SCÈNE III. , S
HBRO.
Je sens ma force chanceler;
Soutiens-la, mon Léandre, au lieu de l'ébranler. Un trouble assez cruel m'oppresse, me dovore, Sans qae de tes soupçons le poids m'accable encore I
LÉANDRE
Héro, quand tu m'aimais...
Je t'aime comme hier.
Va, tn me connais mail
LÉANDRE
Tant que je te fus cher, Quel secret t*oppressaiti quelle douleur cachée, Qui ne fât dans mon âme aussitôt épanchée^
Qui ne fût à nous deux, Héro, quand tu m'aimais I... Les aveux se lisaient dans tes yeux, et jamais .Ton cœur aussi longtemps n'aurait pu se défendre. *
HÉRO
Non, je n'ai pas changé d'yeux ni de cœur, Léandre; Ton visage est toujours pour moi plus doux à voir Que le premier rayon de Tétoile du soir,
Et ta voix en mon cœur jette encor cotte ivresse
Qui dans le temple même égara la pnMrpsse.
Non, je n'ai pas changé. Tu m'as fait un palais
De ces murs désolés, sépulcre où je vivais!
Tu fis entrer Tamour entouré de mystère,
Chant que nous murmurions à deux, Iwn de la terre,
Fleur sous tes mains éclose, en ma captivité,
C'était mon horizon, c'était ma liberté ! * Sois bénil Ce bonheur, oui, je me le rappelle; Mon cœur serait ingrat, s'il était infidèle!
Pourrait-ll à ta voix refuser de s*ouvrir?
'Va! j'aurais près do loi voulu vivre et mourir, Et nos amours jamais ne se fussent flétries ! Pourquoi,n'ayantqu'uneâcne, avions-nous deux patries?
LÉANDRÇ.
Héro, quand tu m'aimais, en dépit du destin Savourant sans regret un bonheur incertain, . Tu bannissais bientôt toute crainte importune,
Et rien n'empoisonnait notre ivresse commune î Les périls, la distance et les jours exposés, On en parlait à peine au milieu des baisers; Tu ne remarquais pas alors, Tâme inquiète, Les autans, messagers de l'hiver qui s'apprête; Tu ne t'effrayais pas d'un si lointain danger. Voyant les jours décroître et les nuits s allonger, Nous nous réjouissions, remerciant ensemble Les dieux de prolonger l'heure-qui nous rassemble. Pour la première fois je la vois s^écouler Â.U milieu des soupirs, des pleurs prêts à couler. L'amour avait des ris, ou des soupirs sans larmes! lléro, nos belles nuits n^ont-rllcs plus de charmes? Ob I songe à la première où je vins, bienvenu I Tu courus au-devant de mon pas reconnu»
Tu pressas sur ton sein ton époux hors d*baleine, Ton époux... et pourtant aucune lèvre humaine N'avait redit p8ur nous la chanson de l'hymen; Nul poëte invoqué Junon, aucune main
SCÈNK ill.
Préparé les flambeaux de ta cduche ignorée ;
Mais flambeaux et festins, chœurs, hymne consacrée ,
Rien ne manquait à ceux que l'amour unissait! Caciiés à lous yeux, Vénus nous l)énissait; Elle brillait au ciel : à sa clarté propice S'accomplit le plus cher, le dernier sacrifice; Seule, elle Fut témoin de ces transports trop courts, Et isouriait, rêveuse, aux premières amours.
Les a\eux, les serments se pressaient sur ta bouche, Comme les fleurs de mai qui parfumaionl la couche l. Nous n'avions pour écho de nos tendres sanglots Que les chuchotements de la mer aux grands flots. Ils chantaient sur le bord, mêlant leurs rumeurs folles Aux doux mots, aux baisers plus doux que les paroles !