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sa bougie et à relire cette lettre, et, ne devinant rien, il prit le parti de se coucher.
Cependant, si incrédule, si indiscret que fût Édouard, il n'osait pas parler de cette aventure à ses amis ; il craignait une mystification, et, chaque fois qu’on lui disait un mot ayant rapport au bal de l'Opéra, il croyait toujours qu'on allait ce qui s'appelle le faire poser et se moquer de lui. Il attendait donc le samedi suivant avec une cerftaine impatience que son amour-propre appelait de la curiosité.
Du reste, jusqu'alors, il n’avait pas beaucoup cru aux intrigues de bal masqué; il pensait que c'était un moyen de roman et non une possibilité de la vie réelle. Ses aventures à lui s'étaient toujours terminées le jour même par un souper, et lui avaient persuadé que c'était le seul dénouement vraisemblable. Cependant il y avait eu dans le ton, dans la tournure, dans l'esprit de son domino quelque chose de si excep-
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tionnel, et dans l’ordre qu’il lui avait donné de ne pas le suivre un accent si digne, et dans la lettre du lendemain des mots si mystérieux, quil se perdait au milieu de ses conjectures, comme Thésée au milieu
des souterrains, et qu’il avait beaucoup de
peine à altendre le samedi sans montrer la lettre à quelqu'un de ses amis et sans lui demander, à défaut d’éclaircissement, une probabilité.
Le samedi tant désiré arriva. Édouard passa la journée avec Marie, qui hésitait à aller au bal et qui finit par se décider à rester chez elle. Il crut voir dans ce refus le nœud d'un complot; il regarda la jeune femme le plus finement qu’il put; mais, de quelque façon qu'il s’y prit, il ne lut rien sur son visage, si ce n’est qu’elle était fatiguée et que, ne s'étant guère amusée au bal précédent, elle craignait de s’ennuyer tout à fait à celui-ci.
Quant à lui, il prétexta un rendez-vous
de EE SN ne pen nement donné à deux amis, et, à minuit, il quitta Marie. | —
La première chose qu'il fit fut d'aller regarder dans la loge où, huit jours auparavant, on l'avait amené.
Il n’y avait personne.
ll rentra au foyer, qu'il quittait de temps en temps pour retourner à cette bienheureuse loge; enfin, vers une heure du malin, il sentit une main qui lui frappait sur l'épaule, et entendit une petite voix qui lui disait :
— On vous atlend.
—- Où?
— Loge numéro 20.
— Merci.
En effet, il arriva au numéro 20, où il trouva son domino hebdomadaire.
Il eut un battement de cœur.
— Suis-je exacte? lui dit cette voix qui jui bourdonnait dans l'esprit depuis huit jours.
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— Oui, comme une créancière.
— Vous avez de jolies comparaisons?
— N'ai-je pas une dette à vous payer?
dette de reconnaissance pour cette charmante lettre qui me fait rêver le jour et qui m’empêche de dormir la nuit!
— Est-ce que vous allez être toujours aussi banal”? |
— Est-ce que vous serez loujours aussi méchante?
—— En quoi le suis-je donc?
— Vous me dites vous!
— C'est peut-être un progrès.
— Vous prenez le plus long, alors.
-— Ne plaisantons plus, je suis triste.
— Et qu'avez-vous? dit Édouard du ton d’un homme sérieusement affecté.
— Ce que j'ai? reprit l’inconnue en fixant ses yeux sur lui comme si elle eût voulu lire au plus profond de son cœuret de sa pensée. J'ai que je crains de vous aimer.
— Si vous me dites de ces choses-là,
vous allez me rendre fou. Et où serait le malheur si vous m'aimiez”?
— Le malheur serait que je ne suis pas de ces femmes qui promettent beaucoup et ne donnent rien, et qu'en vous aimant | je pense que je puis me perdre.
— Bon! se dit Édouard, voilà que cela reprend le cours ordinaire. Trois francs de voiture pour aller, soixante francs de souper, trois francs de voiture pour revenir, Ca me fait soixante-six francs.
— À quoi pensez-vous ? |
— Je pense, reprit Édouard, qui ne put dissimuler un sourire, que, depuis qu'Eve a dit cette phrase-là à Adam dans le para- | dis terrestre, on l’a bien répétée dans le | monde, et qu'il serait temps d’inventer quelque chose de plus nouveau.
— Adieu! ,
— Vous vous en allez?
— Je vous déteste!
— Asseyez-vous donc.
— Écoutez, reprit le domino, vous ne me connaissez pas. Je suis une de ces femmes capables de donner leur vie, leur âme, à l’homme qu'elles aiment; ardentes dans leur amour, mais terribles dans leur haine. Cela vous effraye, n'est-ce pas?
— La haine seule.
— Croyez-vous à quelque chose?
— À tout... Pensez-vous done qu’un homme de mon âge a perdu déjà sa croyance? . À ; |
— Je pense qu'à votre âge on ne l'a pas encore.
— Pourquoi?
— Parce qu'on n'a pas assez souffert et
qu’on a trop aimé.
— Vous vous trompez, madame; les amours faciles et légères auxquelles nous semblons user notre âme, c'est à peine si nous leur prêtons notre esprit; et, un jour, vient une femme qui est tout élonnée de retrouver, sous la cendre de ces amours
éteintes, le cœur intact, comme Pompéi sous la cendre du Vésuve.
— Oui, intact, murmura la jeune femme, mais mort.
Eh bien, mettez-moi à l'épreuve.
— $ije vous disais : Il faut tout me sacrifier, cesser avec vos maîlresses vos amours faciles, risquer tous les jours votre vie pour me voir un instant, ne jamais dire ni à votre meilleur ami, ni à votre mère, ni à Dieu ce que je ferai pour vous, et, en échange de ce danger de tous les jours, de ce silence de tous les instants, un amour comme vous n’en avez Jamais eu?
— J'accepterais.
— Si je vous disais encore : Peut-être un jour ne vous aimerai-Je plus. Alors vous n'aurez rien à faire dans ma vie, pas un reproche à m'adresser, pas un mot à
dire ; et, si d'ici là vous devenez parjure ou
seulement indiscret,... je vous tue!
— J'accepterais encore, dit Édouard du
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