‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 60 sur 327 · Cf. Minni, pp. 109 sqq, Carter, op. cit · texte numérisé non relu

Cf. Minni, pp. 109 sqq, Carter, op. cit

2; cf. Lettre de Melville à Evert Duyckinck, D. C., 28 juillet 1846. Citée par Minni, p. 19. Voir aussi les commentaires de Minni, pp. 20-28, 109-124.

premiers, mais déjà montre le Melville complexe et pathétique de la maturité. Le livre parut en 1849, et la critique le reçut avec embarras : elle attendait d’autres récits polynésiens, et se trouvait en présence d’une vaste et subtile allégorie. Le public également fut déçu, et le succès financier fut médiocre. Pourtant Mardi avait permis à Melville de mesurer ses forces, et lui avait rendu sa confiance en lui-même un instant ébranlée : désormais, il connaissait sa voie.

Il fallait vivre, pourtant. Sans illusions, à contre-cœur, Melville reprit sa première manière, et, d’un trait, composa Redburn, roman maritime évoquant l’aventure de Liverpool, et bien fait pour plaire au public. De fait, le livre se vendit aisément. Duyckinck et les critiques se sentirent soulagés par ce retour à une tradition qui avait fait ses preuves, et la réputation de Melville, un moment comprornise, retrouva tout son éclat. Sans désemparer, il fit pendant la même année, un autre livre de la même veine, White Jacket, qui, lui aussi, devait remporter un franc succès. IL savait la faveur du public toujours à sa portée.

Mais, dès ce moment, on peut dire qu’il avait cessé de croire au métier d'homme de lettres, cessé de se plaire à la vie brillante du < New-Yorkais ». Sans doute, il se fiait encore, dans une large mesure, au jugement des Duyckinck, et leur conservait sa reconnaissante amitié. Mais deux désirs, désormais impérieux en lui, allaient l’'obliger à transformer son existence : la soif d’une culture vraiment profonde allait le mener en Europe, puis le pousser à multiplier des lectures de plus en plus abstraites ; l’inquiétude philosophique, sans cesse accrue, l’oblige à donner toujours plus de son temps à la recherche de l’absolu. Bientôt la vie de société devait lui paraître trop insipide pour qu’il supportât de demeurer à New-York, et il allait retourner à la campagne. Enfin, l’idée de composer des ouvrages faciles pour contenter le public allait lui devenir intolérable : apres White Jacket, il ne devait plus écrire que pour soulager son esprit des grands problèmes qui l’obsédaient. Six ans après y être entré si brillamment, il devait avoir rompu tout contact avec la société littéraire new-yorkaise, afin de poursuivre solitaire cette tâche dont, à l’époque de Typee et d’Omoo, il ne pressentait pas la dureté.

LE MARïAGE DE MELVILLE.

La vie sentimentale de Melville, au cours des deux années qui suivirent son retour, nous est complètément inconnue. Sans que rien d’important nous laissât le moins du monde prévoir sa décision, il épousa, le 5 août 1847, Miss Elizabeth Knapp Shaw :.

C'était la fille d’un très vieil ami de la famille, Lemuel Shaw, qui exerçait, depuis 1830, les fonctions de juge suprême de l'Etat de Massachusetts ?. Dans sa jeunesse, Lemuel Shaw avait été fiancé à une tante d'Herman Melville ; la jeune fille était morte avant que le mariage ne fût célébré, mais pour l’ancien fiancé, la famille Melville était restée un peu la sienne. En 1832, on a vu Thomas Melville Jr charger Shaw de prévenir les vieux parents de la maladie et de la mort de leur fils Allan. Dans les mois qui suivirent, c’est encore à Lemuel Shaw que Maria Melville, devenue veuve, fit part de ses doléances *. Il est probable que, de Boston où il vivait, il veilla de son mieux sur l’enfance des orphelins, et qu' Herman Melville en particulier eut pour lui une sincère amitié.

Lemuel Shaw, malgré le souvenir de Nancy Melville, avait fini par se marier, à trente-sept ans. Puis, sa femme, étant morte, elle aussi, il se remaria. De sa première femme, Elizabeth Knapp, 1l eut un fils, John Oakes, et une fille, Elizabeth. Sa seconde femme, Hope Savage, éleva les enfants du premier lit, qui la considérèrent comme une mère, et en outre, elle donna deux fils à son mari : Lemuel Jr, « Lem », et Samuel, « Sam Savage » #.

1. Date donnée sous réserve. C’est celle de M. Mumford, Mr Paltsits, savant minutieux la reproduit. Mais ni l’un ni l’autre n’indique ses sources. Par contre une lettre de Mrs Melville écrite pendant son voyage de noces, et datée du 6 août, dit : « C’est le troisième jour depuis notre départ ».

2. Un livre de Frederic H. Chase, cité par Weaver, p. 257, a été consacré à Lemuel Shaw.

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