‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 52 sur 327 · Id., chap. v · texte numérisé non relu

Id., chap. v

table. Parmi les officiers, Melville, généralement très dur, ne montre de l’indulgence que pour « Mad Jack », lieutenant, qui a le tort de boire avec excès, mais qui sait son métier et qui comprend les hommes. Franklin l’identifie avec le « Master », c’est-à-dire le plus jeune des officiers, un certain Avery. Franklin ne tarit pas d’éloges sur son compte.

« C'était de loin, dit-il, le meilleur officier de marine que j'aie € jamais vu sur le pont d’un bâtiment de guerre !. »

Melville s’amuse beaucoup du « professeur », honnête terrien, dont la fonction à bord était de faire aux midships des leçons théoriques et peu suivies. Ce personnage est aussi évoqué par Franklin : c'était un ingénieur éminent nommé Lockwood, qui plus tard devint général d'artillerie et fut un des fondateurs de lacadémie d’Annapolis. Franklin reconnaît encore Mr Pert, le midship remuant et conscient de sa jeune dignité, et « old Combustibles », le vieux maître canonnier, grognon et fantasque.

« Il ne donne pas de noms, dit-il, mais pour quiconque avait servi « sur les United States, il était facile de reconnaître les hommes à < leurs sobriquets ?. »

Pourtant le véritable héros du livre, et l’homme qui sans nul doute fit sur Melville la plus forte impression, fut celui qu’il appela Jack Chase. C'était un quartier-maître gabier, qui exerçait les fonctions de « capitaine de la grand’hune ». Anglais d’origine, il avait, d’après Melville, toutes les qualités. Il était athlétique et beau; c’était un marin de premier ordre, dont jamais l’équipe n’était en faute ; il avait une vaste expérience, et une culture qu’on n’aurait pas soupçonnées : ce simple maätelot récitait par cœur des tirades entières de Camoens ; son sentiment de la justice, et du code de l’honneur particulier aux matelots, lui valaient la considération générale : tous les hommes le suivaient, et tous les officiers l’estimaient. Melville devint son ami, et ce privilège embellit pour lui une existence qui, par ailleurs, ne lui laissa que de mauvais souvenirs. Dès qu’il parle de Jack Chase, son livre s’anime et devient enthousiaste. Melville eut dans sa vie plusieurs admirations assez vives, qui, presque toutes, devaient le décevoir. Le souvenir de Jack Chase, lui, ne devait jamais s’obscurcir. - Près d’un demi-siècle plus tard, quand, à quelques mois de sa mort,

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