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second cigare, et que je réfléchisse encore. » Le soir il reprit la plume : sa résolution était prise et le lendemain, il devait réserver sa cabine sur l’Zndependence.
« Je voudrais pouvoir partir sur un vapeur — mais cela me « coûterait 100 dollars de plus. »
Désormais le sacrifice était accepté. Il alla visiter le navire qui allait le porter, acheter des souvenirs pour les siens.
« Halte chez un orfèvre (coin de Craven Street et du Strand) et « acheté une cuiller d'argent massif pour le petit Malcolm*°. »
Le 19, il était tout à la joie, car il avait reçu une dernière lettre de sa femme :
« Tout va bien, et Barney plus solide que jamais. »
Le 24 il était à Portsmouth, d’où le matin de Noël l’Independence l’emportait, vent arrière, et le 29 il termina son carnet par ces mots :
1. Mot douteux. Mr Weaver lit : « Starting down the Thames embarked for New-York » (p. 299). Nous croyons déchiffrer : « Starting down the Thames embankment for New-York ».
2. Journal de 1849.
« Je ne tiendrai plus de journal. Je l’arrête ici, avec mon départ « d'Angleterre et le moment où je mets le cap sur la maison. »
Melville devait demeurer trente-sept jours à la mer. Nous n’avons aucun témoignage sur cette traversée, mais sa longueur prouve qu’elle fut mouvementée. L’Atlantique Nord n’est jamais agréable en Jjanvier, et l’Independenee était un navire bien chétif. Melville quand il Pavait vu la première fois, avait écrit
« J'ai vu que c'était un vieux navire. Il a lair petit, une odeur « d’antiquité. Seulement deux ou trois passages inscrits . »
Mais on peut croire que l’anxiété, de plus en plus vive, qu'avait Melville de revoir les siens, lui fit accepter l’inconfort sans murmurer. Le 1% février, il était enfin chez lui. |
Le voyage avait été réussi en tous points. Financièrement, il rendait à peu près ce que Melville attendait de lui. Pratiquement, il avait donné à l’écrivain le délassement dont il avait vraiment besoin. Du point de vue sentimental, l’absence avait resserré de la manière la plus heureuse des liens qui de manière plus ou moins avouée, avaient parfois pesé à Melville. Le profit intellectuel, enfin, était immense. Si la trace directe de ce voyage est assez faible dans son œuvre, il n’inspira qu’une partie d'Israël Potter, et deux ou trois contes, qui ne furent même pas publiés en volume du vivant de l’auteur ?, l'influence indirecte se manifesta fortement dans trois domaines différents.
D'abord, si bref qu'eût été son séjour, il avait maintenant une connaissance directe des civilisations européennes. Les étalages de Paternoster Row et les cafés parisiens, les clubs londoniens et les théâtres des Boulevards étaient pour lui des réalités vivantes et non plus des souvenirs livresques. Cela suffisait pour que son horizon s’élargit.