LETTRE XV
Le 6 ju'et.
Elle est toujours auprès de son anu mourante, toujours la mf'me, toujours cefi créature angélique et bienfaisante, dontles regards, partout où ils se portent, adocissent la douleur et fout des heureux. Elle lia hier au soir à la promenade avec ses birrs Marianne et la petite Amélie. Je le sa.vs, je les rencontrai, et nous restâmes ensemi)â Après
avoir snarché peadiint uiie heure et demie, Qous retouriiànies vei-s la vilie, à cette source qui mVst si t-here, et qui me l'est mille fois davaiitaKe, depuis que Lolotte s'est assise sur le petit mur. Je regardai autour de moi, hélas ! et je me rappelai ce temps ou mon cœur était seul. • Chère tontaine, me dis-je, il y a longtemps que je ne me repose plus à ta fraîcheur, et que, passant en hâte auprès de tes bords, il m'ai rive souvent de ne point te regarder. » Je jetai les yeux plus bas, et je vis monter la petite Amélie, eniDarrassée d'un verre d'eau. Je regardai Lolotte, et je sentis tout ce qu'elle était pour me*. Cependant Amélie reparut avec son verre ; Marianne voulait le lui prendre; « Non, s'écria cette enfant avec la plus douce expression, ma chère \olotte. il fHut que tu boives la première. «Je fus si transporté de la vérité, de la bonté qu'exprimait cette exclamation, que je ne trouvai d'autre moyen de témoigner de mon ravissement, que de prendre renfan-t dans mes bras, et de l'embrasser avec tant de véhémence, qu'elle se mit à crier et à pleurer. • Vous lui avez fait mal, • me dit Lolotte. J'étais consterné. « Viens, tontinua-t-elle en la prenant par la main, et lui faisant descendre les degrés ; lave-toi vite dans cette eau fraîche, vire, et cela ne sera rien. • Avec quelle attention je regardai la pauvre enfant se frotter les joues avec ses petites mains mouillées, dans la ferme croyance que cette source miraculeuse lavait toute souillure, et lui sauvait l'affront de se voir pousser une grande vilaine
barbe ! Comme Lolotte lui disait : « En voilà assez, » et comme elle continuait de se frotter, comme s'il eût mieux valu le faire plus que moins ! Te le dirai-je, Guillaume t jamais je n'assistai à un baptême avec plus de respect; et lorsque Lolotte remonta, je me serais volontiers prosterné devant elle, comme devant un prophète qui vient d'expier les iniquités de son p uple.
Le soir je ne pus m'empècher, dans la joie de mon ême, de raconter cette petite aventure a quelqu'un à qui je supposais du cœur, parce qu'il a de l'esprit ; mais que j'étais loin de compte ! Il me dit que Lolotte avait eu grand toit ; qu'on ne devait rien faire accroire aux enfants ; que cela donnait lieu à une infinité d'erreurs et de superstitions ; qu'on devait de bonne heure tenir les entants en garde contre leurs prestia-es. Alors je me rappelai que huit jours auparavant il avait fait baptiser im des siens ; c'est pourquoi je n'insistai pas davantage, et dans le fond d*i mon cœur je demeurai fidèle à cette vérité -. Agissons ave^* les enfants comme Dieu agit avec nous : nous ne sommes jamais plus heureux que lorsqu'il nous laisse errer au milieu de séduisantes illusions.