‹ HérodoteChapitre 13 sur 35 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

.(3) Sur tout cela, voir Gsell, L c, p. 450-6.

^4) Etienne de Byzance, citant Hécatée, qualifie deux ville.s de ttôXi; Ai^iiwv (Hécatée, n" 320et 327). L'emplaceinentde la première estinconnu ; l'autre, Ali/tTTK, est peut-être Malte. Il est vrai qu'on peut se demander si le mot Ato-^ov n est pas une addition d'Élienne. — Pindare, Pyth., IX, 117 et 105: Ai^-»», Aio^ttc. lil s'agit d'indigènes de la Cyrénalque).

(5; Voir p. 70-71.

(6) II, 32. Dans la zone du littoral, il qualifie expressément de Libyens les Adyrmachides (iv, 168), les Asbystes (iv, 170), les .Nasamons (n, 32), les Maces f.v, 42). Il appelle ainsi tous les peuples nomades qu'il énumère depuis l'Egypte jusqu'aux Auses inclusivement, c'est-à-dire jusqu'au delà du lac Tritonis (iv, 181 ; conf. iv, 186, 187). Au delô des Auses, vivent les Libyens cultivateurs (ju'on nomme Maxyes (iv, 191 et 193).

mot AiSuzç se maintint dans la suite (l>. Cependant des Grecs, Polj'be et Djodoie de Sicile, lui donnent un sens moins étendu : ils appellent ainsi les indigènes vivant sur le territoire de Carthage; ils opposent les A(êu£ç aux No(Ji.àÔ£ç, qui sont restés indépendants i^i.

XXXI. — Les Libyens sont donc, selon Hérodote, le seul peuple autochtone du Nord de la Libye et ils l'occupent entièrement, en dehors des possessions grecques et phéniciennes. Il range parmi eux les Maxyes, agriculteurs vivant au delà du fleuve Triton, qui s'attribuent pourtant une origine étrangère. « Ils disent qu'ils ont pour ancêtres des Troyens(3) ». Etait-ce vraiment ce qu'affirmaient les Maxyes ? et, dans ce cas, avaient-ils raison ? On en peut douter. II n'est pas impossible qu'aux derniers siècles du second millénaire, des gens venus de l'Ouest de l'Asie Mineure aient, sinon colonisé, du moins visité des régions situées dans la Bei'berie actuelle (^). Mais nous n'en avons

(1) Scylax (§ 112, p. 92): une tto/jç Ai^jÙm-j sur la côte océanique du Maroc ; voir aussi ibid., § 107, 108, 109, 110, où le Périple appelle Ai^vî,divers peuples de la côte septentrionale, depuis l'Egypte jusqu'à l'Est de la Tunisie. Polybe, m, 5, 1 : Massinissa, roi des Libyens {^u.>jù.iy. Twv AtÇJojv) ; I, 19, 4, où des NofxàS;;,- (Numides) sont qualifiés de At€v£ç; conf. Appien, Lib.,li. Strabon, xviii, 3, 2 et 20 : Atêv/ôv i'b-jo;, appellation appliquée aux Maurousiens, aux Gétuies, aux Nasamons. Pausanias, i, 33, 5. Etc.

(2) Polybe, i, 65, 3 ; i, 74, 7; m, 33, 15 ; etc. Diodore, xx, 55. Il est probable qu'en général, les AiÇ-js, mentionnés dans les armées de Carthage étaient des sujets de la république : voir, par exemple, Polybe, XV, 11,2: Tovç bf/j.iowj:; Ai^vccç ; Appien, Lib., 5, où ils sont appelés

■ÛTTriXOOt.

(3) IV, 191 : ^«Tt oi 0J701 ù'jvx Tf7iv h. T[Joi.ri; iv5/iwv. M. Zielinski {Die letzten Jahre des siceiten punischen Krieges, Leipzig, 1880, p. 12) croit que ces mots signifient : « ils disent qu'ils descendent de Grecs établis en Libye à leur retour de Troie ».

(4) Voir Gsell, Hi-ftoire, i, p. 34i-350. — La plupart des auteurs anciens regardaient les Élymes, qui habitaient le Nord-Ouest de la Sicile, comme une population d'origine troyenne et il n'est pas certain qu'ils aient eu lorl.

pas la preuve et ce qu'Hérodote dit de certaines coutumes des Maxyes indique qu'ils ne devaient guère diflérer de leurs voisins. Conrime d'autres Libyens, ils se laissaient pousser les cheveux sur une partie seulement de la tête et se teignaient le corps en rouge (i).

XXXII. — Dans la zone du littoral, les Adyrmachides ('Aôupfxayî'^at) sont le premier peuple libyen que l'on rencontre à partir de l'Egypte (2), c'est-à-dire, comme nous l'apprend Hérodote (3), à partir du golfe Plinthinète (golfe des Arabes, au Siid-Ouest d'Alexandrie), limite occidentale de l'Egypte sur la côte. Ils s'étendent jusqu'au port de Plynos(^). Nous savons, par le Pseudo-Scylax *^) et Strabon(6), que ce port était situé à la Grande Descciih', au fond du golfe de Soioum. En ce lieu, le golfe est dominé par un promontoire, haut d'environ trois cents mètres, avancée du plateau qui s'étend en arrière de la Méditerranée. Un sentier, taillé en gradins, y avait été pratiqué et reliait la crête au rivage. C'était la Grande Descente (KaTaêaOfJLÔç (Jt-syaç) des Grecs, qui, venant de la Cyrénaïque, se dirigeaient vers TÉgypte ; plus tard, ce fut la

(1) Selon Pindare (Pyth., v, 82-86), des Troyens, tils d'Anténor, étaient venus à Cyrène avec Hélène, après l'incendie de leur ville ; les colons grecs leur rendaient un culte. Un auteur alexandrin, Lysimaque (peut-être d'origine cyrénéenne), qui écrivait an premier siècle avant notre ère, racontait que des Troyens issus d'Anténor s'étaient établis auprès d'un roi libyen, ne voulant pas iiabiter avec ceux qui avaient détruit Ilion ; ils auraient fondé une colonie sur une hauteur située entre la ville grecque et la mer et appelée pour cette raison colline des Anténorides : Fragm. hist. gr., m, p. 337, n° 9. On ne sait pas ce qu'il y a au fond de ces légendes : voir les hypothèses, fort différentes, indiquées par Studniczka (Kyrene, p. 130-1) et par Malten (Kyrene, p. 146 et suiv.). En tout cas, cela n'a aucun rapport avec l'indication d'Hérodote relative aux Maxyes.

Grande Montée des Arabes(Akabat el Kebira . A une époque postérieuie à Hérodote, elle marqua la limite de la Gyrénaïque et de rÉgypte(i). Au milieu du iv*^ siècle, le Périple de Scylax(2i place la frontière égyptienne en un lieu intermédiaire entre le golfe Plinthinète et la Grande Descente, à la ville d'Apis, située au couchant du Ras Alem Roum, qui ferme au Nord-Ouest le golfe de Roucheïfa ; c'est là aussi qu'il indique la limite occidentale des Adyrmachides. Ce peuple est encore mentionné par Pline l'Ancien (3), Silius Italicusl'^) et Ptolémée'^). Selon le géographe alexandrin, il aurait habité à l'intérieur des terres : peutêtre avait-il été refoulé, ou l'ancien nom ne désignait-il plus qu'une fraction isolée.

XXXIII. — A l'Ouest des Adyrmachides, les Giligames occupent le littoral jusqu'à l'île d'Aphrodisias f^* : on a vu'^> qu'il s'agit probablement d'une île voisine de Derna. Le nom du peuple, riÀiyâpLat,, est altéré dans nos manuscrits d'Hérodote'^' et a été restitué d'après une citation d'Etienne de Ryzance. Il ne reparaît pas ailleurs. Les auteurs plus récents indiquent, à la place des Giligames, lesMarmarides(Map(xapi^at, Marmaridae, i^armaridesi^^), dont Scylax (10) étend le territoire jusqu'à Hespérides

(Il Comme l'indiquent Sallnste, Strabon, Pomponins Mêla, Pline: voir Rainaud, De Cyrenaica Pentapoli, p. 26.

(3) V, 39 : Adyrmachidae.

(4) III, 278 et suiv. : ix, 223 et suiv. Silius les indique parmi les troupes d'Hannibal, ce qui est naturellement une licence poétique.

(5) IV, 5, 12 : xBvpjX'x/^L'iv.i (près de l'oasis d'Ammon).

'8) Ils donnent Tt^t'/àjt/|^Kt, yr/aaat, etc.

(9) Les textes sont mentionnés par Mûller, édit. de Ptolémée, n. au.x

(10) § 108 (p. 82). Conf. Pline, v, 33.

(Bengazi) : il réunit par conséquent sous ce nom trois peuples d'Hérodote, les Giligames, les Asbystes et les Auschjses.

Dans l'intervalle des limites marquées parnotre auteur, se trouvent l'île de Platea (Bomba) (l)*et, sur le continent, le port de Ménélas et Aziris (2>. L'un de ces noms rappelait la légende qui amenait Ménélas en Libye (c'est-à-dire dans le pays situé à l'Ouest du Delta), après la prise de Troie (^l ; il désignait, comme on le voit par Scylax (*', Strabon (5) et le Stadiasme '^^, un lieu entre le golfe de Soloum et la baie de Tobrouk, à peu de distance à l'Ouest du cap Louka. Agésilas y mourut vers 360, en revenant d'Egypte i^). Ce fut à Aziris qu'au vu® siècle, les colons théréens vinrent s'établir lorsqu ils quittèrent l'île de Platea ; ils y restèrent six ans et allèrent ensuite fonder Cyrène (8>. Hérodote dit qu'xAziris était en face de Tîle ; un fleuve bordait ce lieu, que des vallons aux magnifiques ombrages entouraient sur les deux autres cotés (9). On a proposé de le placer à l'embouchure de l'oued Temmine, qui se jette dans le golfe de Bomba (l^t, là où Strabon, Ptolémée et le Stadiasme signalent llaXtoùpoç(ll) ; il est vrai que l'oued, desséché pendant une bonne partie de

(1) Sur cette île, voir plus haut, p. 84.

(3) Odyssée, iv, 85. Hérodote, ii, 119.

(5) XVII, 3, 22, et i, 2, 32. Sur ces passages, voir Mailer, édit. de Ptolémée, n. h p. 676-7.

(6) § 35 {Geofjr. gr, min., i, p. 440).

(7) Cornélius Népos, Agésilas, 'Vlll, 7.

(9) Ibid.

(lu) Pacho, Relation d'un ooyaye dans la Marmarique, p. 53. Barth, Wanderunt/en, p. 506-7. Pielschman, dans Real-Encyclopœdie, s. v. Aziris (2).

(11) Voir MûUer, Geoyr. gr. min., i, n. â p. 443.

l'année, et les environs, dépourvus d'arbres, ne rappellent plus la description d'Hérodote. Ptolémée (i> indique un village d' "As^Xiç, très probablement identique à un lieu appelé Nà^apt^ dans le manuscrit du Stadiasme '2) et situé entre le Ras et Tine et Derna, à l'embouchure d'une rivière, l'oued Aghik ; mais, quoi qu'en pense G. Mùller i^), ce n'était pas 1' Aziris qu'Hérodote place dans le golfe de Bomba, par conséquent plus au Sud-Est i^K

XXXIV. — Les Asbystes ('Ag6ùgtoli <^') font suite aux Giligames à l'Ouest; mais ils habitent l'intérieur des terres, au-dessus de Cyrène. les Cyrénéens occupant le littoral <6), On peut croire que les Grecs les avaient refoulés et que la colonie avait été fondée sur le territoire de ces Libyens (^l. Je ne sais s'il faut reconnaître en eux les Sabita que Rarnsès m eut à combattre au xii* siècle i^). Après Hérodote, ils sont mentionnés par plusieurs auteurs (9) et paraissent avoir continué à former une peuplade importante.

(2) § 46 et 47 (p. 444). On a corrigé A^v.oiç. Le Stadiasme y mentionne un grand fleuve.

(4) Etienne de Byzance mentionne AÇùt,-, roltç AiS'Jn: ; il ajoute que, selon Salluste, ce n'étail pas une ville, mais un lieu et un fleuve. Il fait en outre observer que quelques-uns écrivent kl^icitç. On ne saurait dire s'il s'agit du fleuve d'Hérodote ou de celui du Stadiasme.

(5) Des manuscrits donnent AToJTat.

(7j Caliimaque le dit {Hymne d Apollon, 76).

(8) Hypothèse indiquée par Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, ii, p. 456, n. 3 (sur ce peuple, conf. le même, Histoire ancienne des peuples de L'Orient, 6* édit., p. 315).

i9) Leur nom est écrit soit ATSJirTKt, soit Air^vrat (Hasbylae dans Pline). Caliimaque, a/;a<:/ Etienne de Byzance, s. v. Airêûo-Ta. Lycophron, Alex., 848 et 895. Pline, v, 34 (il les place mal). Ptolémée, iv, 4, 6. Denys le Périégète, 211 yGeoijr. gr. min., u, p. 113). Dans le Géographe de Ravenae (m, 3, édit. Piader et Parthey, p. 136), le mot Asbyste désigne une vaste région, VAethiopia (Jaramuntium.

XXXV. — Viennent ensuite les Auschises (AÙCT/Taai), qui habitent au-dessus de Barcé '^L II est possible qu'ils aient été, eux aussi, écartés du littoral par les Grecs. Cependant Hérodote dit qu'ils touchaient la mer dans le voisinage d'Évespérides. iNous les retrouvons dans des textes postérieurs (2), mais, si Ptolémée <3' n"a pas fait erreur, les indigènes qui portaient ce nom à l'époque romaine auraient vécu loin de la côte, au delà de l'oasis d'Augila.

Un peuple peu nombreux s'intercalait dans le territoire des Auschises ; il est appelé KàêaXsç sur la plupart dès manuscrits d'Hérodote <'^' ; Nonnusi^), qui, sans doute d'après l'historien, le mentionne avec les Auschises, l'appelle BàxaXsç. Ces indigènes ne sont pas cités ailleurs, à moins qu'on ne veuille les identifier avec des Ba/àtai indiqués par Ptolémée (6) à l'intérieur des terres, en même temps que les Nasamons et les Auschises.

XXXVI — Les Nasamons ( Nacra [jlwvsç) sont un peuple nombreux, au Sud dos Auschises, et non point à l'Ouest, comme le dit Hérodote*'^', qui ne se rend pas un compte exact de la forme de la Gyrénaïque '8>. Leur territoire s'étend le long de la Syrte (la grande Syrte) et en arrière, à l'Est, sur peu de profondeur '9). Ils se sont aussi emparés

(1) IV, 171. Etienne de Byzance (s. v. Aù(r;;^tTat) donne la même indication, empruntée, dit il, au second livre d'ApoUodore sur la Terre (il s'agit d'un traité mis sous le nom d'Apolloilore d'Athènes; il fut composé avant celui de Strabon).

(2; K'JT/irrv.i : Diodore, m, 49 ; Nonnus, Dionys., xiii, 376.

(3) Ptolémée, iv, 5, 12 (Auc-xî-rat)

(8) Cont. plus haut, p. 76.

du pays des Psylles, à l'intérieur (c'est-à-dire au Sud) du golfe (1). Enfin, ils vont tous les ans faire la récolte des dattes dans l'oasis d'Aug-ila'^). Peut-être en étaient-ils propriétaires : de nos jours, des nomades possèdent des oasis sahariennes qu'ils ne cultivent pas eux-mêmes, mais où ils viennent recueillir la part de fruits à laquelle ils ont droit^^).

Les Xasamons continuèrent pendant des siècles à habiter les côtes orientale et méridionale de la grande Syi'te. C'est là que le Périple de Scylaxi"*), Strabon(5) et d'autres encore'^) les placent*'^). Leur pays était desséché et stérile(^). Nous lisons dans Pline que les Grecs appelèrent d'abord ce peuple Mesammones, parce qu'il vivait au milieu des sables, nom qui serait devenu par corruption !\asamones^^K Il est à croire, au contraire, que •Sammori était un nom

(Il IV, 173.

(2) IV, 172 et 182.

(3) Voir, entre autres, Gautier, La Conquête du Sahara, p. 166-7. On peut cependant présenter une autre hypothèse. Pacho (l. c, p. 274) dit que les nomades de la grande Syrte viennent à Aoudjila en automne faire, contre une redevance, des provisions de dattes.

(4) § 109 (p. 84). Il indique les Nasamons après Hespérides, autour de la Syi-te, jusqu'au fond.

(5) XVII, 3, 20. Conf, ii, 5, 33, et xvii, 3, 23.

(6) Diodore, m, 49. Lucain, ix, 440. Pline, v, 33, et vu, 14. Silius Italicus, I, 408.

(7) Au livre xvii (chap. 50), Diodore les indique au Nord de l'oasis d'Ammon, erreur qui se retrouve dans Quinte-Curce (iv, 7, 20) : ce dernier les qualifie pourtant de gens Syrtica. Pausanias (i, 33, 5) prétend que les Atlantes d'Hérodote, les Lixites et les Nasamons sont un seul et même peuple, qui habite dans l'extrême Occident, au pied de l'Atlas. Philostrate ( Vie d'Apollonius, vi, 25) qualifie les Nasamons d'Éthiopiens. Enfin des poètes emploient ce nom de peuple africain sans se soucier de sa position géographique : Claudien, Consul. Stilichonis, i, p. 256 et 354; Sidoine Apollinaire, v, 337, et ix, 256.

(8) Strabon, xvii, 3, 23. Lucain, iv, 679 ; ix, 438 et 458.

(9) V, 83 : « Nasamones, quos antea Mesammones Grai appellavere, ab argumente loci, medios inter arenas sites «(de (lérro; et «/M,y-o>) Conf. Servius, In Aeneid., xi, 265 : « Mesammones, postea corrupte Nasamones ».

africain et que Mesammon fut un de ces jeux de mots auxquels les Grecs se plaisaient. Dans les parages dangereux de la grande Syrie, la mer apportait souvent aux Nasamons des ressources que le sol leur refusait ; ils acquirent une fâcheuse céiébrilécommepilleursd'épaves(l). Rome dut faire plusieurs expéditions contre eux : l'une à une date inconnue, peut-être dans les premiers temps de l'Empire, après I assassinat d'un général qui avait paru sur leur territoire i2* ; une autre sous Domitien, en 85 ou 86 de notre ère, à la suite d une révolte causée, dit-on, par l'excès des tributs dont ils avaient été accablés '3). I| en périt alors un si grand nombre que Domitien se vanta de les avoir supprimés (^). Il est possible cependant que des survivants se soient réfugiés dans le désert (5) : Ptolémée'^) signale des Nasamons loin du littoral, au delà des Augiles, avec les Bacates dont nous avons parléC^).

XXXVII. — Hécatée connaissait les Psylles (TùXXoi), puisqu'il donnait le nom de golfe Psyllique à la grande

(1) Lucain, ix, 440 4. Silius, i, 408-9 ; m, 320-1. Quinte-Curce, l. c.

(2) Eustathe, Commentaire de Denys le Périégète. 209 {Geogr. gr. min., II, p. 253). Josèphe {Bell. Jud., ii, 16, 4, 381) fait allusion â l'asservissement des Nasamons par les Romains ; d'après le contexte, cet événement eut lieu avant l'année 65 de notre ère.

(3) Zoaaras, xi, 19 (tome ii, p. 500 de l'ôdit. de Bonn). Voir Gsell, Essai sur le règne de l'empereur Domitien, p. 234-5 ; Cagnat, L'Armée romaine d'Afrique, 2* édit., p. 40-41.

•4) Zonaras, l. c Conf. ^Elius Aristide, Lettre sur Smyrne, édit. Dindorf, p. 765. Sous Hadrien, Denys le Périégète (208-9 : Geogr. gr. min., n. p. 113) parle du pays désert des .Nasamons, contempteurs de Jupiter, dont la race a été exterminée par la lance ausonienne.

(5) Nous trouvons encore les Nasamons indiqués sui* la Syrte dans la Chronique de saint Hippolyte : édit. Bauer (Leipzig, 1905), p. 78, § 145 (conf. les textes qui en dépendent : Mommsen, Chronica minora, i, p. 102 ; Chronique pascale, i, p. 52 de l'édit. de Bonni. Corippus désigne vaguement sous le nom traditionnel de Nasamones les indigènes des Syrtes (v. par e.xemple Johannide, vi, 197-8).

(7) La Table de Peutiager place les Nesamones (sic) h l'intérieur des terres, au-dessus des Autels des Pbilènes, situés dans le fond de la grande Syrte.

Syrie (1). Nous venons de dire que leur territoire était occupé par les Nasamons au temps d'Hérodote. Selon un récit dont Ihistorien laisse la responsabilité aux Libyens, les Psyiles auraient tons succombé dans une expédition contre le ventduSud, qui les aurait ensevelis sous les sablesC^'. L'armée que Gambyse envoya vers l'oasis d'Ammon passait pour avoir été détruite de la même manière (3) : les anciens croyaient à tort que, dans le désert africain, le vent peut déplacer rapidement d'immenses amas de sable '*). Pline l'Ancien (5), d'après Agatharchide, donne une autre explication, sans doute^lus exacte, de la conquête du pays des Psyiles par les Nasamons: ceux-ci auraient à peu près exterminé leurs voisins. En tout cas, nous pouvons admettre que les Psyiles cessèrent de former un peuple maître d'une partie du littoral de la grande Syrte ; le Périple de Scylax ne les indique pas. Il resta cependant des groupes de ces Libyens '6), qui durent se retirer vers l'intérieur ; d'autres vécurent peut-être sous la domination des Nasamons (7). De nombreux textes mentionnent les Psyiles, car ils étaient fameux comme charmeurs de serpents et savaient

(1) Frafçment n" 303.

(2) IV, 173. Écho d'Hérodote dans Aulu-Gelle, xvi, 11, 4-8.

(3) Hérodote m, 26. Voir § xlvi.

(4) Pomponius Mêla, i, 39. Lucain, ix, 447 et suiv. Arrien, Anab., III. 3, 4.

(6) Pline {l. c.) dit que c'étaient des descendants deceu-xqui avaient pu s'enfuir lors de la victoire des Nasamons, ou qui n'avaient pas pris part à la bataille.

(7) Au second siècle avant J.-C, Nicandre de Colophon (cité par Élien, Nat. anim., xvi, 28) dit que les Psyiles habitent la Syrte. Voir aussi Strabon, ii, 5, 33 ; xvii, 1, 44; xvii, 3, 23 (où il les place à l'intérieur des terres, au delà des Nasamons). Pline (v, 27) prétend qu'ils avaient autrefois habité au-dessus des Garamantes, par conséquent en plein désert : « super illos (les Garamantes) fuere gens Psylli, super quos lacus Lycomedis desertis circumdatus ». Ptolémée (iv, 4, 6) les place à l'intérieur de la Cyrénaïque.

guérir les morsures de ces animaux '^l, talents qu'ils allaient exercer fort loin de leur patrie '2).

XXXVIII. — Au Sud des Nasamons, dans la contrée des bêtes sauvages, vivait un peuple que nos manuscrits appellent rapâfxavTeç '^' ; déjà Etienne de Byzance avait lu ce nom ainsi '^'. Mais Pomponius Méla'^) et Pline (^', copiant un auteur qui répétait les indications d'Hérodote, écrivent Gainpha mutes, et tel devait être le texte primitif : ra[JL'pà(7avT£ç(^*. Ces indigènes de la secondezone fuyaient tous les hommes, n'avaient aucune arme et étaient incapables de se défendre ; ils n'avaient rien de commun avec les TapàfxavTeç, les Garamantes de la bordure septentrionale du désert, qui allaient donner la chasse aux Éthiopiens troglodytes '8'.

Les Gamphasantes habitaient, selon Hérodote, au Sud des Nasamons, c'est-à-dire soit au Sud-Est de la grande Syrte, s'il s'agit du territoire propre des Nasamons, soit au Sud de ce golfe, au delà du pays des Psylles, que les Nasamons avaient conquis. Il n'y a donc pas lieu d adopter une hypothèse qui les place plus à l'Ouest, dans les montagnes situées au Sud de Tripoli C-^).

(1) Voir les textes cités par Gsell, Histoire. i,p. 133, a. 1.

(2) Pline, xiii, 89. Suétone, Auguste, \~. DionCassius, n, 4. Arnobe, II, 32.

(4) Voir aussi Eustathe, Comm. de Deiiys, v. 217 (p 254-5).

(5) I, 47 : « Nudi sunt Gamphasantes armorumque omnium ignari ; nec vitare sciunt tela, nec iacere, ideoque obvios fugiunt, neque alio- Kuva quam quibus idem ingenii est aut congressus aut conloquia patiuntur ».

(6) V, 45: « Gamphasantes nudi proeliorumque expertes nuUi externe congregantur ». Les Gamphasantes sont encore mentionnés par Mêla. I, 23, et par Pline, v, 44.

(7) Comme le pensent Bœhr (arf locuni), Neiimann (p. 22-23), etc.

(8) Conf. Bœhr. l. c, : Vivien de Saint-Martin, Le I^orri de l'Afrique p. 50.

(9) Vivien, L c, p. 51. Meltzer, Geschichle, i, p. 143.

XXXIX. — Les Maces (Màxai) occupent le liltoral à l'Ouest des Nasamons (l), par conséquent le côté occidental de la grande Syrte. Ils s'étendent au delà, puisque le fleuve (Mnyps (oued Oukirré, près de Lebda (2)) coule par leur territoire. Ce furent, on le sait (3)^ les Maces qui, unis aux Carthaginois, chassèrent les (irecs de la colonie fondée par Dorieus sur cette rivière. Selon le Pseudo-Scylax (^), ils faisaient suite aux Nasamons, le long de la Syrte. depuis le fond jusqu'à l'ouverture du golfe (au Nord-Ouest) : le Cinyps aurait donc été en dehors de leur pays. Cependant une phrase du Périple semble confirmer l'indication d'Hérodote : « Les Maces passent l'hiver sur le bord delà mer, en tenant leur bestiaux dans des enclos ; en été, l'eau manquant, ils les emmènent avec eux à l'intérieur des terres, au-dessus f^) ». Il ne peut guère être question ici que de la région montagneuse située au Sud de I^bda et d'où sort le Cinyps. D'autres textes, moins précis, placent les Maces sur la Syrte (6); Silius Ilalicus les qualifie de Cinypkii, du nom du fleuve (7).

{2) Voir p. 90.

(3) Voir p. 117.

(4) § 109 (ç. 84; conf. p 85).

(5) Ibid. (p. 85).

(6) Diodore, m, 49 (les Maces, qui habitent les lieux entourant la Syrie, sont un peuple plus nombreux que les Nasamons, les Auschises et les Marmarides). Ptolémce, iv, 3, 6 : ol Wic/.ut. ol l-jrj-zî-y.i (la plupart des manuscrits donnent M'/'/atot 'L\)r,zi~y.t.). Saint Hippolyte, Chronique, édit. Bauer, p. 78, § 145 : l(j^rL;, s/vjfry. iB-jri Tota'... Mà/.y.;, etc. (conf. Mommsen, Chronica minora, i, p. 102 ; Chronique pascale, i, p. 52 de l'édit. de Bonn). — Pline (v, 34), dans une énumération qui va de l'Est à l'Ouest, indique les Hasbytae (qu'il place mal) et les Macae, après les Nasamones. Les M«-/xoto/. mentionnés par Polybe (III, 33, 15) semblent avoir habité bien plus à l'Ouest: Mellzer, Geschichte, i, p. 445 ; Tissot, Géographie, i, p. 438, n. 3.

(7) II, 60 : (( Cinyphiumque Macen » ; m, 275 : « Ciuyphii. . . Macae ». Silius mentionne fréquemment ce peuple : v, 194; ix, 11, 89, 222; xv,

XL. — Puis viennent les Gindanes (Piv^âvEç) ('), en avant desquels les Lolophages occupent la partie de la côte qui fait saillie (2). Le terme purement grec AcoTOcpàyoï. traduisait-il un nom libyque ? On peut en douter : peutêtre les indigènes du littoral s'appelaient-ils aussi Gin danes (3). Ce nom ne se trouve que dans Hérodote et dans Etienne de Byzance, qui copie Hérodote'^).

Quant aux Lotophages, ils sont mentionnés pour la première fois dans ï Odyssée ^^K Le roi d'Ithaque, entraîné par le vent du Nord lorsqu'il doublait le cap Malée et ballotté par la tempête, parvint à leur pays au bout de neuf jours (^). Il n'est pas certain qu'Hérodote ait identifié ses Lotophages avec ceux d'Homère, auxquels il ne fait aucune allusion. Des auteurs plus récents placèrent les Lotophages de l'Odyssée dans des régions diverses '7) : sur le Cinyps(8) ; dans le fond de la grande Syrte (9) ; sur la côte de la Cyrénaïque (^0)^ etc. ; Topinion la plus répandue leur assigna pour séjour l'île de Djerba(ll>, où abondait

(3) Opinion de Rawlinson (ad locum), qui peut s'appuyer sur Etienne de Byzance : rtvSâvîr, sBito; AtÇ-Jzôv /«wto^k'/ov, « ot tÔv /«ûttov fxovov toO y.e,}zoy STBiovrs; ÇwTt » (les mots entre guillemets sont empruntés à Hérodote, qui les applique aux Lotophages).

(4) L. c. En faisant cette citation, Etienne a omis de nommer l'auteur.

(5) IX, 84 et suiv. (Awro^àyot) ; xxm, 311.

Page 1