‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 90 sur 327 · Id., ibid · texte numérisé non relu

Id., ibid

pâle, et peut-être un peu plus triste). Je me sentis un peu. gêné d’abord, car c'était la première fois que nous nous recontrions depuis ma tentative malheureuse pour lui obtenir un poste de consul. Cependant, nous nous trouvâmes bientôt tout à fait dans les mêmes termes d’affabilité et de confiance qu’autrefois… Je ne m'étonne pas qu’il ait jugé nécessaire de changer d’air en circulant par le monde, après tant d’années de fatigant labeur littéraire suivant une jeunesse orageuse et aventureuse. Je l’ai invité à venir séjourner chez nous à Southport aussi longtemps qu'il resterait dans le voisinage ; et, en. conséquence, il est venu effectivement le lendemain, apportant avec lui, comme bagage, le balluchon le plus réduit, qui, €< me dit-il, contenait une chemise de nuit et une brosse à dents. « C’est un homme qui a tout à fait les instincts du gentleman à « tous égards, sauf qu’il est un peu hétérodoxe en matière de linge < frais. Il a séjourné chez nous du mardi au jeudi. Et, le mercredi, < nous avons fait une assez longue promenade ensemble, et sommes « allés nous asseoir dans un creux, parmi les dunes, pour nous abriter < du grand vent froid, et fumer un cigare. Melville, comme toujours, < se mit à raisonner sur la Providence et la Destinée, et tout ce.qui « dépasse l’entendement humain, et m’informa qu’il avait pour ainsi < dire pris la résolution de se laisser annihiler. Mais pourtant, cette < anticipation ne semble pas lui donner la paix ; je crois qu’il n’aura « jamais de paix tant qu'il n’aura pas une croyance définie. C’est < curieux comme il s’obstine — et s’est toujours obstiné depuis que « je le connais — à errer çà et là parmi les déserts, aussi lugubres « et monotones que les dunes dans lesquelles nous étions assis. »

On ä beaucoup écrit sur cette rencontre. Le plus souvent, on Pa tenue pour un effort désespéré de Melville pour renouer l’amitié passée, et reprendre à Southport l’angoissante conversation entamée à Pittsfield. On a laissé entendre que l’échec était inévitable, que Hawthorne Va senti, et que Melville en eut le cœur serré. M. Lewis Mumford évoque la séparation en termes quelque peu romantiques

« Par un soir pluvieux, debout au coin d’une rue de Liverpool, -il prit la main de Hawthorne et lui dit adieu. Hawthorne fut touché : il respectait cet esprit fier et méditatif, ce voyageur aventureux, sans repos et pourtant sans but. D’un air indifférent, ils se serrèrent la main. La nuit et la pluie engloutirent Hawthorne, et

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