OBSERVATION XXVII
QuBAr. — Volumineuse hernie droite. Cure radicale
S.…., Jean-Baptiste, âgé de 50 ans, lustreur, entre à l'hôpital le 9 janvier 1901, pour se faire opérer d’une hernie.
Antécédents héréditaires. — Père mort, à 37 ans, d'une maladie indéterminée. Sa mère, encore vivante, a 79 ans et jouit encore d’une excellente santé.
Un frère mort à 47 ans, probablement tuberculeux. Trois sœurs bien portantes. Aucun membre de sa famille n’a eu de hernie, du moins à sa connaissance.
Antécédents personnels, — Aucune maladie antérieure.
Histoire de la maladie. — En 1870, à la suite d’un effort, il voulait soulever un lourd fardeau pour le mettre sur son épaule ; il sentit une douleur assez vive dans l'aine droite, et, quelque temps après, il s'aperçut qu’il avait une petite tumeur au niveau de l'orifice externe du canal inguinai, tumeur qui était grosse comme un œuf de poule. Cette tumeur était réductible à la pression. Il mit un bandage, qu'il garda pendant cinq ans. Au bout de ce temps, il supprima son bandage ; la hernie sort à nouveau, grossit peu à peu et descend dans les bourses. S... ne s’en préoccupe pas et continue à travailler sans porter quoi que ce soit pour contenir sa hernie,
Depuis trois ans, elle augmente davantage ; jamais il n’a eu aucun symptôme d’étranglement ; cette hernie ne le fait nullement souffrir ; il est un peu gêné, à cause de son volume, dans ses grands mouvements, mais il n’éprouve aucune douleur. Les digestions sont faciles, les selles normales.
Examen. — Le malade a une volumineuse hernie droite
qui a atteint le volume d’une tête d'adulte. Elle a 60 centimètres de circonférence, La circulation collatérale est. très développée. La verge est disparue totalement. On ne. voit qu'un simple orifice, aboutissant au gland, que l’on peut mettre en évidence en déprimant le scrotum.
A la palpation, cette tumeur est moile partout, non douloureuse ; l'anneau inguinal doit être très dilaté ; on y peut introduire facilement trois doigts en faisceau. La tumeur est mate dans sa partie supérieure, sonore dans son tiers inférieur. Si on essaie de réduire la hernie, au premier abord, il semble qu'elle est totalement irréductible ; mais, après de patients efforts, on constate que, peu à peu, la tumeur diminue ; puis, si on abandonne la compression, elle augmente immédiatement,
Rien aux autres orifices.
S... est un homme d’une forte corpulence, n'ayant jamais été malade, ne se plaignant de rien.
Rien au poumon.
Rien au cœur.
Foie et rate normaux.
Quelques varices des membres inférieurs, mais peu accentuées. M. DuBAR décide, avant d'opérer cette hernie, de faire coucher le malade, les bourses relevées, la tête basse, pour habituer peu à peu l'intestin à rentrer dans l'abdomen.
S.. reste couché pendant 15 jours. Chaque matin, M. le professeur DUBAR, en faisant sa visite, vient essayer de faire rentrer cette hernie ; peu à peu, on voit la hernie diminuer ; elle perd ainsi au moins le tiers de son volume. Devant cet état de choses, M. DuBar attend encore quelques jours et on décide l'opération pour le 14 février 1901.
On fait une large incision de 20 centimètres environ. La dissection du sac se fait assez facilement, ét quand on l’ouvre, on constate qu'il contient tout le gros intestin, ou tout au moins une très grande partie (cœcum, appendice, colon ascendant, colon transverse), de nombreuses anses d’intestin grêle et tout le grand épiploon. On résèque tout l'épipioon et on essaie ensuite de réduire l'intestin. La réduction est difficile ; on met le malade dans la position de Trendelenburg, et après de nombreux efforts, on arrive enfin à ré-
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duire toute la masse intestinale, Tout le sac est réséqué. On suture ensuite l'aponévrose du grand oblique à larcadé Fallope par cin4 points de suture en V et on réduit le plus possible le canal inguinal.
On draine largement la plaie et on ferme au crin de Florence.
Pendant lès quelques jours qui suivent l'opération, la température monte un peu le soir : 37°4, le matin ; 37°8, 3709 et même 38° lé soir ; le malade se plaint d’avoir une sensation d'angoisse précordiale. En effet, il est pâle ; les traits sont tirés, les veux excavés, le pouls est assez rapide, 90 à 95 pulsations à la minute, mais il est mal frappé. A l'auscultation, les battements du cœur sont mous et irréguliers, vas de bruits surajoutés. Rien à la poitrine, pas de congestion pulmonaire.
Dans l'abdomen, un peu de douleur à la pression, mais pas de points spécialement douloureux. Du côté de la plaie, un peu de réaction superficielle due à ce que le malade, en urinant, souille constamment son pansement, mais pas de suppuration : rien qui puisse expliquer ces troubles de l’état général.
M. DuBar fait mettre de la glace sur le ventre et donne 2» centigrammes de caféine pour soutenir la défaillance du cœur. Au bout d’une semaine, tout rentre dans l’ordre : la plaie se guérit par première intention. On fabrique au malade un bandage à large pelote qui vient appuyer sur la plaie cicatrisée et le malade sort guéri au bout de cinq semaines.
S.., a été revu le 2 mai 1906, c'est-à-dire cinq ans après son opération : la guérison s'est maintenue ; l'anneau inguinal est complètement refermé, c'est à peine si l'on peut y introduire le bout de l'index ; les bourses sont revenues à leur état normal. S..… a repris son métier. On peut donc dire que la guérison est complète.
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