‹ HérodoteChapitre 14 sur 35 · IX · texte numérisé non relu

IX

(7) Voir Jessen, s. v. Lotophagen, dans le Leœikon cler Mythologie de Koscher.

(8) Ptolémée, iv, 3, 6. Conf. Denys le Périégète, v. 206 {Geogr. gr. min., II. p. 113), qui place les Lotophages au delà (vers l'Est) de Néapolis (Lebdaj.

(9) Pline, v, 28.

(10) Poraponius Mêla, i, 38.

(11) Polybe, XXXIV, 3. 12 (=Strabon, i,2, 17), et i, 39, 2. Strabon, ni, 4, 3 ; XVII, 3, 17. Stadiasme, § 103 (p. 465) ; conf. § 112 (p. 468) et 124 (p. 471). — Théophraste (Hist. plant., iv, 3, 2) dit d'une Ile qui est sans doute Djerba : èv rf/ vàcw T«f AwTo^er/iaf 4>«/st3t x«>ou,u«v>}.

l'arbre fruitier appelé lotus, peut-être différent du lotus d'Homère (^). L'île reçut même pour cette raison le nom de Lotophagitis i'^) .

Les Lotophaçes d'Hérodote vivaient sur le continent, non dans une île. Qu'était la saillie qu'ils occupaient? On a pensé à la presqu'île de Zarzis, pointe du continent qui fait face à Djerba(^>. Mais nous devons rejeter cette hypothèse si nous identifions Djerba avec l'île de Phia, qu'Hérodote place dans le lac Tritonis, à l'Ouest des Lotophages, et si, d'autre part, ceux-ci, au V® siècle, ne s'avançaient pas plus loin vers le couchant qu'au temps du Pseudo- Scylax. u'après le Périple (^), leur territoire, qui s'étendait depuis la grande Syrte jusqu'à l'ouverture de la petite, prenait fin en deçà des Tap(,)(£tai (5), situées au lac des Bibân'^), c'est-à-dire au Sud-Est de la presqu'île de Zarzis. La saillie dont parle Hérodote aurait été, non un cap, mais un long espace de côte, compris entre la grande Syrte et le lac Tritonis.

XLL — Au delà des Lotophages, le littoral appartient

(1) Voir p. 94.

(2) Voir p. 80, n. 2. La mention de l'île « nommée jadis des Mores Zotophac » {sic), par un auteur français du xvi' siècle, André Thevet (conf. S. Heinach, Bull, archéol. du Comité, 1888, p. 351), ne prouve nullement que le nom ancien ait survécu jusqu'à cette époque. C'est un emprunt maladroit à une carte du géographe Ortelius : voir Monchicourt. Reçue tunisienne, xx, 1913, p. 6i3. — Selon Strabon (xvii, 3, 17), le nom de Lotophagitis fut aussi donné à la petite Syrte, dans laquelle est située l'île de Djerba.

(3) Kawlinson, ad locum. Tissot, i, p. 438.

(5) P. 86-87 : 'jUctoç, -ç o-jouu ^p«.y[tiwj (Djerba), metk A'/jToyàyov» , zara Ta.pi/ùv.;.

(6) Tissot, I, p. 207. La petite Syrte commençait donc pour Scylax en deçà (h l'Est) du lac des Bibân. Strabon (xvii, 3, 18) indique au contraire ce lac {y^xt/i^ "Xiu-jri) en dehors de la petite Syrte {f-erà r>jv IvjOTtv, en allant de l'Ouest à l'Est).

aux Machlyes (Mà)(Xo£ç) (*), qui s'étendent jusqu'au Triton. Ce fleuve les sépare des Anses (AOaéeç) (2), Les deux peuplés habitent autour du lac Tritonis (3), dans lequel le Triton vient se jeter et qui communique largement avec la haute mer. iNous avons vu (^) qu'il est impossible d'identifier le fleuve et que le lac est, selon l'hypothèse la plus vraisemblable, le fond de la petite Syrte. Les Libyens Machlyes sont mentionnés dans un passage de Nicolas di^ Damas i^K qui ne donne aucune indication sur l'emplacement de leur pays. Les Machlyes de Calliphane, écrivain cité par Pline (6i, sont des êtres fabuleux, androgynes, qui habitent au-dessus des Nasamons, fort loin des Machlyes d'Hérodote. Il est permis de croire, au contraire, que ceux-ci se retrouvent dans Ptolémée. sous le nom de Màypueç (7). Nous sommes beaucoup moins disposé à les identifier avec les Mecales, tribu de la Tripolitaine dont parle Corippus (8), et avec les Maghfla qui, aux premiers temps de la domination arabe, vivaient sur la côte occidentale de la grande Syrte (9). Quant aux

(1) IV, 178. Etienne de Byzance (s. v. Mà^Ji,-) les mentionne, sans doute d'après Hérodote. Il dit qu'il faut les distinguer des IMk^jîç (d'Hécatée) et des Marjs,- (d'Hérodote) : MkÇvîç... Ehi Sî y.'A hzooi IVla^vî-- /.'A ï-zooi 'Mûyj.jtç (les manuscrits donnent Maj^uî,-). Je ne vois pas de raison pour corriger deux fois ïrzç,oi en ézépoiç. comme le propose Mûller (Fragm. hist. gr., I, p. 23, n" 304).

(3) Ibid.

(5) Fragm. hift. gr., m, p. 462-3, n» 136: Mv-X^-jel; Ai^jî; (le texte conservé porte l7.ï'/).SDsiç) .

|7) IV, 3. 6 (conf. édit. Mûller, n. à la p. 641) : peuple habitant au dessous des Mâx'-'voe, qui s'étendaient eux-mêmes jusqu'à la petite Syrte.

(8) Johannide, m, 411 : Mecales, au pluriel ; ii, 75 : Imaclas (au singulier). Le rapprochement a été fait par Vivien de Saint-Martin, l. c. p. 55 (conf. Partsch, édit. de Corippus, p. x ; Mnller, édit. de Ptolémée, n. h la p. 641).

(9) Rapprochement fait par Vivien de Saint-Martin, l. c.

Alises, ils ne sont signalés que par Etienne de Byzance (1), qui cite Hérodote et le traité géographique d'Apollodore. où la mention des Aûdsïç a été sans doute empruntée à notre auteur.

XLII. — A l'Occident du fleuve Triton, au delà des Auses, vivent, non plus des nomades, comme tous les peuples précédents, mais des cultivateurs, appelés Maxyes (Mâ^ueç) <2>. On sait qu'Hérodote donne à la côte septentrionale de l'Afrique une direction à peu près recti ligne, de l'Est à rOuest i^K II s'ensuit qu'il place les Maxyes à l'Occident des Auses. Si le lac Tritonis est bien la petite Syrte, ces Libyens devaient habiter sur la côte orientale de la Tunisie. Ils ne sont pas mentionnés ailleurs ('*). Mais leur nom est très probablement apparenté à celui des ^axitani, que nous rencontrons dans Justin (^) et qui auraient vécu dans la région de Carlhage lors de la fondation de cette ville, à la fin du IX" siècle. Si Hérodote n'a pas interverti l'ordre des peuples qu'il nomme parmi les Libyens agriculteurs, il faut placer ses Maxyes beaucoup plus au Sud, peut-être vers le pays où Ptolémée indique les Màyyvoi i^) Cependant les mots Mà^usç et Màyyvoi ne se ressemblent pas assez pour justifier une identification C^).

Nous ne croyons pas non plus que la ressemblance des noms soit assez grande pour que Ton doive reconnaître dans ces Maxyes (l'Hérodote une tribu, égarée vefS l'Ouest,

(1) s. V. \-J(Tîiç.

(2) IV, 191. Pour leur prétendue origine troyenne, voir p. 119-120.

(3) Voir p. 76.

(4) Sinon dans Etienne de Byzance (voir plus haut, p. 132, n. 1), qui les connaît sans doute par Hérodote.

(5) XVIII, 6, l.

(6) iV, 3, 6. Voir plus haut. p. 132. n. 7.

(7) Proposée par Vivien de Saiut-Martin, l. c, p. 58, n. I.

des Mashaouasha (D, peuple voisin de la vallée du Nil, mentionné très fréquemment dans les documents égyptiens, au cours du second millénaire et au commencement du premier. Il nous semble également hasardé de retrouver dans nos Maxyes les Makiyâ'^), nommés sur l'inscription du tombeau de Darius (3), à la fin de l'énumération des peuples qui furent soumis à ce roi, avec des Karka, dont on a voulu faire des Carthaginois. Enfin les Mà^VEç, nomades de Libye qu'indiquait Hécaléci-^', ne sauraient être confondus avec les MâHueç, agriculteurs.

Cependant, si les noms Mà^usç, Mà^ueç, unxilani ne désignent pas le même peuple, ils se rattachent peut-être à un mot libyque, qui devint un ternie ethnique et que des textes anciens nous présentent sous la forme Mà^txeç, Mazices. Diverses tribus de l'Afrique du Nord sont appelées ainsi, et ce même nom. Mazic (au féminin Mazica), est porté par des indigènes sur des inscriptions libyques et latines*^'. C'était peut-être, à l'origine, un adjectif, signifiant noble '^). Il paraît n'avoir pas désigné seulement des tribus, des individus, mais avoir eu un sens beaucoup plus général, s'appliquant à une bonne partie de la population de l'Afrique du Nord. On pourrait le comparer au mot ari/a a noble ». nom que prirent les Iraniens et les

<1) Au sujet de cette ideatiôcation, voir Gsell, Histoire, i, p. 35i.

(2) Selon l'opinion d'Oppert, dans Zeitschrift der deutschen morgenlœndischen Gesellschaft, xi, 1857, p. 135 ; voir le même. Le Peuple et la langue des Médes (Paris, 1879), p. 205. Sur cette question, conf. Prasek, Gesc/iicffte der Meder und Perser, ii, p. 73-74.

(3) Weissbach, Die Keilinschriften der Achœmeniden (Leipzig, 1911), p. 88-89, § 3 (fin).

(4) Fragment n° 304.

(5) Voir, entre autres, Meltzer, Geschichte, i, p. 52 et 431 ; Cat, Essai sur la procince romaine de Maurétanie Césarienne, p. 53-54 ; Schirmer, De nomine et génère populorum qui Berberi culgo dicunlur, p. 44-46 ; Osell. dans Recueil de la société archéologique de Constantine, xxxvi, 1902, p. 33, n. 7.

(6) Gsell, Histoire, i, p. 315, n. 5.

Hindous, par opposition aux peuples qu'ils avaient soumis, ou bien encore au mot germanique frank. Un auteur du Bas-Empire parle de gentes ^lazices multasi^^, et, bien des siècles auparavant, les Mà^usç, dont Hécatée disait « 01 AiôÙT]:; vo[jLâ<5£ç », comprenaient sans doute un certain nombre de tribus. Au Moyen Age, des généalogistes rattachaient une partie des Berbères à un ancêtre commun, Mazigh (2). Aujourd'hui encore, des tribus du Maroc et du Sahara s'appellent Imazighen (au singulier Amazigh) et l'on donne le nom de tamazirt (forme féminine du même mot) à difïérents dialectes berbères. Les Mà^ueç, Mà^usç, Maxitani, Uazices auraient donc été des tribus « nobles » : qualificatif dont il nous serait d'ailleurs impossible d'indiquer la raison.

XLIII. — Les Zauèces (ZaÙ7]X£ç) sont voisins des Maxyes (3) ; les Gyzantes (rO^avTsç) leur font suite (^) La leçon rù^avTsç est confirmée par Etienne de Byzance f^), qui, outre Hérodote, cite, à propos de ce mot, le grammairien Hérodien. Hécatée mentionnait déjà le premier de ces peuples (6) et aussi une ville de Zuyavxtç (7). Eudoxe de Cnide donnait sur les ZûyavTsç une indication qu'Hérodote donne sur les Fû^avTSç (8) ; la leçon ZùyavTEç s'est même introduite dans plusieurs manuscrits de notre auteur. C'étaient donc deux formes d'un

(1) Cosmographie dite d'vEthicus, dans Riese, Geographi latlni minores, p. 88.

(2) Ibn Khaldouii, Histoire des Berbères, trad. de Slane, i, p. 169 et

<5) S. V. V'jÇ'/.-jrzç .

(6) Fragment n» 307.

(8) Conf. plus haut, p. 58.

même nom. Ni les Zauèces, ni les Gyzantes n'apparaissent dans des textes postérieurs 'l'.

Ce qu'Hérodote dit de ces Libyens ne permet pas de tîxer exactement leur position. Après avoir parlé très brièvement des Zauèces, voisins des Maxyes. piiis des Gyzantes, il ajoute '2), reproduisant un renseignement d'origine cartliaginoise, que, de leur côté, Kaxà toùtouç, se trouve une île appelée Gyraunis. Il n'est pas cerlain que le mol toutouç désigne seulement les Gyzantes, mentionnés en dernier lieu ; peut-être se rapporte-t-il aussi aux Zauèces, voire même aux Maxyes: Hérodote aurait indiqué d'une manière très vague l'emplacement de Gyraunis. Si l'on veut admettre que le lac Trilonis, autour duquel vivaient les Machlyes et les Auses, est le fond de la petite Syrte, que Gyraunis est Kerkenna, au Nord-Est du même golfe, que les Gyzantes habitaient en face de cette île, il reste peu de place pour les deux territoires des Maxyes et des Zauèces. Remarquons encore qu'Hérodote (3) parle de montagnes, remplies de singes, qui existent chez les Gyzantes (et peut-être chez les Zauèces, car, là aussi, il y a dans le texte un ouxoi dont le sens n'est pas très clair (^)). Or le Sahej, région côtière de la Tunisie orientale, n'est nullement montagneux ; il faut s'avancer vers le Nord loin de Kerkenna, jusque dans le voisinage de la péninsule du cap Bon, pour trouver la chaîne Zeugitane, au-dessus de la plaine littorale de l'Enfida.

(1) On a proposé sans raison (conf. Neumann, Nonlafrika, p. 63) d'introduire le nom I'JÇkvts; (ou Zvy«vT£,-, ou BvÇkvts;) dans un passage corrompu du Périple de Scylax (§ 110, p. 88), où il est question de Libyens qui habitaient sur le golfe de Hammamet.

(4) Conf. plus haut, p. 100, n. 5.

Etienne de Byzance (l) fait observer qu'Hérodote écrit à tort rOsavTSç, au lieu de I^ù^olv'zs.ç . Il regarde donc ces Libyens comme les habitants du pays que Polybe appelle Bu^axiç (2) ]3u(T(TâTLç '3), et qui, le long de la mer, s'étendait dans l'intervalle des golfes de Gabès et de Hammamet. Le même nom se retrouve plus tard, sous les formes Byzacium^^\ Bu^axÏTtç ()(cbpa)(5), Bu^âxiot (peuple nientionné par Strabon (^1 ) ; à l'époque du Bas- Empire, il désigna toute une province, la provivcia Byzacena, dont Hadrumète (Sousse) fut la capitale C^). La plupart des savants modernes ont, comme Etienne de Byzance, identifié les Tu^avTEç, ou ZûyavTsç, avec les habitants de la Bu^axiç, du Byzacium (8). Quant au nom 7.0LÙ'i]y.zç , il a rappelé (9) la Zitagilann reqin qui, comme Pline l'indique d^*, était le Nord de la Tunisie, — l'adjectif Zfugilanus est formé d'un nom Zeugi, dont il nous reste des exemples '^l — ; il a fait penser aussi au moïis Ziquen-

(1) S. V. BvÇav-jj . Conf. Eustathe, Comm. de Denys, v. 803 (Geogr. gr. min... ii. p. 357).

(2) Xll, 1, 1 : citation d'Etienne de Byzance, où le mot est altéré, mais se restitue avec certitude. puisqueÉtienne endérivel'ethnique ]^yÇy.y.izY>ç.

(4) Tite-Live, xxxm, 48, 1. Pline, v, 24 ; xvii, 41 ; xviii, 94.

(5) Ptolémée. iv, 3, 6.

(7J Voir, à ce sujet, Dessau, dans Real-Encyclopœdie , s. v. Bi/sacium.

(8) Forbiger, Hanclbuch der Géographie, ii, p. 842. Movers, Die Phœnisier, ii, 2, p. 40i. Bœhr, ad locum. Meltzer, Geschichte, I, p. 78. Tissot, Géographie, i, p. 439. Neumann, Nordafrika, p. 63-64. Etc. M. Dessau (l. e.) est plus réservé.

(9i Movers, L <•. Bifihr, ad locum. Vivien de Saint-Martin, l. '•., p. 58. Meltzer, l. <•., p. 78 et 445. Tissot, l. r.. Neumann, l. <•-., p. 61. Etc.

(11) Zeugi, Zeugis désigne la province de Proconsulaire du Bas- Empire dans la Cosmographie dite d'-Ethicus (Geographi latini minores, édit. Riese, p. 88) et dans Paul Orose [Adn. Pagano.t, i, 2, 91 et 92). Une inscription latine de l'époque républicaine donne le nom de Zeugei à un pagus africain: Merlin, Comptes rendus de l'Académie des Inscrif)tions, 1913, p. 106.

»M, que mentionne Victor de Vite 'i) et qui est le djebel Zaghouane. Il faudrait croire que les Gyzantes vivaient dans la région de Sousse et probablement aussi plus au Sud, jusque vers Sfax, en face de Kerkenna; que le territoire des Zauèces comprenait la région du djebel Zaghouane; que, par conséquent, Hérodote a interverti les deux peuples. On pourrait même supposer que les Maxyes ne sont pas non plus indiqués à leur place. Au lieu de cet ordre : Maxyes, Zauèces, Gyzantes, l'ordre véritable aurait été : Gyzantes, Zauèces et Maxyes. Ces derniers auraient pu vivre dans la région de Carthagre, ce qui permettrait de les identifier aves les Maxitani de Justin.

En ce qui concerne les Zauèces et les Gyzantes, Hérodote aurait, selon une hypothèse de Meltzer(2), emprunté ses informations à des Carthaginois : ceux-ci devaient mentionner les premiers avant les seconds, puisque les Gyzantes étaient plus éloignés de leur ville. Celle explication d'une prétendue erreur est ingénieuse, mais il ne faut pas la regarder comme certaine. Les noms des deux peuples ne ressemblent que d'assez loin aux autres noms géographiques auxquels on les a comparés (3) et, contrairement à l'affirmation d'Hérodote, il n'y a pas de montagnes dans le pays que l'on assigne aux Gyzantes.

H serait donc imprudent de conclure. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que Maxyes, Zauèces et Gyzantes habitaient sans doute le littoral oriental de la Tunisie. Autrement, on n'aurait pas dit à Hérodote que l'île de Cyraunis se trouvait du côté de ces Libyens. En outre, il était moins

(1) II, 20, et m, 52. Il y avait h l'époque romaine une ville dont les habitants étaient appelés Ziquenses : 3. Mesnage, L'Afrique chrétienne, (Paris, 1912), p. 237-8.

(2) Geschichte, i, p. 77. Conf. Tissot, i, p. 439-440; Neumann, Nordafrika, p. 64.

(3) Rawlinson (ad locum) a rapproché, au contraire, les noms Zoriïjxî; et Hyzacium, Zy/c«vT«f et Zeuyi.

difficile aux Grecs de recueillir quelques renseignements sur ce littoral que sur les côtes situées au delà de Carthage, dans la direction des Colonnes d'Héraclès.

XLIV. — On voit, par quelques indications d'Hérodote, que des Libyens visitaient les oasis septentrionales du Sahara. Les Nasamons allaient récolter les dattes d'Augila(l). Des gens de ce peuple se rendaient à l'oasis d'Ammon (2). Pour aller de chez les Lotophages, sur le littoral de la Tripolitaine, au pays des Garamantes, le chemin le plus court exigeait trente jours de marche <^) : ce qui atteste naturellement des relations entre les deux régions. Mais Hérodote ne dit nulle part que les hommes qui habitaient ces oasis et les cultivaient aient été des Libyens.

Nous savons que, pour lui, la Libye est occupée par deux grands peuples indigènes, et non davantage, les Libyens au Nord et les Éthiopiens au Midi. [| connaît en effet deux groupes d'Éthiopiens, qui diffèrent, non seulement par leur langue, mais aussi par 'leur chevelure: ceux d'Asie, qui ont les cheveux droits, et ceux de Libye, qui sont les plus crépus de tous les hommes (^). Dans cette dernière contrée, ils habitent le pays situé au-dessus de l'Egypte, au delà d'Éléphantine (Assouan) (5) et s'étendent jusqu'à la mer Australe (^', celle qui, bordant au Sud l'Asie, se prolonge sans doute aussi au Sud de la Libye.

(1) Conf. p. 125.

(4) VII, 70. Pour les Étliiopiens d'Asie, voir aussi m, 94.

(5) II, 29 ; VII, 69. Conf. ii, 22 : le Nil, avant de parvenir en Egypte, traverse par le milieu le pays des Éthiopiens. Hécalée [Frag. hist. gr., 1, p. 17, n° 265) et Eschyle [Prométhée enchainé, 807 et suiv. ; fragment 139, édit. Didot) mentionnaient déjà des Éthiopiens dans le voisinage de l'Egypte.

(6) 111, 17. L'Ethiopie est, en Libye, l'extrémité de la terre habitée Jii, 114 et 115. Conf. plus haut, p. 74, n. 11.

Hérodote n'indique pas expressément qu'il y ait des Ethiopiens plus à l'Ouest, au Midi du grand désert. Mais il en signale dans des régions plus septentrionales. Les Ammoniens forment une population mixte d'Égyptiens et d Ethiopiens '1' ; il est vrai que ce sont, selon lui, des colons, des gens étrangers à l'oasis. Les Gara mantes vont pourchasser les Éthiopiens troglodytes <2). Des explorateurs nasamons, après avoir traversé le Sahara dans la direction de l'Ouest, ont rencontré de petits hommes noirs (3), qui, dans la pensée de notre auteur, sont certainement des Éthiopiens, quoiqu'il ne les appelle pas ainsi.

Les habitants d'Augila, les Garamantes, les Alarantes et les Allantes, échelonnés sur le bourrelet sablonneux qui s'étend au Sud de la zone du littoral et de celle des bêtes sauvages, et en arrière duquel le pays est entièrement désert, étaient-ils aussi rangés par Hérodote parmi les Éthiopiens, et non parmi les Libyens ? L'historien pensait-il à eux, en même temps qu'aux nègres vivant au delà de l'Egypte, quand il disait que la Libye est occupée au Midi par des Éthiopiens? Nous ne saurions l'affirmer, mais cela nous paraît probable. En tout cas, de nombreux textes plus récents indiquent que les oasis septentrionales du Sahara étaient peuplées d'Éthiopiens*'*). Aujourd'hui encore, on y retrouve des gens à la peau noire ou très foncée. Ils paraissent bien ne pas descendre tous de nègres amenés du Soudan par la traite, mais représenter, au moins en partie, une population établie dans ces lieux

(1) II, 42; voir plus loin, p. 143, n. 4.

(3) II, 32 : //>wua t«>«v«f .

(4) Pour ces textes, voir Gsell, Histoire, i, p. 295 et suiv. Uo devancier d'Hérodote, Hécatée, indiquait une population d'Éthiopiens dans la grande et la petite Oasis, h l'Ouest de l'Egypte (Fragm. hist. gr.^ I, p. 18, n* 267) ; conf. plus haut, p. 104.

depuis des temps très reculés. D'ailleurs, le climat des oasis n'est pas favorable aux blancs, qui y sont éprouvés par les fièvres beaucoup plus que les hommes de couleur.

XLV. — Nous avons dit 'l) qu'il n'est pas vraisemblable qu'Hérodote ait recueilli en Egypte ses informations sur les peuples du bourrelet. Pour l'oasis d'Ammon, il a dû être renseigné par des Cyrénéens qui l'avaient visitée. Les Nasamons allaient régulièrement à l'oasis d'Augila et des gens de ce peuple pouvaient entrer en rapports avec des Grecs, soit dans l'oasis d'Ammon. où ils se rendaient (2), soit surtout à Évespérides (Bengazi), colonie située à proximité de leur territoire. Il y avait des relations entre les Garamantes et la côte syrtique : ce fut probablement sur cette côte que des Grecs recueillirent les indications qu'Hérodote donne à leur sujet ; il est possible aussi qu'ils aient été connus par l'intermédiaire des Nasamons qui fréquentaient Augila. Pour les Atarantes et les Atlantes, nous avons peut-être des échos, plus ou moins fidèles, de propos tenus par des Garamantes et parvenus jusqu'au littoral.

XLVI. — Le premier peuple qu'Hérodote mentionne sur le bourrelet, à dix journées de Thèbes, est celui des Ammoniens '3), D'après les détails qu'il donne, ils habitaient certainement la fameuse oasis visitée par Alexandre, aujourd'hui l'oasis de Syouah. Or, nous lavons déjà fait remarquer (^), ce lieu est beaucoup plus éloigné de Thèbes que ne le croit Hérodote et il est situé bien plus au Nord ; pour s'y rendre d'Egypte, le point de départ était, non Thèbes, mais Memphis. Ceux qui sont d'avis que l'histo-

(2) V. aupra, p. 139.

rien indique ici une roule de caravanes supposent qu'il a omis deux stations intermédiaires (l>. Il dit lui-même (2) que la ville d'Oasis (El Kh.irgèh) se trouve à sept journées de Thèbes ; delà, en continuant à avancer vers l'Ouest, on met trois jours pour parvenir à l'oasis de Dakhièh ; en se dirigeant ensuite vers le Nord, on va en dix jours à Baharièh, et, de ce point, une marche de dix autres journées vers le Nord- Ouest amène à l'oasis de Syouah. Mais cette ligne brisée eût été un itinéraire absurde pour aller de la vallée du Nil à l'oasis d'Ammon. qu'on atteignait bien plus rapidement de Memphis (3). L'erreur dHérodoté s'explique d'une manière plus naturelle. Il a pu savoir par des Cyrénéens qui connaissaient l'oasis d'Ammon qu'elle était à dix journées de l'Egypte, distance à peu près exacte par le plus court chemin: Pline (*) marque douze journées entre l'oasis et iMemphis. Mais notre auteur a cru que le point de départ était Thèbes, parce qu'à Thèbes même, il a entendu parler d'une expédition militaire qui, lui a-t-on dit, était partie de cette ville et à laquelle Gambyse avait ordonné de se rendre à l'oasis d'Ammon : renseignement qui, nous le verrons tout à l'heure, était sans doute conforme à la vérité. Il faut avouer pourtant que son erreur est difficilement excusable. Entre la ville d'Oasis, que les troupes perses traver-

(1) Heeren {Politique et commerce, trad. française, iv, p. 238) croit * l'omission d'une seule station, la grande Oasis (El Khargèli, dont Oakhlèh aurait été une sorte d'annexé). Mais, entre El Khargèh- Dakblèh et Syouah, il est nécessaire d'admettre, non pas une, mais deux étapes de dix journées : voir Vivien de Saint-Martin, Le Nord de l'Afrique, p. 37.

(2) III, 26. Conf. Strabon (xvii, 1. 42), qui indique sept jours de marche entre la grande Oasis et Abydos.

(3) Même des voyageurs partant de Thèbes pour se rendre A l'oasis d'Ammon avaient tout intérêt ft descendre le Nil jusqu'à Memphis, au lieu de s'astreindre â trente jours de marche 6 travers le désert.

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