Id., Nathaniel Haswthorne and his wife
« d’une voix de tonnerre, mais le diable lui-même ne lui ferait pas « dire oui. »
N'est-ce pas la confirmation de ce que disait Julian Hawthorne ? Assurément, si jamais quelqu'un sut refuser ainsi, ce fut Melville : c’est. bien à tort qu’il croyait voir ses propres dispositions reproduites et amplifiées, dans l’âme sans illusions de Hawthorne.
La lettre suivante est du 29 juin. Melville parle de lui-même. Il offre à son ami, qui peut-être commence à se gendarmer un peu, ses confidences, son hospitalité, des extraits de son livre encore inachevé. La troisième lettre est sans date. Elle est un peu mélancolique déjà, car La Baleine, à peu près achevée, a fatigué Melville, et il n’est pas sûr de sa gloire. Mais il voit l’avenir avec joie, y compris l’ultime séjour au Paradis : car, à sa vie entière, Hawthorne paraît associé. Le 20 juillet, un mot bref, signé seulement « His X Mark », suggère instamment un projet de voyage avec Hawthorne. La dernière lettre publiée par Julian Hawthorne est un débordement d’enthousiasme. Melville avait dédié Moby Dick à Hawthorne, lequel lui avait répondu par un mot, disant qu’il appréciait et l'hommage et le livre : Melville est fou de joie.
« … Votre lettre porteuse de joie et créatrice d’exaltation n’est « pas la récompense du travail de cantonnier que m’a coûté mon « livre, mais c’est le boni, délicieux et divin, qui s’ajoute aux stipu- « lations du contrat. Je me sentais panthéiste alors — votre cœur « battait entre mes côtes, et le mien entre les vôtres, et tous les « deux dans celles de Dieu.
« …D’où venez-vous Hawthorne ? De quel droit buvez-vous au fla- « con de ma vie ? Et quand je le porte à mes lèvres — voyez ce « sont les vôtres et non les miennes. Je sens que la Tête Divine « est rompue, comme le pain le fut à la Cène, et que nous en sommes « les morceaux. D’où cette infinie fraternité du sentiment. »
Melville sent qu’il va un peu loin, et s'excuse de répondre par une pareille épître à « une lettre simple et bourrue ». Mais, après avoir signé simplement « Herman », il ne résiste pas au désir d’écrire un post-scriptum.
« P.-S. — Je ne veux pas m’arrêter encore. Si le monde était « entièrement peuplé de mages, je vais vous dire ce que je ferais. Je
« ferais établir une papeterie à un bout de la maison, pour avoir « un rouleau supplémentaire de papier tellière qui viendrait se dérou-
1. Julian Hawthorne, Nath. Hawthorne and his wife, IL, p. 385, Weaver, p:317:
< ler sur ma table et sur ce rouleau sans fin j'écrirais un millier, < un million, un milliard de pensées, toutes sous la forme d’une « lettre adressée à vous. La magnétisme divin est sur vous, et mon « magnétisme à moi lui répond. Lequel est le plus fort ? Question « absurde : ils ne font qu’un. H.!. »
Hawthorne, cette fois, doit juger qu’on « empiétait sur ses prérogatives ». Il avait voulu connaître une âme jeune, vibrante et saine, entendre raconter des aventures violentes qui eussent contrasté avec les souvenirs de sa triste jeunesse : il s’était étrangement mépris sur Melville, et la tempête qu’il récoltait maintenant devait le gêner quelque peu. Mais; pour ce qui est de Melville, l’effet immédiat de cette exaltation sans précédent fut heureux. Sous son empire, il colora les derniers chapitres de Moby Dick d’une verve et d’une vigueur encore inconnues. Et il commença Pierre avec la même ardeur.