‹ Héro et Léandre. [Traduction de Laporte du Theil] Dessins de Pfnor, gravures de Méaulle. NoticesChapitre 8 sur 13 · I . Kdition de · texte numérisé non relu

I . Kdition de

JCt les tracaux et lalteurs maritiiis JloHie les tous entre c:s deux tetiim.

HEUO ET LEAXDIiE

Qu'elle portoil soudain luy a tollue D'autour du corps, et entrèrent tous nuds Aux sainctes loix de la doulce Venus.

HelaSjC'esloienldesnopces, mais sans danses C'esloil un lict, mais lict sans accordanoes D'hymnes chantez : nul poêle on n'y veit Qui du sacré mariage escrivist; Cierge beneit aucun n'y fut posé Pour illustrer le lict de l'espousé ; Là menestriers ne sonnèrent aulbades ; Là balladins ne jecterent gambades ; Chantz nuptiaulx point n'y furent chantez Par les amys et les deux parentez, Aincoys à l'heure à coucher disposée Silence feit le lict de l'espousée, Et l'ornement et principale cure De ceste feste estoit la nuict obscure, Si qu'Aurora, qui le monde embellit, Ne veit jamais couché dedans ce lict Le marié : car sans jour et sans guyde Tous les matins repassoit vers Abyde,

IIKRO i:r LKANDUE

Insatiable el plein dardant, désir De retourner au nocturne plaisir.

Quant à Hero, pour si seurement Taire Que ses parens ne congneussent l'affaire, Tousjours d'habit de nonnain se vestoit. El de jour vierge et de nuict femme estoit.

0 quantesfoys le beau jour évident Ont souhaitté descendre en Occident!

Ainsi leur grande amytié conduysoient Et en plaisir secret se deduysoient; Mais peu vescu ont en ceste manière, Et peu jouy de l'amour marinière; Car dès que vint le bruyneux yver, Voycy les vents tous esmeuz arriver.

Qui esbranloient les fondemens profons De l'eau débile, et battoient jusqu'au fons, Faisans mouvoir d'orage horriblement Toute la mer cà et là, tellement Que les nochers, fuyant les eaux irées, Avoienl aux portz leurs voiles retirées.

Mais le fort vent ne l'yver ne l'orage

HEKO ET LEASDr.E

N'espovenla jamais Ion fort courage, O Leander ! ains la lampe allumée Dessus la tour à l'heure accouslumée Te donna cueur d'entrer en la marine Par ce dur temps, la faulse et la maligne.

Helas! Hero, de bon sens despourveue.

Devoit l'yver se passer de la veue De son amy, sans plus faire reluyre Le brandon prest à ses plaisirs destruire; Mais Destinée à son malheur la meine, Si fdict Amour : car de son plaisir pleine Meit sur la tour le flambeau sans propos, Non plus flambeau d'Amour, mais d'Atropos.

Or estoit nuict : quand les vents vehemens, Par merveilleux et divers soufilemens Poulsans l'un l'autre, en mer se remuèrent, Et peslemesle en fureur se ruèrent Sur le rivage, à celle mauvaise heure Le povre amant, que faulx espoir asseure D'aller encor aux ordinaires nopces, Estoit porté des bruyantes et grosses

IltI;o ET I.EAXDnK

Vagues de mer. Jà les undes ensemble S'entrebaloienl ; l'eau sallée s'assemble Toulen un monl; les flolz sont jusqu'aux cieulx. La terre esmeue est des venlz en tous lieux Par leur combat; car Boreas se vire Contre Notus, Eurus contre Zephyre, Si que l'orage en mer bruyante espars Inévitable estoit de toutes pars.

Leandre alors, qui maulx intolérables Avoit souffert des undes implacables, Prioit Venus de lui estre opportune, Prioit Xhetis, se vouoit à Neptune, Et n'oublia de dire à Boreas :

" 0 Aquilon, qui tant labouré as Au faict d'amour pour la pucelle Attique, Entens à moy. » Mais nul dieu aquatique A son prier n'a l'oreille inclinée.

Et n'a l'Amour sceu vaincre destinée; Car, tout rompu de cesie impestueuse Emotion de la mer fluclueuse, Aux jambes eust les puissances débiles.

HERO ET LEANDUE

Ses bras mouvans devindrent immobiles,

El en sa gorge enlroit avec l'escume

Grand' quantité d'eau pleine d'amertume.

Finablement, le vent par sa rudesse

Estaindre vint la lanterne traistresse.

Avec la vie et Tardante amytié

De Leander, digne de grand'pitié.

Tandis Hero avoit ses beaulx yeulx vers

TouBJours au guet, vigilans et ouvers.

Et lors sur piedz pleurant, pensant, resvanl,

La misérable, en sa face levant,

■Va veoir du jour la claire esfoile Aurore.

Et ne veoit point son cher espoux encore.

Parquoy, estant jà estainct le flambeau.

Deçà, delà, jecta son œil tant beau

Sur le grand doz de la mer, pour sçavoir

Si son amy navigant pourra veoir :

Mais las! si tost qu'elle eustjecté sa veue

Enconlrebas, la povre despourveue

Va veoir au pied de la tour, desciré

Contre les rocs, son amy désiré.

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