acushnet qui, dans le livre est baptisé Dolly, atteignit les Marquises après avoir tenu la mer pendant de longs mois. Poussé par l’alizé, il venait de la région des îles Galapagos f. Ainsi tout porte à croire que la cam-

1. Russel (Thomas) Yarn for Melville’s Typee, Philo. Quart, XV, pp. 16- ‘29, 17 janvier 4936 (p. 28). 2

2. Forsythe (Robert. $S.) Herman Melville in Honolulu, N. Engl. Quart, VIII, I, pp. 99-105, passim, mars 1935. Herman Melville in the Marquesas : tbid., pp. 1-15, p. 2.

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