‹ Hernie diaphragmatique congénitale chez un homme de 55 ansChapitre 3 sur 12 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Djillali ben Amed, âgé de 55 ans, exerçant la profession de vannier, entre dans la salle Trousseau le 4 septembre 1899 pour phénomènes généraux vagues ; depuis six mois il maigrit beaucoup, dépérit, son ventre devient volumineux, ses jambes enflent; il ne souffre pas, ne tousse pas et n’a pas de fièvre.

On ne note rien de particulier dans ses antécédents héréditaires.

Dans son passé nous relevons des accès de fièvre intermittente et des habitudes d’éthylisme. Nous apprenons de plus que dans sa jeunesse il aurait été victime de deux accidents assez rapprochés : une chute de cheval et l'éboulement d'un mur. L'un ou l’autre de ces traumatismes (ni le malade, ni son entourage ne sont très affirmatifs à ce point de vue), aurait été suivi d'une longue période de maladie (?) et d'une gibbosité dorso-lombaire dont il est encore porteur. Quoi qu'il en soit, il ne semble pas qu'il

ait présenté à ce moment de phénomènes paralytiques des membres inférieurs.

Dans la suite sa santé est excellente, mais il remarque qu'après les repas — toujours très copieux — il éprouve un certain malaise et parfois de petits accès de suffocation. Nous remarquerons qu'à ce moment notre patient a depuis longtemps ses habitudes d’alcoolisme et quil approche des troubles qui vont déterminer son entrée à l'hôpital.

Nous nous trouvons, en effet, en présence d’un homme dont l'état général est déjà précaire ; le teint est terreux, subictérique, tout le corps est dans un état d'émaciation assez avancé, le thorax voussuré compense une gibbosité dorso-lombaire prononcée, les membres inférieurs sont œædématiés, les phalanges hippocratiques, les artères sont dures, rapteuses, la pointe du cœur bat dans le septième espace intercostal, dans la ligne mamelonnaire; la rate est grosse, facilement palpable sous le rebord costal. L'abdomen un peu volumineux avec circulation complémentaire sous-hypogastrique, donne à la palpation la sensation de flot. Enfin, au niveau de l’épigastre, sur la ligne médiane, on sent une masse dure descendant jusqu'à l'ombilie et donnant l'impression d’un foie abaissé ou d’un néoplasme.

A l'auscultation pulmonaire: en avant, quelques râles sibilants, respiration soufflante ; en arrière, râles souscrépitants, surtout à la base gauche ; à la base droite, absence de murmure vésiculaire.

L'auscultation du cœur révèle des bruits sourds, un bruit de galop et un clangor pulmonaire.

Percussion: cœur gauche hypertrophié.

La base du poumon droit donne une zone de malité absolue, répondant à la lolalilé du lobe inférieur.

Les urines sont abondantes, de densité diminuée 1012.

CAPTER | Elles contiennent constamment de l'albumine mais en faible proportion. Pas de pigments biliaires normaux ou anormaux.

Le pouls et la température ne présentent rien de particulier.

Comme troubles subjectifs, rien de bien saillant ; quelques douleurs abdominales, un peu de dyspnée et c’est tout. |

En somme, nous avons affaire à un ancien paludéen, alcoolique, probablement bacillaire (mal de Pott ancien), qui porte en ses viscères le sceau de ces intoxications : sclérose du foie, selérose de la rate, sclérose des reins, sclérose du système vasculaire sanguin, mais qui présente aussi deux tumeurs (?) sur la nature desquelles on ne se prononce pas.

L'état général ne permet pas de tenter une exploration chirurgicale. En effet, après un mois d’un traitement symptomatique : régime lacté, diurétiques, notre malade s'éteint lentement etmeurt-sans présenter de phénomènes aigus.

L'autopsie nous montre immédiatement une foule de lésions abdominales et thoraciques suffisantes pour déterminer la mort. La malformation dont il va être question, ne semble pas, par sa disposition et d'après l'évolution clinique, entrer en cause dans cette issue fatale.

En effet, à l'ouverture de l'abdomen, s'échappe un liquide citrin assez abondant, qui laisse voir le péritoine et l'intestin criblés de granulations dures, du volume d'un grain de plomb. Ces granulations sont aussi abondantes sur les plèvres pariétale et médiastine des deux côlés.

A l'examen histologique, ces granulations présentent

les caractères du tubercule à centre caséifié, avec cellules géantes (pas d’antécédents syphilitiques) et couronne de cellules épithélioïdes et embryonnaires.

Le péritoine est macéré, épaissi, de nombreuses membranes créent des adhérences entre les organes et la paroi, délimitant des loges remplies de sérosité. Les anses intestinales sont agglutinées en plusieurs endroits. Le grand épiploon épaissi, rétracté, forme la corde classique étendue d’un hypochondre à l’autre.

Toutes ces lésions péritonéales, certainement de nature tuberculeuse, sont très probablement la cause des troubles abdominaux, douleurs, ascite, que présentait le malade pendant les six derniers mois.

Le point de départ de cette tuberculose pleuro-péritonéale semble avoir été dans un gros noyau fibreux que nous trouvons au niveau de la partie moyenne de la scissure interlobaire et faisant adhérer les lobes supérieur et inférieur du poumon droit. De plus, la colonne vertébrale nous présente la déformation angulaire d’un mal de Pott dorso-lombaire. Le corps de la douzième dorsale est détruit-dans sa partie antérieure et forme un coin à base postérieure, à sommet antérieur, où viennent en contact les corps de la onzième dorsale et de la première lombaire. Ces lésions osseuses sont guéries, il n’y a pas de foyer caséeux.

Le foie est très dur, crie sous le couteau, des bandes fibreuses délimitent des îlots plus ou moins étendus de substance glandulaire. :

Les reins sont petits, rattalinés, avec de gros kystes, la capsule arrachée emporte avec elle des chapelets de parenchyme.

La rate pèse 250 grammes, elle est dure, sclérosée. En somme ces lésions concordent bien avec les phéno-

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