‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 61 sur 327 · Lettres citées, chap. 1, 1 et · texte numérisé non relu

Lettres citées, chap. 1, 1 et

4. John Oakes Shaw ne semble avoir joué aucun rôle dans la vie de Melville. Les deux autres beaux-frères, au contraire, firent de fréquents séjours chez lui. En outre « Sam Savage » alla en Europe, en 1856, en même temps que Melville, qu’il rencontra à Rome (chap. vi, 1) « Lem » s’intéressa particulièrement aux enfants de Melville après 1865 (chap. var, 1). Nous ignorons sur quoi M. Weaver se fonde quand il déclare (p. 258) « Melville détesta cordialement ses beaux-frères. »

Melville alla, vers la fin de 1845, passer quelque temps à Boston chez les Shaw, et la maison lui plut. C’est à Lemuel Shaw que, quelques semaines après, il dédia Typee. Mais on discerne mal les sentiments qu’alors il éprouva pour celle qui devait être sa femme. M. Mumford croit au coup de foudre, et dit :

« Melville adora probablement Elizabeth dès qu’il la vit, et l’ido- < lâtra sans aucune mesure, car ses amours étaient romantiques, et < faire une cour romantique est un assaisonnement délicieusement < relevé, même pour un homme moins imaginatif et moins impulsif < que Melville !. »

Mais la « lettre de digestion » envoyée à Lemuel Shaw ne semble pas spécialement passionnée :

< Rappelez-moi très chaleureusement au bon souwenir de Mrs Shaw « et de Miss Elizabeth, et de toute votre famille, et dites-leur que je « n’oublierai pas de sitôt l’agréable séjour fait à Boston *?. »

‘C’est l’unique allusion connue que Melville, avant son mariage, ait faite à Elizabeth Shaw. Peut-on en déduire que le mariage, céléhré dix-huit mois plus tard, fut l’aboutissement fatal d’une passion conçue dès qu’à l’âge d’homme il avait revu sa compagne enfantine ?

Plus subtile est la théorie suggérée par M. Weaver. Il se fonde sur les allusions que, moins de cinq ans après son mariage, Melville semble avoir fait dans Pierre à sa vie sentimentale. Enfant, Pierre avait éprouvé pour sa mère une vénération passionnée qui lui avait donné de la femme une image idéale : à l’âge de l’amour, ses sentiments devaient d’un coup passer de la jeune mère à la fiancée, embellissant une quelconque jeune fille de grâces longtemps chéries en secret. Cette histoire, pour M. Weaver, reflète un peu celle de Melville. Devant son origine à Maria Gansevoort, une conception abstraite et divinisée de la femme, conservée intacte en dépit de Fayaway et sans doute d’aventures plus vulgaires, était toute formée dans l'esprit de Melville, et la rencontre d’une pure jeune fille allait suffire à lui donner un objet : Melville, en rencontrant Elizabeth Shaw, crut qu’il avait trouvé la « Sylphide » de ses rêves *. Mais, en admettant même que Pierre soit, en grande partie, un roman à clef, et que Lucy, amie d’enfance elle aussi, soit dans le livre l’image d’'Elizabeth, la situation reste bien différente. Pierre transpose sans efforts

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