OBSERVATION VEII
Heroie crurale étranglée; épanchement sanguin dans l’anse intestinale déplacée; kélotomie ; mort; autopsie.
Le lundi 3 juin est entrée, salle Sainte-Marthe, n° 48° à Saint- Louis, une malade nommée Louise A... Cette femme, âgée de :61 “ans, est d’une bonne constitution et d’une bonne santé habituelle ; elle n'a jamais eu d'enfant. |
Il ÿ a onze ans, elle vil apparaître à l'aine gauche une ‘petite tumeur. Voyant la tumeur augmenter sensiblement de volume, au ‘bout de quelque temps, elle consulte un médecin qui lui conseille ‘l'application d'un bandage ; depuis cette époque elle a AS Fo
son bandage, qu'elle ne quittait que la nuit.
Samedi 1°" juin, elle le quitta pour aller faire un voyage à Pont- “sur-Yonne: en chemin de'fer,; et sans cause déterminante appré- “ciable, elle est prise de vomissements qui durent environ une heure ; “arrivée à Pont-sur-Yonne elle consulte un médecin, qui pratique le
taxis, longtemps et avec force, ‘mais sans le moindresuccès. 11 lui conseille de retourner en toute hâte à Paris.
Pendant le trajet, les vomissements continuent, ne Lane de coliques très-violentés et de douleurs dans l'aine. ue retour à Paris elle consulte de nouveau un médecin, qui lui prescrit un purgatif et un lavement pour vaincre une constipation opiniâtre. La malade
n'allant pas à la selle, le médecin: recommence un taxis assez fong- ‘temps prolongé. Ke
Lt, “Enfin, ‘en’désespoir de cause, il lui conseille d'entrer à l'hôpital.
État actuel. La malade se présente à nous ävéc les symptômes suivants :
Tumeur douloureuse; rouge, rénitente, du volume d'une petite orange occupant laine gauche.
Ballonnement du ventre peu sensible, mais douleurs vives à la pression. |
Face vultueuse, animée; yeux saillants, presque hagards ; pupille dilatée ; langue sèche et brunâtre.
Pouls dur; 100 pulsations.
Les antécédents de la malade étant connus, on n’essaié pas le taxis. On envoie chercher M. Verneuil. |
L'opération est immédiatement pratiquée, la malade ayant été endormie par l'inhalation du chloroforme.
L'opérateur fait une incision à convexité inférieure au. niveau de la partie moyenne de la tumeur, en dépassant un peu les limites latérales; le tissu cellulaire.est trouvé épaissi, et ses mailles remplies d'une sérosité transparente; on incise avec précaülion, et couche par couche, et on arrive sur une‘tumeur d’un rouge brunâtre, lisse et tendue; la couleur de la tumeur aurait pu la faire prendre pour l'intestin étranglé au premier abord; mais un examen plus attentif, l'intégrité parfaite des parois, après toutes les tentatives de taxis déjà pratiquées, en éloignent l'idée ; une ponction pratiquée sur la partie la plus convexe de. la tumeur laisse échapper un liquide brun, exhalant une odeur de matières fécales ; on incise de chaque côté la paroi sur une sonde cannelée, et:on tombe sur une tumeur d’une couleur livide, violacée, de la grosseur d’une noix ; cette tumeur ne présente pas d'ouverture; elle est peu résistante, et, en pressant ses parois à la base, on éprouve la sensation d'un corps ferme de la grosseur d’une fève. Reconnaissant les caractères de la gangrène herniaire, M. Verneuil ouvre la tumeur, il s'écoule un liquide noirâtre, exhalant une forte odeur de matières . fécales ; les paroisde la poche intestinale s’affaissent, et, au palper,
RE on constate une consistance mollasse, de linge mouillé, et complétement différente de la consistance de l'intestin normal.
L'opérateur attire une portion d'intestin sain au dehors, après avoir passé un fil à travers le mésentère, pour retenir l'anse gangrénée. Cela fait, il enlève la partie gangrénée de l'intestin, et on trouve dans cette partie lépaississement mentionné plus haut, et formé par un épanchement sanguin dans les tuniques intestinales. Il fixe les deux bouts de l'intestin sur les côtés de la plaie au moyen de quelques points de suture; enfin, passant une sonde dans le bout supérieur de l'intestin, il fait sortir par une pression légère sur le ventre une petite quantité de matières liquides jaunâtres, sans odeur bien marquée. La sonde est établie à demeure dans le bout supérieur, et on applique par-dessus des cataplasmes.
Mardi, 4 juin, état général meilleur; pouls moins fort et moins fréquent.
L'état de la plaie est bon; coliques peu intenses ; les cataplasmes sont continués. — Bouillons.
Le 5. Pouls plus fort, un peu plus fréquent ; hoquet; coliques peu vives. La sonde fait difficilement sortir une petite quantité de matières.
Le 7. Plus de hoquet; face pâle; pouls raleati; coliques. persistantes. — Huile de ricin.
Le 8. Peau froide; pouls filiforme. -— Mort à quatre heures de l'après-midi. | |
Autopsie. À l'ouverture du ventre, on constate un peu d'injection générale du péritoine. Puis dans la fosse iliaque gauche, une péritonite avec épanchement séro-flaconneux , et fausses membranes molles encore, mais fixant dans la fosse iliaque une partie du paquet intestinal. Les deux bouts de l'intestin sont superposés, le bout inférieur par-dessus et pressant le bout supérieur, qui se trouve audessous et comme aplati. Cette disposition éstassez bien représentée