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(2) Hérodote, i, 216 ; conf. iv, 172.
(3) Théopompe, dans Fragm. hist. gr., i, p. 315, n» 222 : chez les Étrusques. Apollonius de Rhodes, Art/on., ii, 1023-5 : chez un peuple du Pont. Agatharchide, De mari Erythraeo, 61 [Geogr. gr. min., i, p. 153) ; conf. 31 (p. 130) ; voir aussi Diodore, m, 32 et 115 ; Strabon, xvi, 4, 17: chez les Troglodytes de la mer Rouge. Etc. : conf. E. Meyer, Geschirhte des Altertums, 2* édit., i, 1, p. 24-25.
(6) Voir Westermarck, Origine du mariage dans l'espèce humaine, trad. française, p. 53 et suiv. Conf. Deniker, Races et peuples de la terre, p. 273, n. 3.
(7) IV, 172. Écho dans Mêla, i, 46, qui attribue cette coutume aux Augiles (conf. plus haut, p. 184, n. 3 : u Feminis eorum soUemne est nocte qua nubunt omnium stupro patere qui cum munere advenerint, et tum cum pluribus concubuisse maximum decus, in relicum pudi-
de Sicile (^) aux îles Baléares : « Dans les festins de noces, les parents et les amis, par rang d'âge, ont successivement commerce avec la mariée ; l'époux ne jouit de cet honneur que le dernier ». On a retrouvé cet usage chez des peuples de l'Amérique du Sud et de l'Océanie'^). Les uns y voient « une horrible espèce d'hospitalité (3) » et, dans certains cas, la rémunération de Taide prêtée au mari pour conquérir celle dont il fait sa femme'*). Pour d'autres, il y a là un vestige de communisme : avant de renoncer à ses droits en faveur d'un individu, la communauté les exercerait une dernière fois (5). Cette explication n'est guère valable pour les Nasamons, puisque, chez eux, selon Hérodote, le mariage n'avait nullement pour conséquence la jouissance exclusive de la femme par son mari.
Les Adyrmachides avaient une coutume qu'on ne retrouvait pas chez les autres Libyens. Ils présentaient au roi les jeunes filles qui étaient sur le point de se marier et, si quelqu'une lui plaisait, il la déflorait f^). C'est là le jus primae noctis, ou droit du seigneur. Il a été constaté en Amérique, en Inde, chez les Esquimaux, aux Canaries; il a existé çà et là en Europe jusqu'à une époque relativement récente <7). Là encore, on a cru
citia insignis est ». Cette indication finale, qui ne concorde pas du tout avec ce qu'Hérodote dit des mœurs des femmes chez les Nasamons, est évidemment une addition fantaisiste.
(2) Westermarck, l. c, p. 72.
(3) Le môme, p. 73.
(4) Le même, p. 74.
(5) J. Lubbock. Les Origines de la cicilisation, trad. française, p. 114
(7) Voir, entre autres, Westermarck, l. c, p. 75-76. Dans l'Afrique du Nord, le chef de Touggourt aurait encore exercé le droit du seigneur vers le milieu du xii' siècle : Daumas, Le Sahara algérien iParis, 1845), p, 131; cité par Vivien de Saint-Martin, Le Nord de l'Afrique dans l'antiquité, p. 43, n. 3.
reconnaître des vestiges d'un état primitif de promiscuité : le bénéficiaire de ce droit, chef ou quelquefois prêtre, l'aurait exercé au nom de la communauté. Mais nous pouvons aussi bien supposer que c'était un privilège que s'arrogeait le plus fort(l); peut-être, quand il s'agissait d'un représentant de la divinité, son intervention étaitelle regardée comme un heureux prélude à l'union qui allait s'accomplir (2).
LXVIII. — Les Nasamons avaient de nombreuses épouses (3i. La polygamie devait exister aussi chez d'autres peuples. Il est certain que, dans l'Afrique du Nord, elle est bien antérieure à la diffusion de l'islamisme. Naturellement, c'étaient les personnages importants qui la pratiquaient le plus. Au xiii" siècle avant notre ère, sous le règne de Ménephtah, les Egyptiens capturèrent dans une bataille douze femmes que le chef des Lebou avait amenées avec lui ('*). « Chez les Numides et chez les Maures, écrit Salluste (5>, chacun prend autant de femmes qu'il peut, en proportion de sa fortune : les uns dix, les autres davantage, les rois plus encore (6). Aussi l'affection
(1) Westermarck, p. 77.
(2) Nicolas de Damas [Fragm. hist. gr., m, p. 462, ii" 135) mentionne des Libyens (lailoliëysç '■ ce nom est peut-être altéré), qui se seraient mariés d'une façon étrange. Hommes et femmes se réunissaient, dit-il, ô un jour déterminé, qui suivait le coucher des Pléiades. Après un repas, les hommes allaient rejoindre les femmes, qui s'étaient couchées à part; les lumières étant éteintes, chacun prenait possession de celle sur laquelle il tombait. Une coutume analogue existerait encore ft Tametert, dans le Sahara (région de l'oued Saoura). M. Chudoau m'apprend qu'au dire des indigènes, les habitants de ce village, hommes et femmes, se réunissent une fois par an. C'est « la nuit de la confusion », nom qui rend des explications superflues.
(4) Chabas, Études sur l'antiquité historique, 2' édit., p. 200.
(5) Jugurtha, lxxx, 6-7.
(6) Les rois et les chefs avaient de véritables épouses légitimes et des concubines d'un rang inférieur. Voir Salluste, l. c, v, 7 (conf, Appien, Lib., 106) ; De bello AJrico, xci ; Ammien Marcellin, xxix, 5, 2 (en pleine époque chrétienne).
se disperse-l-elle entre ces nombreuses épouses ; aucune n'est traitée comme une compagne, toutes sont également dédaignées». Strabon (1), Pomponius Méla(2), Procope(3), signalent aussi la polygamie chez les Africains. Procope'*) fait dire à des indigènes, s'adressant au général byzantin Solomon : « Vous vous souciez de vos enfants, vous qui ne pouvez épouser qu'une seule femme ; mais nous, qui en avons jusqu'à cinquante, si des occasions se présentent, nous ne manquerons jamais d'enfants »,
LXIX. — Comme le remarque Salluste, ces mœurs n'étaient guère propres à assurer la dignité de la femme. Il ne faut point oublier cependant que la disproportion numérique entre les deux sexes n'était pas telle que la polygamie pûtêtre générale. Dans l'antiquitéaulant que de nos jours, beaucoup de Berbères, quoi qu'en dise Salluste, devaient regarder leurs femmes comme de véritables compagnes, et non comme des sortes d'esclaves.
Hérodote (^> nous apprend que, chez les Zauèces, elles partaient avec les guerriers et conduisaient les chars. D'autres textes, de différentes époques, prouvent que les indigènes emmenaient souvent leurs femmes dans leurs expéditions. Comme au temps de Ménephtah '6), plusieurs femmes de chefs furent prises dans une victoire remportée au III® siècle de notre ère par les Romains sur des rebelles, les Bavares (7). Au VI® siècle, il est souvent question, dans
(1) XVII, 3, 19 : TToXuytJvatxîç Si y.'A Tro/vrae^j;.
(3) Bell. Vand., il, 10, Il ; II, 20, 24.
(4) Ibid., II, 11, 13.
{&) Voir supra, p. 197, n. 4.
(7) Bull, archéologique du Comité des travaux historiques, 1907, p. ccxxix. Au second siècle, Pausanias (vin, 43, 3) dit que les Maures nomades se déplacent, eux et leurs femmes, sur des chevaux.
la Johannidede Corippus, des femmes et aussi des enfants qui accompagnaient à la guerre les barbares ligués contre les armées byzantines <l>. Elles animaient les guerriers par leurs cris <2), mais, en général, elles ne prenaient point part au combat i^)
LXX. — Hérodote nous montre les Libyens groupés en un nombre assez restreint de peuplades (^), qui occupent des territoires étendus ; il leur donne le nom d'è'Gvoç (5). Comment s'étaient-elles formées ? C'est ce que nous ne saurions dire f^'. A proximité de la vallée du Nil, des peuples importants existaient déjà au second millénaire : les textes égyptiens signalent les Lebou, les Mashaouasha, les Kehaka, les Sabita (7).
Les chefs de plusieurs de ces peuplades sont qualifiés par Hérodote de rois [^caaikzùç). U mentionne un roi des Adyrmachides (8)^ un roi des Libyens voisins de Cyrène (9)
(1) II, 171 ; V, 430 et suiv., 468 ; vi, 82 et suiv., 109-110. Voir aussi Procope, Bell. Vand., ii, 11. 18. De même dans les tribus arabes du Moyen âge : Marçais, Les Arabes en Berbérie du XI' au XIV' siècle (Constantine-Paris, 19131, p. 707-8.
(2) Conf. aujourd'hui encore la conduite des femmes dans certaines tribus marocaines : A. Bernard, Le Maroc (Paris, 1913), p. 220.
(3) Il n'y a aucun compte à tenir du roman des Amazones guerrières de la Libye, raconté par Diodore de Sicile (m, 52 et suiv.), d'après Denys de Milet (Dionysios Scytobrachion).
(4) Deux d'entre elles, au moins, étaient déjà connues d'Hécatée : les Psylies (fragment n" 303) et les Zauèces (n* 307 : Zaûïîxe?, fôvo?).
(5) II, 32 ; IV, 167, 171, 172, 183. Au chapitre 197 du livre iv, le mot est pris dans un sens plus large : la Libye est occupée par quatre peuples (réa-TîpK I'Ôvsk), et non davantage : les Libyens, les Éthiopiens, les Grecs et les Phéniciens.
(6) Conf. GselL Histoire, i, p. 2'tl.
(7) Maspero. Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, ii, p. 432, 456 ; le même. Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 6' édit., p. 313, 315.
et aussi, dans le désert, un roi des Ammoniens (i). Quelques siècles auparavant, aux temps de Ménephtah et de Ramsès III, les Lebou et les Mashaouasha avaient de véritables souverains (2). Chez les Lebou, on connaît un Mirmaiou, fils de Didi, et, plus tard, un autre Didi (3), qui vraisemblablement, appartenait à la même famille : la royauté aurait donc été héréditaire.
A propos de Battos, le fondateur de Cyrène, Hérodote fait observer que ce nom signifie roi dans la langue des Libyens (^). Une inscription libyco-punique, découverte à Dougga et datant du second siècle avant J.-C, nous apprend qu'on se servait déjà, pour désigner les rois et les chefs, d'un mot qui s'est maintenu dans divers dialectes berbères, aguellidi^).
L'autorité des princes était-elle limitée par certains droits que leurs sujets auraient exercés ? Nous l'ignorons. Hérodote parle d'hommes puissants chez les Nasamons (6) : il serait bien imprudent d'en conclure qu'il y ait eu dans cette peuplade une classe aristocratique privilégiée. Ailleurs (7), il est question d'assemblées des hommes chez les Auses et les Machlyes. Elles ne devaient comprendre
(1) II, 32. Diodore (xiv, 13, 6) indique un roi de l'oasis d'Ammon, qui vivait h la fin du v« siècle. Inaros, qui régnait en 460 dans le voisinage du Delta, est appelé ^aat'Arj? A£<?jwv par Thucydide (i, 104). Diodore (ni, 49) dit que les Libyens agriculteurs et pasteurs qui vivent entre les Syrtes et l'Egypte ont les uns et les autres des rois, mais que les Libyens pillards n'en ont pas.
(2) Gsell, Histoire, i, p. 241.
(3) Maspero, Histoire, ii, p. 431, 456 ; [petite] Histoire, 6* édit., p. 301,
(4) IV, 155 : Ai^vsç yàci Pa.aîkiy. ^xtrov xa^îoyfft.
(5) Lidzbarski, Sitzungsberichte der preussischen Akademie der Wissenscha/ten, 1913, p. 297. Dussaud, Bull, archéol. du Comité, 1914, p. 40.
(6) II, 32 : «v5//wv SwvaTTê&iv ■koXZ'aç.
que des fractions restreintes, puisqu'il s'agissait d'adjuger des jeunes gens à ceux auxquels ils ressemblaient ; rien n'indique que, dans ces réunions, on ait statué sur des affaires communes. Les Psylles auraient pris le parti de marcher contre le vent du Sud, « après en avoir délibéré (l) ». Mais il n'y a sans doute pas lieu de s'arrêter à un détail inséré dans un récit légendaire.
LXXI. — Les Berbères ne sont pas en général des gens d'humeur paisible. On peut croire que leurs ancêtres ne craignaient point non plus de se battre. Les Gamphasantes, qui fuyaient tous les hommes et étaient incapables de se défendre (2), constituaient une exception. Sans parler de l'expédition fabuleuse des Psylles, nous savons que les Libyens de la Cyrénaïque furent plus d'une fois en lutte avec les Grecs (3) ; les Maces aidèrent les Carthaginois à détruire la colonie de Dorieus sur le Cinyps W. Hérodote donne un détail sur l'armement de cette peuplade (5). Il dit aussi, on l'a vu, que les femmes des Zauèces conduisaient les chars à la bataille ^^l. Les guerres n'étaient sans doute pas rares entre indigènes. Dans le Sahara, les Garamantes pourchassaient les Éthiopiens troglodytes (7).
Sauf quelques mots à propos de l'or acheté par des marchands carthaginois au delà des Colonnes d'Héraclès (nous en reparlerons (8) ), Hérodote ne dit rien sur les relations commerciales qui, en temps de paix, devaient exister entre les différentes peuplades, et aussi entre les
(1) IV, 173 : ^o-Asvirv.iiivoi zoîvû ^ôyw
(3) Voir supra, p. 159.
(4) Supra, p. 117.
(5) IV, 175. Voir supra, p. 166.
(8) Voir § xci.
indigènes, d'une pari, les Phéniciens et les Grecs du littoral, d'autre part. Nous avons montré (*> qu'il est impossible de reconnaître des stations d'une grande route de caravanes dans les oasis qu'il énumère de l'Est à l'Ouest, à travers le Sahara. La mention d'une route de trente jours, reliant les Lotophages et les Garamantes (2), autorise au contraire à admettre un trafic entre la côte des Syrtes et l'intérieur de l'Afrique, trafic dont les Garamantes étaient peut-être les convoyeurs. Les Nasamons, qui allaient régulièrement à Augila'^), dont quelques-uns visitaient l'oasis d'Ammon (*) et ne craignaient pas de parcourir des régions inconnues du désert'^), jouaient peut-être aussi un certain rôle dans les échanges commerciaux.
<2) IV, 183. Voir 8upra, p. 147.
(3) IV, 172 et 182.
(5) Ibid. Voir § Lxxii.