‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 46 sur 327 · Wise (H. A.). Los Gringos, 1 vol. in-12, Londres · texte numérisé non relu

Wise (H. A.). Los Gringos, 1 vol. in-12, Londres

3. Recherches australiennes, op. cit., pp. 126-128. Voir également l’article paru en même temps de D. Aaron : « An English enemy of Melville ». (N. Engl. Quart., VIII, décembre 1935.

prisonniers. Or, quelques années plus tard, Lucatt lut avec indignation deux ouvrages appelés Typee et Omoo, écrits par un nommé Herman Melville, qui était de toute évidence un des mutins de la « caliboose ». Lucatt se croit en droit d’affirmer que ce Melville n’est rien moins que l’homme au coutelas. De toutes façons, son récit n’est qu’un tissu de faussetés :

« N'ayant que mépris pour la vérité, la gratitude et le courage, il « a sali grossièrement, et nommément, plusieurs dignes résidents de « Tahiti, qui ont sans doute fait, sans espoir de récompense, plus de « bien à leurs semblables, depuis qu’ils sont dans l’île, qu'Herman « Melville n’en a fait dans toute son existence. Je pense plus par- « ticulièrement au Dr Johnstone, qui est représenté d’une manière « entièrement fausse, et toute à son détriment. »

Il est évident que Lucatt s’est laissé emporter par la rancune. I] est peu probable que Melville ait lui-même brandi le fameux coutelas. Il doit y avoir du vrai dans ces dires pourtant, et les matelots que l’auteur nous peint dans Omoo sous des couleurs favorables, ont dû être des forbans d’assez belle sorte. Le récit de Lucatt a encore un autre intérêt : il nous montre que les mutins ont passé en prison beaucoup plus de temps que Melville ne veut bien l’avouer.

« Lucatt, dit M. Earnshaw, fut arrêté et mis aux fers le 12 novembre « 1842, c’est-à-dire plus de deux mois après l’arrivée à Tahiti de la « Lucy-Ann ; en sorte que les trois semaines de prison mentionnées

4 par Melville peuvent dès ce moment-là être allongées jusqu’à huit

« semaines ou plus ; et même alors Lucatt ne voit pour eux aucune « perspective de libération. »

Les découvertes de M. Earnshaw ont, on le voit, à peu près complètement éclairé cette portion des voyages de Melville. Le seul moment qui reste obscur est le séjour — d’ailleurs très court — qu’il fit à Imeeo.

On peut conclure que le récit fait dans Omoo, est fidèle dans l’ensemble, bien que l'intérêt romanesque ait incité Melville à changer certaines proportions, et que le désir de rendre sympathique les joyeux forbans auxquels il s'était associé l’ait rendu assez injuste envers leurs « persécuteurs ». Il y a dans cette attitude une indication précieuse. Montrant clairement sa préférence en faveur des « hors la loi », et accablant de ses sarcasmes les personnages supposés « honorables », il nous laisse entrevoir le chemin parcouru, de révolte en révolte, entre le jour où son puritanisme enfantin avait

commencé à s'élargir, et celui où, à la fin de janvier 1843, il s'éloigne

, d'Imeeo :.

Ce que fit Melville pendant les mois qui suivirent son départ d’Imeea fut longtemps un mystère absolu. Les seuls renseignements qu'on possédàt étaient entièrement contradictoires. Melville lui-même, à la fin d'Omoo, disait s'être embarqué sur un baleinier américain, qu'il nommait le Leviathan, en partance pour la mer du Japon ?. À Stedman, le premier biographe de Melville, disait en 1893, que Melville avait à cette époque été employé de commerce pendant quatre mois à Honolulu $. Et le contre-amiral Franklin, racontant en 1991 ses souvenirs de midship, pensait que c'était lors d'une escale aux Marquises que la frégate United States avait, cette même année, embarqué Melville comme gabier #, ’

Sans être absolument éelaircis, les faits sont heureusement plus précis maintenant. Les travaux de M. Earnshaw l'ont montré : c’est à peu près sûrement en janvier 1843 que Melville quitta les îles de la Société. M. Forsythe le retrouve en mai. Et le livre de bord des United States nous apprend que Melville embarqua sur cette frégate le 17 août.

Que Melville ait, comme on le dit, quitté Imeeo sur un baleinier de Nantucket, il n’y a pas de raison d'en douter. M. Earnshaw qui s’est penché patiemment sur les Nouvelles Maritimes de cette période, suggère, comme le navire le plus probable, le trois-mèts Peruvian, du port de Nantucket, capitaine Arthur. Ce bâtiment venait de Honolulu, sa base habituelle dans le Pacifique. Faisant escale à Imeeo, en janvier, il y aurait embarqué Melville, aurait poursuivi sa campagne jusqu'aux côtes du Japon, et serait revenu à Honolulu vers le mois de mai. Ce n'est qu'une hypothèse, mais elle semble entièrement plausible.

À Honolulu, il est possible que, selon sa coutume, Melville ait déserté. Mardi, son troisième livre est, dans son ensemble, un roman philosophique. Ce n'est pas vraiment la suite d'Omoo, et il n'y faut

Page 1