‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 96 sur 327 · Id., p · texte numérisé non relu

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Remontant vers le Nord, il accomplit, sans presque un mot d’éloge, l’admirable traversée du Lac Majeur. Et c’est avec un vague frisson dans l’âme qu’il s’engagea dans le silence et le mystère des Alpes, quittant l'Italie sans retour. Les quelques poèmes que, longtemps après, le pays lui inspira, montrent que, par la suite, il se rappela surtout les moment heureux. Pourtant, à lire les notes écrites au jour le jour, on sent qu'hormis de brefs rayons de soleil, il parcourut l'Italie en touriste indifférent et maussade. Les souffrances n'étaient plus aiguës comme en Terre Sainte. Mais le don de l’enthousiasme n'était pas revenu encore.

Le voyage était presque achevé, et il ne semblait guère que, malgré l’éclaircie du début, il eût atteint le but cherché par Lemuel Shaw. Sans beaucoup flâner, Melville traversa la Suisse en cinq jours, et remonta vers le Nord en chemin de fer. Il s’arrêta brièvement à Strasbourg, Heidelberg, Francfort, Amsterdam. À Rotterdam, il s’embarqua. Le 26 avril, il était à Londres, et le 4 mai, il reprit le train pour Liverpool, d’où, le lendemain, le City of Manhattan l’emporta de nouveau vers l’Amérique. À

Les paysages suisses lui arrachèrent quelques jugements favorables. Mais les villes les plus vantées des vallées rhénanes semblent lavoir laissé indifférent. Visiblement, il était las du trop long défilé des merveilles de l’art. Tout à coup, nous le voyons, à Rotterdam, faire de son temps un usage au moins inattendu. Le journal porte en effet :

« Arrivé à Rotterdam à 7 h. 1/2. Pris un guide, et été voir des « maisons de danse. Visité trois. Spectacles frappants et pathétiques. « Les filles en parade. La musique. Leur expression et leur pudeur. « Vilenie du guide t. »

C'est peut-être l'incident le plus caractéristique de tout le voyage. Melville aurait-il, sur le tard, éprouvé des regrets de son existence austère ? Pour la seconde fois depuis son arrivée en Europe, il avouait indirectement une tentation des sens. La visite aux maisons de danse de Rotterdam n’a pas dû le satisfaire beaucoup. Mais le fait reste que, pour la seconde fois, il donnait au désir matériel et fugitif le pas sur les grands et insolubles problèmes et qu’il cherchaït à goûter la vie plus qu’à s’interroger sur son essence. C'était la santé physique, restaurée par le grand air et le mouvement, qui, sans doute, le poussait dans cette voie. Evidemment, il ne pouvait d’un coup, renoncer à cette « recherche de l'absolu » qui, depuis

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