‹ HérodoteChapitre 19 sur 35 · XXII · texte numérisé non relu

XXII

(4) Voir Gsell, Histoire, i, p. 475, n. 1.

(5) V. supra, p. 209, n. 4.

(6) Comme le pense C. Th. Fischer, De Hannonis Carthnginionsis Perinlo (Leipzig, 1893), p. 120, 123-4. Coiif. A. Klotz, QuaeaUones IHinianae (Berlin, 1906), p. 44.

(7) Noter que, sauf les mots « Hoc adfirmant punici libri », Solin copie ici Pline |v, 51).

gros animaux naissent dans ces marais, etc. » On voit que les punici lihri identifiaient nettement avec le Nil une rivière sortant d'une montagne du Sud du Maroc, dans le voisinage de l'Océan. Cette opinion devait ressembler beaucoup à celle de Promathos de Samos.

LXXVIII, — Pline l'Ancien il^ nous a laissé des renseignements assez détaillés sur ce que Juba avait écrit au sujet de l'origine occidentale du Nil. « D'après 'es recherches qua pu faire le roi Juba, le Nil prend sa source dans une montagne de la Maurétanie Inférieure, non loin de l'Océan. Il forme aussitôt un lac, appelé Nilides (2). Les poissons qu'on y trouve sont des alabètes, des coracins, des silures. Un crocodile en a été rapporté pour servir de preuve et Juba l'a consacré dans le temple d'Isis à Césarée, où il se voit encore aujourd'hui. En outre, on a observé que la crue du Nil correspond à une abondance excessive de neiges et de pluies en Maurétanie. Sorti de ce lac, le fleuve s'indigne de couler dans une région sablonneuse et aride ; il se cache sur un espace de quelques jours de marche. Puis, s'élançant d'un autre lac plus grand, situé dans le pays des Masœsyles, en Maurétanie Césarienne, il regarde, en quelque sorte, les sociétés humaines ; les mêmes animaux prouvent que c'est bie>n le même fleuve. Absorbé une seconde fois par les sables, il disparaît encore dans des déserts de vingt journées de marche, jusqu'aux Éthiopiens voisins de cette contrée. Là, sentant de nouveau la présence de l'homme, il jaillit, — cela est du moins vraisemblable, — d'une source que l'on appelle IS'iqir. Il sépare ensuite l'Afrique de l'Ethiopie. Ses rives sont habitées, sinon par des peuples, du moins par des bêles sauvages, par de grands animaux, et son humidité

i2) " Lacu... quem vocant Niliden ».

crée des forêts. Puis il traverse par le milieu le pays des Éthiopiens, sous le nom d'Astapus, etc. ».

Roi de Maurélanie, Juba avait fait faire une enquête ; il avait recueilli des informations, des documents qui lui paraissaient précieux. Il prétendit compléter, préciser les indications contenues dans les punici libri, peut-être aussi dans d'autres ouvrages qu'il avait en main.

Le nom de Nilides qu il donna au premier lac *l' était sans doute une altération d'un nom indigène, dont la forme exacte nous échappe. Il n'est pas sûr que ce fût Nuchuii^). Ce lac, — probablement un grand marécage, — se trouvait à proximité de l'Atlas marocain. Il serait vain de chercher à l'identifier. L'emplacement du second lac est encore plus incertain. Il était situé dans la Maurélanie Césarienne ; mais, si nous savons que, sur le littoral, cette contrée commençait à droite de l'embouchure de la Moulouia, nous ignorons les frontières des deux .Maurétanies plus au Sud. Le fleuve qui séparait rAfrifjue de l'Ethiopie (il s'agit ici de la Berbérie et du Sahara '31) et qui sortait d'une source nommée Mger, ou l\iQris^^\ est appelé îMijris dans un autre passage de Pline (^^ ; ailleurs encore i^*, cet écrivain remarque que le fleuve Mqrix a la

(1) Nous trouvons dans la Cosmographie de Julius Honorius ( § 47 : Geographi latini minores, édit. Riese, p. 52) une indication qu'on pourrait être tenté d'appliquer au fleuve et au lac de Juba : « fluvius Nilotis nascitur in Athlantico campo : qui currens lacum efficit, ijui Nilotis appellatur, sine aliquo exitu. Currit milia cli >-. Cependant ces derniers mots (que Riese n'a pas admis dans son édition) ne cadrent point avec le te.xte de Pline (v, 51) : « lacu protinui* stagnante quem vocant Niliden ».

(2) Comme le suppose Vivien de Saint-Martin, l. r., p. 146, n. 1.

(3) Gsell, Histoire, i, p. 297, n. 5.

(4) Pline, v, 52 : « fonte illo quem Nigrum vocant. viii, 77 : « Apud Hesperios Aethiopas fons est .Nigris, ut plerique existimavere, Nili caput ». Pour ce passage, voir plus loin, p. 220, n. 1 et 3.

(5) V, 30 : (( ... ad tlumen Nigrim, qui Africam ab Aethiopia dirimit ».

même nature que le Nil : « il produit le roseau, le papyrus'i), les mêmes animaux, et ses crues ont lieu aux mêmes époques ». Vivien de Saint-Martin (2) paraît avoir raison de l'identifier avec l'oued Djedi, qui naît dans le voisinage de Laghouat et se prolonge vers l'Orient jusqu'au Sud-Est de Biskra. Il est vrai que, dans cette hypothèse, le chiffre de vingt journées de marche entre le second lac et la source de l'oued Djedi serait bien fort.

On voit que Juba a reconnu le Nil dans diverses rivières, indépendantes les unes des autres, dans lesquelles des animaux et des végétaux semblables à ceux du fleuve égyptien lui ont été signalés, à tort ou à raison. Il suffisait d'admettre des parcours souterrains pour établir les raccords nécessaires. Juba n'a peut-être pas été le premier à recourir à ce procédé commode.

LXXIX. — Un de ses contemporains, Strabon, s'exprime ainsi <3) : a On dit que les fleuves de la Maurousie (Maroc, nourrissent des crocodiles et d'autres animaux semblables à ceux qui se trouvent dans le Nil.. Quelquesuns croient même que les sources du xXil 'sont voisines des extrémités de la Maurousie ». Cette opinion ayant été soutenue longtemps avant Juba, il est douteux que Strabon fasse ici allusion au roi maure. Il mentionne, dans un autre passage, un cours souterrain du Nil, à peu de distance de sa source (^'. Il s'agit sans doute d'une indication analogue à celles que nous rencontrons dans Juba, et aussi dans Vitruve ; il y a tout lieu de croire que

(1) Le papyrus est de trop.

(4) VI, 2. 9 : ... y.v.i ô Netlo,- iv t^ Ai^v/j y.t/.^ôv Tzpô (corriger probablement «ttÔ) twv Tnjy.iV.

Strabon l'a empruntée à un auteur qui plaçait l'origine du Nil dans l'Ouest africain (1).

Vitruve donne plus de détails (2). a Dans la Maurmia que les nôtres appellent Mauretania, le Dyris sort du mont Atlas. Venant du Nord, il s'avance vers l'Occident jusqu'au Iblc Eiitagonva el, changeant de nom, est appelé Agger. Puis, passant sous des montagnes désertes au sortir du lac Eptabolus, il coule à travers des régions méridionales et se jette dans le marais qu'on appelle. . . . [le nom manque (3)]. Il entoure Méroé, etc. . . La meilleure preuve que la tête du Nil vient de la Maurétanie, c'est que, du côté opposé du mont Allas, naissent d'autres rivières, coulant aussi vers l'Occident et rejoignant l'Océan, où vivent des ichneumons, des crocodiles, des bêtes et des poissons semblable^ à ceux du Nil, sauf des hippopotames '^) ».

Les mots « iMaurusia quain noslri Mauretaniam appel lant » prouvent que la source de ce passage est un ouvrage rédigé en grec. Que Vitruve ait été un contemporain de Juba II, comme nous le croyons, ou qu'il ait vécu à une époque plus récente, il nous semble difficile de rattacher ses indications à celles du royal écrivain (5), avec lesquelles elles ne concordent pas exactement. D'autre part, supposer qu'il ait connu le contenu des punici libri mentionnés plus haut par l'intermédiaire d'un prince numide

(1) M. Strenger rSfraèos Erdkunde con Libyen, p. 70) pense que cet auteur est Posidonius, qui pourrait être aussi la source de Vitruve. Mais il ne le prouve pas.

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