‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 38 sur 327 · Typee, p · texte numérisé non relu

Typee, p

pagne faite par Melville se passa dans les immenses solitudes du Pacifique oriental.

Nous ne sommes pas très renseignés sur les vingt-six hommes qui quittèrent New-Bedford avec Melville. Sur le rôle, on relève à tout le moins deux Portugais, deux noirs, un Irlandais. Nous savons aussi que onze seulement devaient revenir au pays : le premier lieutenant quitta le bord après une rixe avec le capitaine, cinq ou six hommes désertèrent. D’autres furent débarqués ici et là, souvent pour aller mourir à terre : les maladies vénériennes surtout firent parmi eux des ravages. Sans en savoir plus, on peut juger du milieu où Melville se trouvait jeté, et l’on devine de quoi cet équipage, libéré de contraintes, était capable : pendant l’escale aux Marquises :

« Le navire fut livré à toute espèce de désordre et de débauche. « Nulle barrière, si faible fût-elle, ne s’interposait entre les mauvais « instincts de l’équipage et leur satisfaction illimitée. On voyait régner « la licence la plus grossière et l’ébriété la plus ignoble*. »

Un seul officier, le commandant, nous est connu de manière un peu précise. Nous savons par Starbuck qu’il s'appelait Valentine Pease. Le mémorandum laissé par Melville nous apprend en outre qu’il ne revint au pays que pour être enfermé dans un asile. Enfin l’on ne saurait douter que le « Capitaine Vangs » de Typee représente bien le capitaine Pease. Le portrait n’est pas élogieux

« Le capitaine était responsable de ces abus. Il était vain de penser « qu'il y porterait remède, ou modifierait sa conduite, qui était arbi- « traire et violente à l’extrême. Sa prompte réponse à toutes les « plaintes et à toutes les remontrances était le gros bout d’une barre « d’anspect, administrée d’une manière assez convaincante pour « réduire efficacement le plaignant au silence?. »

Un seul des compagnons de Melville nous est connu en détail : c’est celui qu’il appelle Toby. Dans ce lot de forbans, Melville fait en sa faveur une exception, et dans Typee il lui fait jouer un rôle de premier plan. C'était, apprenons-nous *, un jeune garçon à peu près de l’âge de Melville. Physiquement, il était beau : petit, d’ossature fine mais souple, il avait le teint hâlé par le soleil des tropiques, et ses yeux noirs étaient ombragés de boucles épaisses, sombres comme le jais. Son apparence était rehaussée encore par une certaine recherche dans la tenue. Au moral, il était franc, serviable, bien qu’il se refu-

Page 1