Mss. de M. Earnshaw, p
2. Omoo, p. 371. L 3. Stedman (A.) Herman Melville. The eritie, 11 octobre 1891.
&. Franklin (S. R.). Memories of « Rear-Aa@mirel, 598 p., 25 em., chap. À 2 New-York, 1898, ee à ,
guère chercher d’éléments autobiographiques. Mais le début en est encore réaliste, et on y voit le héros s’empresser de quitter son bord en fraude’. Melville qui avait quitté de facon irrégulière VAcushnet et la Lucy-Ann, a pu ne pas éprouver plus de scrupules envers l’hypothétique Peruvian.
On ne sait à quoi Melville occupa le début de son séjour à Honolulu. Mais bien vite on retrouve sa trace. M. Forsythe? a mis en effet la main sur un contrat daté du 17 juin 1843, et par lequel Herman Melville s'engage pour une année à dater du 17 juillet, comme « clerk » chez un certain Montgomery. Celui-ci se chargeait d’ailleurs de l’entretenir sans attendre que le travail ait commencé, M. Forsythe a cherché la trace de ce Montgomery : c'était un commerçant prospère, âgé de vingt-sept ans, Anglais d’origine, mais naturalisé Hawaïen ; il était catholique, et ami du capitaine Lord George Paulet, qui voulut prendre possession de l'archipel au nom de la Grande-Bretagne, fut attaqué furieusement par les missionnaires américains, et fut finalement désavoué par son gouvernement. Melville semble avoir vécu en excellents termes avec lui. Le contrat fut sans doute résilié par consentement mutuel, car jamais Melville n’écrivit un mot contre Montgomery ; au contraire, il adopta ses vues sur les missionnaires catho- Jiques, jugés de façon plus charitable que les Protestants, et prit vigoureusement en Amérique la défense de Lord George Paulet.
Les raisons de son départ sont ingénieusement mises en lumière par M. Forsythe. Le 28 mai se présenta à Lahaïna, autre port des îles Sandwich, le baleinier Acushnet. Et le capitaine Pease déposa entre les mains du consul américain un rapport de mer où étaient
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consignés les noms des déserteurs de l’Acushnet. Le 8 juin, ce navire arrivait à Honolulu. Il est probable que Melville l’aperçut avec terreur, et, tant que dura son escale, se dissimula de son mieux. L’Acushnet repartit, mais Melville craignait toujours de voir reparaître le capitaine Pease, qui, en effet, à deux reprises, devait encore relâcher à Honolulu. N’y tenant plus, Melville obtint la résiliation de son contrat, sept semaines après son entrée en vigueur, et s’engagea sur un uavire de guerre, certain que le capitaine Pease n’irait pas ly chercher. s Le passage de Melville dans les mers du Sud devait assurer par \ Ja suite sa fortune littéraire. Toute sa vie, il devait rester, pour 1e
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| 4. Mardi I, chap. vu.
2. Forsythe. H. Melille in Honolulu, op. cit.
public, « l’homme qui avait vécu parmi les cannibales ». Il a tant contribué à faire aimer les îles qu’il nous semble y avoir passé des semaines enchanteresses. La réalité fut sans doute assez différente.
Comine toujours, Melville se faisait à l’avance un tableau merveilleux des scènes qu’il allait voir :
« Les Marquises ! Quelles étranges visions d’exotisme le nom seul « n’évoquait-il pas ? Des houris délicieuses — des festins cannibales « — des bosquets de cocotiers —— des récifs de corail — des chefs « couverts — des tatouages et des temples de bambou; des vallées « ensoleillées plantées d’arbres à pain — des pirogues sculptées dan- « sant sur des eaux d’un azur étincelant — des bois sauvages gardés « par des idoles horribles — des rites païens et des sacrifices hu- « mains... ge
« Tel était le bizarre salmigondis d’anticipations qui me hantaient « depuis notre départ des lieux de pêche. Je sentais une irrésistible « curiosité de voir ces îles que les voyageurs d’autrefois avaient « décrites avec une telle chaleur !. »
Il semble à première vue que Melville n’ait pas été déçu. En arrivant dans la baie de Taiohaé, il fut ébloui :
« Nulle description ne peut rendre justice à sa beauté. »
Mais il était dans sa nature de ne jamais goûter un plaisir sans mélange. Il faut qu’il ajoute aussitôt
« Mais cette beauté fut perdue pour moi, et je ne vis rien que le « pavillon tricolore de la France, qui pendait à la poupe de six « vaisseaux dont les coques noires et les batteries hérissées procla- « maient le caractère guerrier ?. »
Et ce fut ainsi tout au long du voyage. Il éprouva le charme des mœurs marquisiennes ; mais la gentillesse de Kory-Kory, ni le sourire de Fayaway ne l’empêchèrent de songer à l’évasion. Il tenait la Lucy-Ann pour un charmant petit navire et pour un fin voilier, sa course capricieuse errait à travers des archipels dont il avait longtemps rêvé, il n’eut de cesse, pourtant, qu’il n’eût quitté le bord. La « calabooza beretané », n’était pas bien terrible, car non seulement les murs en étaient faits de feuilles de pandanus, mais l’excellent gardien laissait librement circuler ses prisonniers dans la campagne : ce furent les missionnaires dont la présence offensante gâta pour Melville le séjour de Tahiti. Il quitta encore le planteur d’Imeeo,