‹ Hernani, drame en cinq actes. With explanatory notes by Gustave MassonChapitre 67 sur 105 · ACTE IV. SCÈNE II ÏOg · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE II ÏOg

Puis, clercs et soldats ; puis, loin du faîte oîi nous

sommes.

Dans l'ombre, tout au fond de l'abîme, — les hommes. — Les hommes ! — c'est-à-dire, une foule, une mer, Un grand bruit ; pleurs et cris, parfois un rire amer; Plainte qui, réveillant la terre qui s'effare, A travers tant d'échos, nous arrive fanfare ! i Les hommes! — des cités, des tours, un vaste essaim, — De hauts clochers d'église à sonner le tocsin! —

{Rêvant.) Base de nations portant sur leurs épaules La pyramide énorme appuyée aux deux pôles, Flots vivants, qui toujours l'étraign^nt de leurs plis, Le balancent, branlante, à leur vaste roulis,^ Pont tout changer de place et, sur ses hautes zones, Comme des escabeaux font chanceler les trônes. Si bien que tous les rois, cessant leurs vains débats, Levant les yeux au ciel. . . . — Rois ! regardez en bas ! — Ah! le peuple ! — Océan! — Onde sans cesse émuel Où l'on ne jette rien sans que tout ne remue ! Vague qui broie un trône et qui berce un tombeau I Miroir oîi rarement un roi se voit en beau ! Ah ! si l'on regardait parfois dans ce flot sombre, On y verrait au fond des empires sans nombre. Grands vaisseaux naufragés, que son flux et reflux Roule, et qui le gênaient, et qu'il ne connaît plus ! — Gouverner tout cela! — Monter, si l'on vous nomme! A ce faîte ! — Y monter, sachant qu'on n'est qu'un homme I

— Avoir l'abîme là ! — Pourvu qu'en ce moment

H n'aille pas me prendre un éblouissement !

Oh ! d'Etats et de rois mouvante j^yramide.

Ton faîte est bien étroit ! — Malheur au pied timide I

A qui me retiendrai-je ? . . . — Oh ! si j'allais faillir

En sentant sous mes pieds le monde tressaillir I

106 HEB^AKL

En sentant \rîvi«, sourdre et palpiter la terre!

— Puis, quand j'aurai ca globe entre mes mains, qu'en

faire I Le pourrai-Je porter seulement? Qu*aî-Je en moi ? Etre empereur l mon Dieul j'avais trop d'être roil Certe, il n'est qu'un mortel de race peu commune Dont puisse s'élargir l'âme avec la fortune. Mais moil qui me fera grand? qui sera ma loi? Qui me conseillera?. . . .—

{Il tombe à deux genoux devant le tombeau.) Oharlemagne I c'est toi I Oh! puisque Dieu, pour qui tout obstacle s'efface. Prend nos deux majestés et les met face à face. Verse-moi dans le cœur, du fond de ce tombeau. Quelque chose de grand, de sublime et de beau I Ohl par tous ses côtés fais-moi voir toute chose ! Montre-moi que le monde est petit, car je n'ose Y toucher. Montre-moi que sur cette Babel Qui du pâtre à César va montant jusqu'au ciel. Chacun en son degré se complaît et s'admire, Voit l'autre par-dessous et se retient d'en rire.i Apprends-moi tes secrets de vaincre et de régner, Et dis-moi qu'il vaut mieux punir que pardonner I — N'est-ce pas? — S'il est vrai qu'en son lit solitaire Parfois une. grande ombre au bruit que fait la terre S'éveille, et que soudain son tombeau large et clair S'entr'ouvre, et dans la nuit jette au monde un éclair, Si cette chose est vraie, empereur d'Allemagne, Oh l dis-moi ce qu'on peut faire après Charlemagno l Parle I dût en parlant ton souffle souverain Me briser sur le front cette porte d'airain I Ou plutôt laisse-moi seul dans ton sanctuaire Entrer ; laisse-moi voir ta face mortuaire ; ^e me repousse pas d'un souffle d'aquiloiif ;

Page 1