‹ Hermann et DorothéeChapitre 15 sur 138 · LETTRE V · texte numérisé non relu

LETTRE V

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Je suis déjà connu ici des gens du hameau, qui m'aiment beaucoup, surtout les enfants. J'ai fait une fâcheuse observation. Au commencement, lorsque je les approchais, et que je les questionnais avec amitié, quelques-uns d'entre eux ma quittaient brusquement, dans l'idée que je "boulais me moquer d'eux. Je ne me rebutai ^0,8 pour cela, mais je sentais bien vivement ce que j'ai plus d'une fois observé. Les hommes d'un certain rang se tiennent toujours dans un froid éloignement du peuple, comme s'Us craignaient en s'en rapprochant de perdre quelque chose de leur dignité ; et puis il .y a de certains étourdis, de mauvais plaisants, qui semoient ne se rapprocher du peuple que pour le blesser de leurs mépris moqueurs.

Je sais bien que nous ne sommes pas tous égaux, et que nous ne saurions l'être; mais u ime semble que celui qui croit avoir besoin de se tenir à une certaine distance de ce qu'il appelle le peuple, pour s'en faire respecter, n'a pas moins de torts qu'un poltron qui se cache de son adversaire parce qu'il craint da succomber.

La dernière fois que je »uis allé à la fontaine, j'y ai trouvé une jeune servante qui avait posé pon vase sur la dernièi-e marche; elle regardait autour d'elle pour voir si elle n'apercevrait pas quelqu'une de ses amies qui

pût l'aider à le poser sur sa tête. Je suis descendu, et, après l'avoir considérée un instant : « Ma belle enfant, lui ai-je dit, voulezvous que je vous aide ? — Oh ! monsieur, at-elle répondu en rougissant. — Allons, sans façons. » Elle arrangea son coussinet; je l'aidai à mettre son vase sur sa tète. Elle m'a remercié, puis eile est remontée.

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