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sèrent et qu'il savait être à sept journées de Thèbes, et l'oasis d'Ammon, que visitaient des Grecs de Gyrène et dont il n'ignorait probablement pas la distance par rapport à cette ville (1), il aurait pu se rendre compte que l'intervalle était bien supérieur à trois jours de marche. Hérodote dit avec raison que les Ammoniens ont tiré leur nom d'Ammon, appellation égyptienne de Zeus *2) ; qu ils ont emprunté aux Thébains le culte de ce dieu et la figure de bélier qu'ils lui donnent (^i. On ignore quand les rois d'Egypte conquirent l'oasis et y introduisirent la grande divinité de Thèbes. Les hiéroglyphes découverts à Syouah ne nous apprennent rien à ce sujet ; ils sont d'une époque très basse, postérieure au V® siècle. Peutêtre cette annexion eut-elle lieu sous la vingtième dynastie, au XIP siècle, après que les invasions qui menacèrent l'Egypte du côté du Nord-Ouest eurent été repoussées. On a cependant proposé une date plus récente. Un passage d'Hérodote indique que les Ammoniens descendaient de colons égyptiens et éthiopiens (^) : M. E. Meyer '^), s'appuyant sur ce texte, est porté à croire que l'oasis fut occupée vers l'an 700, à l'époque oîi des souverains éthiopiens régnaient sur l'Egypte. Il est vrai qu'Hérodote peut se tromper quand il attribue aux Éthiopiens de ce lieu une origine étrangère. Peut-être constituaient-ils la population primitive i^), accrue de colons égyptiens après la
(1) Hérodote savait aussi que l'oasis d'Ammon était à dix journées d'Augila : or il n'ignorait pas qu'Augila se trouvait à une faible distance de la grande Syrte, puisqu'il indique qu'elle était visitée régulièrement par les Nasamons, riverains de ce golfe.
(3; H, 42, et IV, 181.
(4) II, 42 : Aafxwvtot, èôvreç khvnzirAiy te -/m AtÔeôîrwv unoiy.ot -aux yti-jh-/
(5) Dans le Lexikon der Mythologie de Roscher, i, p. 287.
(6) Diodore (xvii, 50) et Quinte-Curce (iv, 7, 18 et 19) indiquent des Éthiopiens à l'Est, h l'Ouest et au Sud de l'oasis d'Ammon.
conquête. Par suite du mélange des deux peuples, la langue parlée dans l'oasis était, dit l'historien, nni-égyptienne, mi-éthiopienne l^'. Qu'élait cet idiome <( éthiopien 1) ? Aujourd'hui, les habitants de Syouah se servent d'un dialecte berbère '2), introduit sans doute plus lard, par des Libyens qui se rendirent maîtres de l'oasis.
Nous connaissons par Hérodote l'échec de l'expédition que Cambyse envoya contre les Ammoniens, en 525 l^) : (( Quand il fut arrivé à Thèbes, il sépara du reste de son armée environ cinquante mille hommes (*) et leur ordonna d'aller réduire en esclavage les Ammoniens et de brûler l'oracle de Zeus'^)... Les troupes envoyées contre les Ammoniens partirent de Thèbes, accompagnées de guides, et il est certain qu'elles parvinrent à la ville d'Oasis. .. , située à sept journées de marche de Thèbes à travers les sables et appelée en grec l'île des Bienheureux. On dit donc que l'armée arriva jusque-là, mais personne ne sait ce qu'elle devint ensuite, sauf les Ammoniens et ceux qui l'ont appris d'eux. En tout cas, elle n'atteignit pas le pays des Ammoniens et ne retourna pas en Egypte. Voici ce que les Ammoniens racontent. Ayant quitté Oasis pour se diriger vers eux à travers les sables et étant parvenues à peu près à la moitié du chemin, ces troupes Turent assaillies, pendant qu'elles prenaient leur repas, par un vent du Midi qui soufïlait avec une violence extraordinaire et qui les ensevelit sous des amas de sable, de telle sorle qu'elles disparurent entièrement. Tel est le récit des Ammoniens au sujet de cette armée (6) ».
(1) V. supra, p. 143, n. 4.
(2) R. Basset, Le Dialecte de Syouah (Paris, 1890).
(3) Conf. Diodore, x, 15; Justin, i, 9, 3 : Plutarque, Alexandre, 26 ; Sénèque, Natur. Quaest., ii, 30, 2.
(4) Ce chiffre est évidemment très exagéré.
Si l'on admet que l'oasis d'Ammon ne fut pas l'unique but assigné à l'expédition, le plan du roi Cambyse ne paraît pas déraisonnable i^K Parvenu avec son armée à Thèbes, il était désormais maître de l'Egypte. Il dut alors penser à conquérir les oasis qui existaient à l'Ouest de cette contrée et qui en étaient des dépendances, entre autres celle d'Ammon, déjà fameuse par son oracle t^'. Ayant sous la main à Thèbes les troupes nécessaires, il était naturel qu'il les fît partir de ce lieu. Elles devaient occuper d'abord la grande oasis (El Khargèh), où elles passèrent en effet, puis probablement Dakhlèh, plus à l'Ouest; se tourner ensuite vers le Nord pour soumettre Farafrah et Baharièh ; enfin se rendre à l'oasis d'Ammon (3', d'où elles auraient regagné l'Egypte, à Memphis. Selon Hérodote, elles s'avancèrent jusqu'à mi-chemin de la grande Oasis et de celle d'Ammon. Il est cependant permis de croire que le désastre survint plus près de Toasis d'Ammon, entre Baharièh et Syouah, si. comme le dit l'historien, les Ammoniens seuls <'*) connurent le sort de leurs ennemis. Peut-être l'anéantissement de l'expédition fut- Il) Conf. Neumann, Norda/rika, p. 96.
(2) Il avait été consulté, dit Hérodote (i, "46), par Crésus, qui accompagnait Cambyse en Egypte (m, 14). — Vivien de Saint-Martin il. c, p. 40) croit que l'oasis contre laquelle l'expédition fut dirigée était celle de Dakhlèh, située à dix journées de Thèbes et où il y avait un temple d'Ammon. L'erreur d'Hérodote, qui place l'oasis d'Ammon, c'est-à-dire celle de Syouah, à cette distance de la capitale égyptienne s'expliquerait par une confusion. Il aurait appliqué à Syouah un renseignement qu'on lui aurait donné à Thèbes en lui racontant l'expédition, renseignement qui, en réalité, aurait concerné Dakhlèh. L'hypothèse n'est pas admissible, car Hérodote dit que les troupes reçurent l'ordre de brûlerie sanctuaire de l'oracle : il ne peut être question que de l'oracle célèbre de Syouah. \ oir à ce sujet Neumann, Norda/rika, p. 95-96.
(3) Devaient-elles vraiment brûler le temple de l'oracle et réduire les Ammoniens en esclavage (conf. Diodore, x, 15) ? Hérodote ne dit pas pourquoi Cambyse aurait donné des ordres si rigoureux.
(4) Et, ajoute-t-il, « ceux qui l'ont appris d'eux », c'est-à-dire vraisemblablement des Cyrénéens : voir plus haut, p. 64-65.
il vraiment causé pnr le vent du Sud, soufflant en tempête : les troupes perses n'auraient pas été ensevelies sous des monceaux de sable, comme on le prétendait, mais elles auraient perdu leur chemin et succombé à la soif, après avoir épuisé leurs provisions d'eau.
L'oasis d'Ammon n'en fut pas moins rattachée plus tard, — on ne sait quand —, à l'empire des Perses. Elle envoyait un tribut au grand Roi 'l*. Dans la première moitié du IV« siècle, à l'époque où la vallée du Nil avait échappé à la domination perse, les princes d'.Ammon reconnurent la souveraineté des rois d'Egypte : les noms d'Hakoris (393-381 avant J.-C.) et de Nectanébo I (378-361) se lisent sur les murs des deux temples d'Agarmi et d'Oum Beïda 2). Hérodote mentionne, en lui donnant le nom grec d'Étéarque (3', un de ses contemporains, qui était « roi des Ammoniens » '*) ; nous ignorons s'il était indépendant ou vassal du roi de Perse.
XLVII. — A dix journées des Ammoniens, on rencontré, sur le bourrelet de sable, un autre lieu habité, appelé Augila (5). Augila et le peuple des Augiles'^) sont signalés dans d'autres textes, qui donnent en général des indications géographiques vagues ou erronées (7). Cependant
(1) Athénée, ii, 74, p. 67, b, citant Dinon, auteur du iv siècle, qui avait écrit un ouvrage sur la Perse (= Fragm. hist. gr., ii. p. 92, nM5).
(2) Steindorff, Durch die libysche Wûste, p. 118, 121-2.
(3) Conf., par exemple, Hérodote, iv,154. Le nom indigène qui devait sonner à peu près de même a pu être altéré soit par les informateurs cyrénéens d'Hérodote, soit par Hérodote lui-même (conf. Letronne, Recueil des inscriptions grecques de l'Egypte, ii, p. 293).
(4) II, 32 (conf. 33) : 'Erezjoxw tw 'Aufiwviwv ^jaoùài.
(6) k\r/'ùy.i (Ptolémée), Àugilae (Pomponius Mêla et Pline).
(7) Etienne de Byzance, s. v. Ayytia, citant le traité géographique du Pseudo-Apollodore. Strabon, xvii, 3, 23 (où une lacune a fait disparaître le nom d'A^vt^a). Mêla, i, 23, et Pline, v, 43 (d'après une
la position d'Augila n'est nullement douteuse, car le nom antique s'est conservé. A l'Ouest de Syouah, à la distance marquée par Hérodote <l), existe un g-rbupe d'oasis dont la plus occidentale s'appelle Aoudjila. Ces oasis se trouvent, non sur une élévation, mais au contraire dans une dépression, ancien bras de mer qui borde au Sud le plateau calcaire de la Cyrénaïque et de la Marmarique, en se prolongeant par Djaraboub et Syouah. Elles ne sont pas éloignées de beaucoup plus de deux cents kilomètres, au Sud-Est, du. fond de la grande Syrte, occupée par les Nasamons, qui allaient tous les ans à Augila : nous avons déjà dit '2) qu'ils avaient peut-être des droits de propriété sur les dattiers dont ils venaient récolter les fruits.
XLVIII. — Le tertre de sel autour duquel habitent les Garamantes est situé à dix journées d'Augila (3). D'autre part, le chemin le plus court pour aller de chez eux au littoral est de trente journées ; il conduit chez les Lolophagesf*), c'est-à-dire entre les Syrtes. Ces deux assertions ne sont pas conciliables, s'il s'agit, comme le dit
source commune, qui indiquait les Augiles à l'Est des Garamantes). Mêla, I, 46, et Pline v, 45 (également d'après une source commune, qui attribuait aux Augiles des coutumes attribuées par Hérodote aux Nasamons). Pline v, 26. Le même, v, 27 (à peu près au milieu de l'espace qui sépare l'Ethiopie occidentale de la région située entra les deux Syrtes : indication inexacte). Ptolémée, iv, 5, 12 et 13 {AiiyikM, nom de peuple ; rà kuytkc/., nom de lieu : il place ce lieu très inexactement). Procope, Aedif., vi, 2, p. 333-4 de l'édition de Bonn (il confond sans doute les oasis d'Augila et d'Ammon). Pour les auteurs arabes et Léon l'Africain, voir l'édition de Léon (Description de l'Afrique, trad. Temporal) par Schefer, m, p. 277.
(1) Conf. Vivien de Saint-Martin, l. c, p. 37, n. 5. Des Nasamons allaient à l'oasis d'Ammon (voir plus haut, p. 141), sans doute par Augila ; les Grecs pouvaient donc connaître par eux la distance exacte qui séparait ces deux lieux.
/4) Ibid.
Hérodote, d'un lieu déterminé, et non d'une vaste région. Les dix journées nous amèneraient, en prenant depuis Au- ^ila la direction de l'Ouest-Sud-Ouest, à Zella, au Sud-Est de l'oasis de Djofra 'll. Les trente journées nous reportent bien plus au Sud-Ouest, en plein Fezzan. Il est évident que les Garamantes, « peuple fort nombreux » i2)^ ne pouvaient pas habiter autour d'un tertre et d'une source ; leur territoire devait comprendre beaucoup d'oasis. Peut-être s'avançait-il au Xord-Est jusque vers Zella 3) ; hypothèse qui nous permettrait d'accepter le chiffre de dix journées depuis AugilaH). Mais il s'étendait au loin sur le Fezzan, comme le prouvent dautres textes, tarama, capitale des Garamantes au premier et au second siècle de notre ère '^', a laissé des ruines au lieu qui garde encore le nom de Djerma (6), à trois journées au Nord-Ouest de Mourzouk, capitale actuelle du Fezzan.
Qu'était la route de trente jours dont parle Hérodote ? Ptolémée C^* mentionne deux routes entre Leptis Magna et
(1) Comme le fait remarquer Vivien de Saint-Martin (l. c, p. 50), le géographe arabe Édrisi compte dix journées d'Audjélali à Zala.
(2) IV. 183 : ê'ôvof u.k'^u iayQjçiM;.
Ci) Ceux qui veulent retrouver un itinéraire de caravanes dans les indications d'Hérodote relatives au bourrelet de sable admettent l'omission d'une station entre Augiia et la capitale des Garamantes, qu'ils placent soit à Zouila (capitale du Fezzan au Moyen Age), fit l'Est de Mourzouk, soit â Garama : Heeren, Politique et commerce, IV, p. 247 et 393 ; Bœhr, ad locum . Cette conjecture ne nous parait pas nécessaire.
(4) Pline (v, 26) place les Garamantes ô douze journées des Augiles. Strabon (xvii, 3,9) dit môme qu'ils sont ô quinze journées d'Ammon : si cette indication est exacte (ce dont je doute), leur territoire aurait commencé plus près encore d'Augila.
(5/ Pline, v, 36 : « Garama, caput Garamantum » : Ptolémée, iv, 6, 12 : Vx-pàun iiriXfjOTto'uç .
(6| Djerma el Kedîma, au Nord de la Djerma moderne : liarth, Reifen und Entdeckungen, i, p. 164-6 ; Duveyrier, Les Touareg du Nord, p. 276.
Garama, Tune exigeant trente jours de marche, l'autre vingt seulement. Cette dernière aurait été de 5.400 slades (près de 1000 kilomètres), ce qui représenterait de très fortes journées. Mais le chiffre de 5.400 stades est certainement trop élevé. Il est probable que la plus courte des deux routes de Ptolémée était celle que Pline appelle Hracter Caput Saxi; elle n'aurait été connue, du moins des Romains, que sous Vespasien, en 70 après J.-C, lors d'une expédition contre les Garamantes. Elle abrégeait, ajoute Pline, le trajet de quatre jours (1). « Traduisons, écrit Duveyrier(2), Viler praeter Caput Saxi de Pline par le mot-à-mot arabe terîq ala Hâs el Hamàda, et nous aurons le nom de la route directe de Tripoli à Mourzouk..., suivie par Barth (3) ». Cet itinéraire passe par Mizda, le plateau Rouge (Hamâda el Homra), Éderi et Djerma. Il demande vingt-quatre jours jusqu'à Mourzouk, vingt et un jusqu'à Djerma : ce qui cadre à peu près avec les vingt journées de Ptolémée. La route plus ancienne que mentionne Pline aurait été parcourue en vingt-cinq jours environ. Faut-il Tidentifier avec la route de trente jours indiquée par Ptolémée, avec celle aussi qui, à l'époque d'Hérodote, exigeait autant de journées et qu'on regardait peut-être alors comme la plus courte parce qu'on ne suivait pas encore l'autre? Cela n'est pas invraisemblable. Il est permis de croire ''^) qu'elle répondait à la route moderne (5) qui, faisant un grand détour vers l'Est pour
(1) Pline, V, 38 : « Ad Garamantas iter inexplicabile adhuc fuit^ latronibus geatis eius puteos (qui sunt non alte fodiendi, si locorum notitia adsit) harenis operientibus. Proxumo bello, quod cum Oeensibus gessere initiis Vespasiani imperatoris, conpendium viae quadridui depreiiensum est. Hoc iter vocatur Praeter Caput Saxi ».
(3) En 1850.
(4) Conf. Heeren, l. c, iv, p. 259. Kawlinson, ad locum. Etc
(5) Suivie par Lyon en 1820, par Barth à son retour du Soudan, en 1855, par Monteil, venant aussi du Sud, en 1892, etc.
éviter la région désolée du plateau Rouge, passe par Bou Ndjem et Sokna, puis traverse la montagne Noire (djebel es Soda, le mom Ater de Pline (l)). Le trajet, beaucoup moins pénible que par le chemin de l'Ouest, est plus long. Il faut en moyenne trente jours pour aller de Tripoli ou de Lebda à Mourzouk ; on en peut compter vingt-huit jusqu'à Garama, qui est le point d'arrivée marqué par Ptolémée ; nous ignorons si ce lieu était déjà la capitale des Garamantes au temps d'Hérodote.
Les Garamantes sont le peuple du Sahara dont les Grecs et les Latins parlent le plus souvent (2/. Les textes qui indiquent avec quelque précision la situation de leur pays prouvent qu'ils habitèrent le Fezzan pendant toute l'antiquité (3'. Mais ils se déplaçaient volontiers. Pillards redoutés ^), ils apparaissaient dans le voisinage du littoral quand les occasions leur semblaient favorables (5). Aussi furent-ils châtiés plusieurs fois par les Romains (6). En temps ordinaire, ils devaient convoyer les caravanes
(2) Tite-Live, xxix, 33, 8. Strabon, ii, 5, 33 ; xvii, 3, 19 et 23 (indications vagues ou inexactes). Pomponius Mêla, i, 23. Pline, v, 26 ; V, 36 ; V, 38 et 43. Tacite, Annales, m, 74 ; iv, 23 et 26 ; Histoires, iv, 50. Ptolémée, i, 8, 4 : i, 10, 2 ; iv, é, 12. Quaestiones ex utroque Testamento mixtim, 115 (écrit attribué h saint Augustin : Patrol. lat., xxxiv-v, p. 2350). Jean de Hiclar, dans Mommsen, Chronica minora, H, p. 212 (à l'année 569). Isidore de Séville, Etym., ix, 2. 128.
(3) Certains auteurs, poètes qui ne se piquaient pas de précision, ou écrivains de basse époque, donnent au terme Garamantes une très grande extension géographique : Lucain, ix, 511-2 ; Silius Italicus, m, 10-15, 367 ; Denys le Périégète, 214-5 {Geogr. gr. min., ii, p. 114) ; Paul Orose, Adc. paganos. i, 2, 88 et 90 ; Géographe de Ravenne, i, 2 (édit. Pinder et Parthey, p. 6), et m, 3 (p. 136).
(4) Tacite, Histoires, ly,^: « Garamantas. . . gentem indomitam et inter accolas latrociniis fecundam». Conf. le même, Annales, iv, 23; Pline, V, 38.
(5) Tacite, Annales, m,, 74 ; iv, 23 ; Histoires, l. c.
(6) Sous Auguste : Pline, v, 36 ; Florus, ii, 31 (= iv, 12) ; conf. Virgile, Enéide, vi, 794. Sous Vespasien, en 70 : Tacite, Histoires, l. c. ; Pline, v, 38.
qui allaient de la côte méditerranéenne au Soudan. Un de leurs rois conduisit même des troupes romaines qui partirent de Leplis Magna, passèrent par Garama et, se dirigeant vers le Midi, arrivèrent, quatre mois après, au pays d'Aqisymba, où il y avait des rhinocéros (i). A cette époque, peut-être vers la fin du premier siècle de notre ère (2), les Garamanles avaient étendu leur domination sur les Éthiopiens qui vivaient dans cette région soudanaise (^'.
Un demi-millénaire plus tôt, ils allaient, dit Hérodote (^), donner la chasse aux Éthiopiens troglodytes. Ils parlaient sur des chars attelés de quatre chevaux (^' : on ne se servait pas encore de chameaux dans le Sahara, probablement moins difficile à traverser qu'aujourd'hui (6). Notre texte n'indique pas ce qu'ils faisaient de leurs prisonniers ; les employaient-ils à la culture de leurs oasis ? allaient-ils les vendre comme esclaves sur le littoral ?
Ces Éthiopiens étaient les plus rapides à la course de tous les hommes et avaient un langage qui ne ressemblait à aucun autre, mais rappelait les cris aigus des chauvessouris <'^). Il s'agit peut-être d'un langage sifïlé, destiné aux communications à de grandes distances ; ce qui
(1) Ptolémée, i, 8, 4, d'après Marinus de Tyr. Ptolémée {ibid.) parle d'une autre expédition romaine qui partit aussi de Leptis Magna et passa par Garama, d'où, après une marclie de trois mois vers le Sud, elle parvint au pays des Éthiopiens. Conf. Gsell, Essai sur le règne de l'empereur Domitien, p. 236-7.
(2) Conf. Gsell. l. c.
(3) Ptolémée, iv, 8, 5.
(5) En admettant que cela soit exact, ces chars devaient être très légers et pourvus seulement de deux roues ; cependant il est à croire qu'ils ne passaient pas aisément partout.
(6) Voir Gsell, Histoire, i, p. 58 et suiv.
(7) Échos d'Hérodote dans Pomponius Mêla, i, 44, et dans Pline V, 45.
n'aurait pas empêché ces hommes de faire usage d'une véritable langue (l>.
Le Périple d'Hannon'2) mentionne aussi des indigènes demeurant dans des cavernes et plus rapides que les chevaux. Mais il n'en faut pas conclure qu'Hérodote ait recueilli un vague écho de l'expédition carthaginoise (3). Ses troglodytes, sans doute plus ou moins voisins du pays des Garamantes, c'est-à-dire du Fezzan, ne pouvaient pas être confondus avec ceux d'Hannon, qui vivaient autour des montagnes d'oii sort le Lixos (l'oued Draa), c'est-à-dfre au pied de l'Atlas marocain '^) ; pas plus qu'avec d'autres Éthiopiens troglodytes, habitants de l'Afrique orientale, dont on vantait aussi la rapidité merveilleuse (5).
Pline l'Ancien signale un peuple de troglodytes que nous pourrions être tentés d'identifier avec ceux d'Hérodote : « Les Amantes vivent à douze journées de marche de la grande Syrte vers l'Occident. H y a sept jours de marche, dans la direction du couchant d'hiver, entre eux et les Troglodytes, avec lesquels on ne fait pas d'autre commerce que celui des pierres précieuses, apportées d'Ethiopie, que nous appelons escarboucles <6) ». Tissot croit que ces troglodytes habitaient la chaîne tripoli-
(1) Gsell, l. c, p. 318, n. 2.
(2) § 7 {Geogr. gr. min., i, p. 6).
(3) Comme le suppose Meltzer, Geschichte der Karthager, i, p. 233-4.
(4) Strabon (xvii, 3, 7) mentionne aussi des troglodytes dans le Sud du Maroc.
(5) Pline, vi, 176.
(6) V, 34 : « Amantes xii dierum itinere a Syrtibus maioribus ad occidentem . . Ab bis ad Trogodytas hiberni occasus plaga dierum septem iter, cum quibus commercium gemmae tantum quam carbunculum vocamus ex Aethiopia invectae ». Je ne vois pas pourquoi M. Sieglin (apud Strenger, Slrabos Erdkunde oon Libyen, p. 62) a proposé de corriger Amantes en Atlantes.
taine '*), où des populations berbères se creusent encore des demeures souterraines. Cependant les dislances et l'orientation indiquées nous conduiraient plutôt vers Ghadamès ; la mention des escarboucles conviendrait bien aussi à celte région <2), Pomponius Mêla (3) et Pline f'^), qui ont une source commune, signalent d'autres Troglodytes : dans une énuméralion qui procède de l'Ouest à l'Est, ces indigènes viennent, avec les Augiles, après les Garamantes. C'était peut-être chez eux que se trouvait une source du Soleil dont parle Pline (5) et qu'il place en Cyrénaïque, avec l'oracle d'Ammon (^), lequel n'était pas dans cette contrée. On ne voit guère où le peuple en question pouvait vivre (7).
Ce n'est ni l'un ni l'autre de ces deux groupes que la plupart des savants modernes ont identifié avec les Ethiopiens troglodytes d'Hérodote. En général, on place ceuxci dans le Tibesti. région montagneuse du Sahara située au Sud du Fezzan (8). Les habitants du Tibesti, appelés Tibou ou Tédâ, demeurent en partie dans des grottes ; ils passent pour des gens très rapides à la course et très
(1) Géographie, ii, p. 713. Vivien de Saint-Martin (l. c, p. 116) les place également dans cette chaîne, au djebel Ghariâne.
(2) Conf. Sti-abon, xvii, 3, 19 : Pline, xxxvii, 92 ; Vibius Sequester, dans Geographi latini. minores, édit. Riese, p. 147 (pour la rivière Cinybs mentionnée dans ce passage, v. saisira, p. 90, n. 2).
(3) I, 23 : « primos ab oriente Garamantas, post Augilas et Trogodytas ».
(4) V, 43 : « vastae soiitudines orientem versus usque ad Garamantas Augilasque et Trogodytas ».
(5) II, 228. Conf. plus haut, p. 107, n. 2.
(7) Duveyrier (apud Tissot, Géographie, ii, p. 713, n. 1) veut l'identifier avec les Tibou.
(8) Heeren, Politique et- rommerce, iv, p. 254 et 39.^. Rawlinson, ad locum. Vivien de Saint-Martin, l. c, p. 51. Faidherbe, dans Reçue africaine, xi, 1867, p. 61. Nachtigal, Sahara und Sudan, i, p. 423. Neumann. Norda/rcka, p. 114. Etc.
habiles sauteurs ; leur langaji^e a des sons sidlés qui pourraient à la rigueur justifier la comparaison d'Hérodote avec les cris de la chauve-souris (l>. Remarquons cependant que, pour notre auteur, le bourrelet sablonneux est, au Midi, la dernière réffion de la Libye où il y ait des hommes (2) ; au delà s'étend une contrée entièrement déserte. Use serait contredit s'il avait placé ses Éthiopiens troglodytes au Sud des Garamantes. Mais il est fort possible qu'il n"ait pas su exactement où ils vivaient.
XLIX. — A dix journées des Garamantes, habitent des hommes que nos manuscrits appellent "AxXavxsç i^), leçon reproduite par l'écrivain qu'ont copié Pomponius Mêla (*) et Pline (^) ; puis, à la même distance, d'autres hommes appelés aussi dans nos manuscrits "AxXavTsç (6). Le dernier nom n'est pas douteux, puisque ce peuple l'avait tiré de r'ATXaç, montagne voisine. Mais, évidemment, le premier peuple, éloigné de dix journées de cette montagne, ne pouvait pas s'appeler de même. Comme l'a vu Saumaise, la véritable leçon, altérée dès l'antiquité, nous a été conservée dans une citation de Rhianos par Etienne de Byzance (7) : il faut lire 'AxàpavTSÇ (8).
(1) Vivien de Saint-Martin, l. c. citant Hornemann et Lyon. Nachtigal, /. c, p. 426.
{'/) S. V. kr'kuvTcç : Vtwjrjç oé iv \yv.ïy.MV SrjTisa ArùfjV.'JZKç sevai çiïjti y.oti uîT arjTv'j; At/kvtkc (conf. Eustathe, Commentaire de Denys le Périégète. v. 66, dans Geogr. gr. min., II, p. 229). Il s'agit des AchaCques, poème écrit au troisième siècle avant J.-C. On ne peut guère douter que Rhianos ne se soit inspiré d'Hérodote.
(8) Dans un extrait de Nicolas de Damas par Stobée, on trouve la leçon 'Afùpuvrsç, que Saumaise a remplacée par 'ATKoavrs; : Fragm. hift. gr., m, p. 463, n* 140.
Barth (*) a comparé ce nom avec an mot atara, signifiant rassembla, qui appartient à la langue haoussa, parlée de nos jours dans le Soudan, entre le lac Tchad et le Niger. Le rapprochement est ingénieux, mais non convaincant. D'autres (2) veulent dériver le nom des Atarantes du mot berbère adrar, « montagne » : hypothèse des plus contestables, car rien ne nous autorise à admettre l'existence de montagnes sur le territoire de ce peuple, ni à croire que les Ataranles aient parlé la langue libyque (•^>.
Hérodote n'ayant que des renseignements très indirects et sans doute erronés sur les Atarantes, nous ne saurions indiquer leur situation ("*). Nous avons déjà parlé des Atlantes à propos du mont Atlas i^) et montré qu'il est également impossible de fixer l'emplacement de leur pays.
(1) Sammlung und Bearbeitung Central-a/rikanischer Vokabularien, I, p. ci-cn. Conf. Gsell, Histoire, i, p. 318, n. 4.
(2) Vivien de Saint-Martin, p. 60 et 154 (n. 6).
(3| Si le nom transcrit 'Ara/savTSf était celui que ce peuple se donnait, et non pas une appellation adoptée par les Libyens de la zone du littoral.
(4) On peut, si l'on veut présenter une hypothèse, penser à l'oasis de Ghadamès, l'antique Cydamus, au Nord-Ouest du Fezzan, ù environ quatorze jours de marche de Djerma.
(5) P. 107 et suiv.