‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 66 sur 327 · Journal de 1849, 24 novembre · texte numérisé non relu

Journal de 1849, 24 novembre

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l'avait pas préparé à goûter la France et l'Allemagne autant que l’Angleterre. Il est remarquable, pourtant, que son impression de la France fut excellente. Il avait certainement contre les Français un préjugé très net qui se moutre dans Typee et dans Omoo. Des lectures faites depuis avaient nuancé son jugement. Peut-être même l’établissement d’un régime républicain en France avait-il accru sa sympathie*. 11 débarqua, en tout cas, avec d’heureuses dispositions, et goûta son bref séjour. Les spectacles parisiens de la rue et de Ja vie courante l’enchantèrent. Il aima sa chambre de la rue de Bussy, et sa pittoresque logeuse, M° Capelle. Il goûta hautement la cuisine de lhôtel Meurice, le dîner qu’on lui servit rue Vivienne, où, pour deux francs, il eut « plusieurs services :èt une bouteille de Bordeaux », le Café de Foy, le Café Anglais, le Café Cardinal, où il alla lire les journaux et boire du chocolat. Il fläna sur les Boulevards, monta sur l’impériale des omnibus, et alla au théâtre de l’Opéra-Comique et du Palais-Royal, autant pour le public que pour les pièces. Tout lui plut, jusqu'aux compartiments de seconde classe des chemins de fer français, dont il vanta le confort inégalé. Mais il tint aussi à voir les curiosités célèbres. Il fit une vaine tentative pour aller au Français applaudir Rachel dans Phèdre. Mais, la grande artiste mise à part, il ne manqua rien de ce qu’un honnête touriste devait voir. Il explora le Quartier Latin, la Morgue et jusqu'aux Abattoirs. Il vit Notre-Dame, l'Arc de Triomphe, les Invalides, la Mazarine, la Sorbonne, le Panthéon « et la vieille église à côté ». La place de la Concorde lui parut « magnifique », le Palais-Royal « somptueux », Versailles « une chose absolument magnifique ». Du Louvre, il dit : « Cela bat le Musée Britannique ! », et de l’hôtel de Cluny :

« Cette maison est juste celle où j'aimerais vivre ?. »

Si, dans la suite, 11 n’utilisa ses souvenirs parisiens que dans un bref épisode d'Israël Potter *, on peut dire que son séjour lui fit sentir un charme ignoré jusque-là : jamais plus, dans la suite, il ne revint à ses premiers sarcasmes.

De l'Allemagne, Melville ne se souciait pas, évidemment, quelques mois plus tôt. Mais ses conversations avec Adler avaient éveillé sa curiosité. Il avait découvert les philosophes allemands. À son retour, nous le verrons insister pour lire Gœthe, Jean-Paul, peut-être Schiller,

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