Id., I, p. 400 sqq. Weaver, pp. 327 sqq
« qu’il était plus ou moins fou ; il répliqua que, depuis longtemps, « il était arrivé personnellement à la même conclusion !. »
I est probable qu’alors le mai était déjà fait, et que Melville travaillait en désespéré. La santé atteinte, et l'esprit particulièrement sensible à la souffrance, Melville avait en effet, coup sur coup, vu fondre sur lui des décepions qui, un peu plus tôt, eussent été des contretemps, et maintenant lui semblaient des coups accablants du
sort.
La souffrance physique, qui n’était pas entièrement nouvelle, avait été jusque-là supportée avec allégresse. Au printemps, il plaisantait, en écrivant à Duyckinck, l’état de ses yeux et l’existence « de nibar > qu’ils lui faisaient mener. Dans Pierre il se révolte
« Bien plus souvent qu'auparavant, il revenait chancelant à la « maison, de sa promenade du soir, et, par pur épuisement physique, « économisait ce souffle qui eût répondu aux questions anxieuses « lui demandant ce qu’on pourrait faire pour lui. Et comme si tous « les acharnements et toutes les méchancetés, combinés avec l’épui- « sement général de son corps, ne suffisaient pas, une affection phy- « sique particulière fondit sur lui comme un épervier. Son travail « incessant attaqua les yeux. Ils devinrent si affectés que, certains « soirs, il écrivait les paupières mi-closes, n’osant les ouvrir toutes < grandes à la lumière. Entre les cils, il jetait un coup d’œil à son « papier qui lui semblait ainsi strié de fils métalliques. Quelquefois, « comme un aveugle, il écrivait les yeux détournés du papier ?. »
De même la situation financière était depuis longtemps peu brillante. La ferme ne réalisait pas les espoirs mis en elle, et les Harpers avaient, dès le printemps de 1851, suspendu tout nouveau paiement, Melville ayant abusé déjà des avances sur les droits à venir *. Melvillé n’avait pas paru affecté. Mais en novembre un second fils, Stanvix, était né Melville d’un coup sentait cruellement la nécessité de se hâter, et d'écrire, d'écrire, aussi vite que possible, pour contenter les Harpers. C’est ce dont témoignent les phrases amères que Pierre contient à l’adresse des éditeurs.
Un coup aussi grave fut porté à Melville par l’accueil fait à Moby
1. D. G. Sarah Marewood à Ev. Duyckinck, 28 décembre 1851, cité par Mansfield, op. cit., p. 48.
2" Pierre ND #79:
3. Note conservée dans les M. P., voir Weaver, p. 339. 4. Voir lettre d’H. M. à Evert Duyckinck, (?) novembre 1851. D. C.
A nn Une cac de ot À
Dick. Manifestement, il avait pleinement conscience d’avoir écrit son chef-d'œuvre. Ses lettres à Hawthorne le prouvent, et l'approbation que son ami lui donna le transporta de joie. Mais quand l’ouvrage parut, en octobre, la critique fut des plus réservées. Elle attendait un nouveau Redburn, et Melville revenait aux « erreurs » de Mardi. Même le Literary World mêla le blâme à l’éloge. Les Duyckinck n'avaient pas senti la grandeur du livre et ne firent pas grand’chose pour le défendre. Melville, sur l'instant, ne se plaignit pas, peut-être. Mais il n’est pas douteux qu’il eut le cœur serré de cette incompréhension et de cet abandon. Une fois encore, il écrivit à Duyckinck une lettre cordiale, en novembre !. Mais, en janvier, il se rendit à New- York, et ne vit même pas Duyckinck?. A son retour, il se désabonna du Literary World*. On ne peut parler de brouille à proprement parler. Mais six ans et demi se passèrent avant que la correspondance reprit. Melville sembla dès lors à peu près décidé à vivre en sauvage, et à s’écarter de tous les cercles littéraires et mondains.
Ce qui l’affecta le plus fut peut-être le départ de Hawthorne. Rien, dans la correspondance antérieure, ne faisait prévoir cette décision. Si l’on s’en tient à l’édition classique (1868), des American Note Books de Hawthorne, on trouve subitement, et sans. préavis, linscription suivante :
& 3 nov. 1851. — Nous avons quitté Lenox vendredi matin, 2 no- « vembre, dans une tempête de neige et de grésil, et pris le train « à Pittsfield. Nous sommes arrivés à West Newton le soir même. »
Les Hawthorne allaient, au début de 1852, s'établir à Concord, qui était évidemment la ville des écrivains. Mais, pour le présent, ils allaient camper à West Newton où rien ne paraissait particulièrement les appeler. Ce départ improvisé prend aisément, dès lors, l'aspect d’une fuite. Il serait facile d'imaginer que Hawthorne, d’abord extrêmement curieux de connaître Melville, s'était peu à peu senti inquiet. de la bizarre passion qu’il inspirait à son nouvel ami, qu’à