LETTRE XXX
Le is août.
Il est bien vrai que c'est l'affection seule dans ce monde qui rend les hommes nécessaires les uns aux autres. Je sens que Lolotte me perdrait à regret ; et les enfants n'ont d'autre idée que c.eiie ae me voir toujours revenir le lendemain. J'étais allé aujourd'hui pour accorder le clavecin de Lolotte, mais je n'ai pu en venir à bout, les enfants m'ont persécuté pour avoir un conte de fée; et Lolotte a voulu que je les contentasse. Je leur ai coupé leur goûter, qu'us reçoivent actuellement de moi aussi volontiers que ae Lolotte ; et je leur ai conté le premier chapitre de la Princesse servie par des mains enchantées. J'apprends beaucoup, je t'assui-e, dans ces narrations, et je suis fort surpris de l'effet qu'elles font sur eui. Si quelquefois j'invente quelqu'incident, que j'oublie à la seconde fois, ils ne manquent point de me dire : « Ce n'était pas l'aiatre fois la même chose ; » en sorte que je m'habitue à présent à réciter mes histoires d'une manière invariable, en affectant certaines chutes cadencées et suivies. J'ai vu par là comment un auteur, qui donne une seconde édition de son histoire avec des chfingenients, fùt-elle poétiquement meilleure, fait nécessairement du tort à son ouv^rage. Nous nous prêtons volontiers à la première impression, et l'homme est fait de manière qu'il croit même rinc.'oyable ; i' se le grave dans la tète, mais malheur à qai voudrait le détruire ou l'eflacerl