D. C. id., 14 février 1851, citée par Minni, p
4. Le voyage était projeté dès le 27 mars ; cf. lettre à Ev. Duyckinck datée de ce jour (D. C.).
« de la campagne pour me plonger dans l’herbe, et finir le livre, cou- « ché dans cette herbe, si je peux...
€ .… Faut-il vous envoyer une nageoire de La Baleine en guise de « bouchée spécimen ? La queue n’est pas encore cuite, et pourtant € le feu d’enfer dans lequel tout le livre a rôti aurait pu, raison- « nablement, la faire cuire plus tôt'. »
A ce moment, la fin était imminente ; et à l’arrivée des visiteurs, en juillet, Moby Dick était terminé : il devait paraître en octobre. La dernière phrase qu’on a citée, écrite au moment où Melville mettait à son livre la dernière main, montre qu’il était un peu las peutêtre, mais songeait avec orgueil à l'effort joyeusement fourni, et au résultat dont, à bon droit, il pouvait être fier.
Mais ce qui indique le mieux l’exaltation croissante de Melville est la tournure que devaient prendre, au cours de l’année 1851, ses relations avec son voisin Hawthorne. L’œuvre de ce dernier l’avait certes enthousiasmé. Avant d’avoir vu l’homme, il avait parlé du « paysage enchanteur qui est dans l’âme de ce Hawthorne », et il avait écrit :
« Quel étrange clair de lune d’humour contemplatif baigne ce < Vieux Presbytère ! — essence riche et rare d’un cœur qui, goutte « à goutte, distille ses parfums?. »
Mais les premières rencontres avec Hawthorne avaient été loin de confirmer de tels jugements. Malgré un préjugé si favorable, malgré même les avances que son aîné lui avait faites, il n’avait pas été enthousiasmé. En février 1851, six mois après la première entrevue, les rapports des deux hommes étaient certes cordiaux ; ils échangeaient des visites, et avaient plaisir à discuter. Melville, cependant, écrivait à Duyckinck :
« Pourtant il manque quelque chose — il manque même beau- « coup — à la rotondité de cet homme sur lequel on est sans prise.
1. H. M. à Nathaniel Hawthorne, 29 juin 1851, reproduite par Julian Hawthorne, Vathaniel Hawthorne and his Life, op. cit., II, 398, et par Weaver, p. 319.
9. Hawthorne and his Mosses, by a Virginian spending July in Vermont.
-Lit. Worl., 24 août 1850, réimprimé dans la St. Ed. de Melville, t. x pp. 123-143.
< Qu'est-ce que c’est ? Il n’est pas un bon client pour le boucher. Il < lui faudrait du bon rosbif bien saignant”. »
Ce mois de février, pourtant, marque un tournant dans les relations des deux hommes. Hawthorne venait d'achever The House of the Seven Gables, et s’accorda quelques mois de vacances. Rien ne l’'empêcha plus de se metire en frais pour gagner la confiance d’un homme qui l’intéressait étrangement. Une de ses lettres, écrite à Duyckinck le 14 mars, « de la maison de notre ami Melville », montre qu'il avait été faire une assez longue visite à Arrowhead”. Une autre lettre, du 27 avril, mentionne le projet de faire un voyage à New-York avec Melville’. Hawthorne avait certes réussi enfin à gagner l'amitié de Melville : plus, peut-être qu’il n'aurait voulu. I semble que, sur ce point particulier, Julian Hawthorne ait vu assez juste quand il écrivit :
« Hawthorne, tant par nature que par application, était apte a « chausser les bottes, comme on dit, de son compagnon du moment, « quel qu’il fût. Sur instant, il semblait adopter son point de vue « et parler son langage ; c’était en partie le résultat d’une sympathie « subtile, en partie celui d’une froide pénétration intellectuelle qui « le menait, à demi-consciemment, à refléter ce qu’il percevait si « clairement. Ainsi, s’il bavardaïit avec un groupe de capitaines au < long cours dans le salon de la pension Blodgett, ou se joignait < à une bande de gais compagnons dans un bar de Boston, ou s’il « parlait métaphysique avec Herman Melville dans les collines des « Berkshires, il visait à paraître, dans chaque cas, un homme pareil « à son interlocuteur ; il avait l’air de se passionner pour ce qui « intéressait les autres, et de juger la vie d’après leurs critères. Bien « entendu, ce n’était qu'apparence. L'homme véritable demeurait un « observateur serein, et ne se montrait tel qu’il était que si l’on empié- « tait sur ses prérogatives, ou si sa liberté propre de pensée ou « d’action était le moins du monde entamée. Mais la conséquence « peut avoir été parfois que les gens se méprenaient sur son attitude « absolue. Voyant l’air de sympathie qu’il montrait à leur petit centre « d’habitudes et de croyances, ils se hâtaient de conclure qu’il n’était
1. D. CG. H. M. à Ev. Duyckinck, mercredi ? février 1854, citée dans Minni, PP. 55-56.
2. D. C. Nathaniel. Hawthorne à Ev. Duyckinck, 14 mars 1851, Voir ausst Smith. ;