VIII
(3) Mûller (édit. de Ptolémée, n. à la p. 741) veut suppléer Nu^ap: ce qui est bien audacieux.
(4) n praeter hippopotamos ». Sur le sens à donner h practor, voir Gsell, ^ c, p. 80, n. 2.
(5) Comme le veut M Oder, l'hilologvx, Supplementband vu, 1899, p. 355.
dont il se dit l'amK*), c'est faire une hypothèse gratuite (2).
Nous ne voyons rien à tirer de ce texte, qui paraît contenir des erreurs (3>. Uyris, ou plutôt Dyrin, était, non pas un nom de fleuve, mais le nom indigène de l'Atlas '*> ; il s'est conservé sous la forme Idraren {n les montagnes »). Faut-il, avec C Mûller, qui invoque un passage de Paul Orose (^), corriger Daras ? D'autres auteurs donnent un nom presque semblable, Darat. AàpaÔoç (6), à l'oued Draa '7', qui se dirige d'abord vers le Sud, puis vers l'Ouest, conformément aux assertions de Vitruvè. Mais ce fleuve est assez bien marqué jusqu'à l'Océan pour qu'on n'ait pas été tenté de le regarder comme la tête du Nil. Le nom Agger est sans doute identique à Ger^^K Si c'est le Ger mentionné par Pline d'après Suétonius Paulinus, il doit répondre à l'oued Guir(9), qui coule du Nord-Ouest au Sud-Est. Mais, dans ce cas, les indications données par Vitruve sur le cours du prétendu Nil sont inexactes. Y a-t-il eu une confusion entre deux rivières bien distinctes, l'oued Draa et l'oued Guir ?
LXXX. — Un texte de Pomponius Mêla d^* est un peu moins obscur, a Dans le territoire des Éthiopiens occidentaux, se trouve une source que l'on peut, avec
(1) VIII, 3, 2j.
•2) Présentée par M. Krohn, édit. de Vitruve (1912), p. vu.
(3) Conf. Mûller, édit. de Ptolémée, p. 741. — Mûller croit qu'un des deu.x noms Eptagonui< et Eptabolus* est altéré et qu'il ne s'agit que d'un seul lac. Cela me semble peu probable.
(4) Strabon, xvii, 3, 2. Pline, v, 13. Conf. plus haut, p. 110.
(5) V. infra, § lxxxii.
(6) Pline, v, 9 (d'après Agrippa). Ptolémée, iv, 6, 2 et 3.
(7) V. i^upra, p. 212.
(8i Mûller, L <;.
(9) Supra, p. 213.
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quelque vraisemblance, regarder comme celle du Nil. Elle est appelée par les gens du pays Nuchul^^K ce qui est peut-être le même nom. corrompu par une prononciation barbare. Elle produit le papyrus et des animaux semblables à ceux du Nil, mais plus petits. Tandis que les autres rivières coulent vers l'Océan, celle-ci seule se dirige par l'intérieur des terres vers l'Orient ; on ne sait où elle va. On suppose que le Nil sort de cette source ; que, sur une certaine étendue, son cours est inaccessible et qu'il reste ignoré pour cette raison ; qu'il se montre de nouveau quand il est possible d'approcher de ses bords. Cette disparition apparente peut faire croire à l'existence de deux rivières, dont la première prendrait fin en un lieu et dont la seconde naîtrait dans un autre lieu ».
Les Éthiopiens occidentaux (« nomine Hesperion ». dit Mêla, ce qui atteste qu'il reproduit un auteur de langue grecque) s'étendaient au Sud de la Berbérie, jusqu'au pied de l'Atlas marocain (2). Le /Vitc/i/// coulait vers l'Orient. On peut se demander s'il ne répond pas à l'oued (îuir, qui se dirisre vers le Sud-Est '3).
(1) Le manuscrit du Vatican donne a nunc ab incolis dicitur ». On a corrigé nunn en Nuchul (pour ce nom, conf. plus haut, p. 212». Dans "un passage dont la source est la même, Pline (viii. 77) écrit : « Apud Hesperios Aethiopas fons est Nigris ». Mais ce n'était sans doute pas ce nom qui figurait dans Mêla. Paléograpliiquement. la correction nunc en Nigris n'est pas acceptable. En outre, le nom Nigris ne justifierait guère l'observation qui suit : « et videri potest non alio nomine adpellari, sed a barbaro ore corruptus ». Cette dernière ol)jection peut être faite aussi à une conjecture de Mûlier (édit. de Ptolémée, n. h p. 62Ç), qui propose de corriger » Nusab incolis dicitur ». .le crois donc qu'il faut bien lire Niichul, ou peut-être Nuhul (voir Paul Orosp. cité au § Lxxxii).
{2i Gsell, Histoire, i, p. 295-7.
(3) On pourrait penser h l'oued Djedi, qui coule de l'K.st à TOuest. Nous venons de voir qu'au livre viii (77), Pline appelle Nigris la source dont parle Mêla. Or il devait croire qu'elle était identi(jue A celle d'où sortait le Nigris, c'est-ft-dire l'oued Djedi {supra, p. 217). Mais il nous parait probable que ce nom de Nigris a été substitué arbitrairement par Pline h un autre (Nuchul) et qu'il l'a emprunté êi Juha.
iMéla n'a pas consulté la même source que Vitruve, et, malgré quelques ressemblances, il ne semble pas non plus dépendre du roi Juba. Mais ce qu'il dit est conciliable avec les indications sommaires de Promathos, d'Aristote, peut-être aussi avec celles que contenaient les punici libri dont Juba fit usage,
LXXXI. — « L'eau voisine de l'Atlas (l), dit Pausanias '2), se répartit en trois rivières, dont aucune ne constitue un fleuve ; elle est aussitôt absorbée tout entière par le sable. . . L'eau qui descend de l'Atlas est trouble et, près de la source, il y a des crocodiles ne mesurant pas moins de deux coudées ; ils se jettent dans la source quand des hommes s'approchent. Certains ont cru que cette eau, émergeant de nouveau du sable, forme le iNil des Égyptiens ».
Ce texte est sans intérêt. Il contient une bévue singulière. Le crocodile du Nil atteint sept mètres : il est donc ridicule de parler de crocodiles qui n'ont pas moins de deux coudées (à peine un mètre) i^K Les prétendus crocodiles de Pausanias étaient des varans, qu'Hérodote appelle crocodiles terrestres*'^'.
Bien qu'il ne nous apprenne rien de nouveau, Dion Cassius prétend avoir des informations particulières i^'. « Le Nil sort manifestement du mont Allas, qui se trouve dans la U acennitis , près de l'Océan, du côté du Couchant ». Il ajoute que l'Atlas est une montagne beaucoup plus élevée que les autres, toujours couverte de neiges, et d'où de grandes quantités d'eau sortent en été. « Tout le pays
(1) Il s'agit de l'Atlas marocain.
(3) Conf. Gsell, /. c, p. 131, n. 1.
(4) Voir plus haut, p. 98.
(5) LXXV, 13 (abrégé de Xiphilin). Conf. Zonaras, xii, 9, p. 607-8.
qui entoure le pied de la montagne est marécageux. Ces marécages augmentent encore en été, ce qui produit alors la crue du Nil. Car là est sa source, comme l'attestent les crocodiles et autres animaux qui naissent là-bas, aussi bien que dans le Nil. <^u'on ne s'étonne pas si j'ai découvert des choses inconnues aux anciens Grecs ; ces Macenniles habitent près de la Maurétanie Inférieure (*) et beaucoup de ceux qui sont soldats dans cette province vont jusqu'à l'Atlas ».
LXXXII. — Glaudien fait une rapide allusion à la prétendue origine occidentale du Nil (2) :
(' ... Gir notissimus amnis Aethiopum, simili mentitus gurgite Nilum ».
Ce Gir est peut-être le Ger de Suétonius Paulinus, l'oued Guir actuel.
Nous ignorons les sources des indications que l'on trouve dans Paul Orose et dans la carte géographique dite Table de Peutinger.
Voici ce qu'écrit Paul Orose (3) : « Quelques auteurs disent que le Nil prend sa source non loin de l'Atlas et est aussitôt absorbé par les sables, puis, qu'à une courte distance^ il reparaît dans un très vaste lac ; que, de là jusque près de l'Océan W, il se dirige vers l'Orient, en coulant à travers les déserts éthiopiens ; qu'enfin il tourne à gauche pour descendre en Egypte. Il est exact, en efïet, qu'il existe un graijd fleuve ayant cette origine et ce cours et qu'il produit tous les monstres du Nil. Les barbares
(1) La province de Maurétanie Tingitane.
(2) De consulalu Stilichonis, i, 252-3.
(3) Acie. Paganos, i, 2, 29-31.
(4) L'océan Indien.
l'appellent Dara près de sa source, ses autres riverains Nuhul, etc. ».
Le seul détail à retenir ici, c'est cette mention des deux noms indigènes du fleuve. Nous avons déjà rencontré le second (l' et dit qu'il semble s'être appliqué à une rivière qu'on appela aussi (ier. Quant au premier, il rappelle le Darat, le Aàpoiàoç', l'oued Draa (2). Mais ce nom, l'oued Draa le gardait jusqu'à son embouchure dans l'Atlantique, tandis que, selon Orose, Dara désignaitseulement le cours supérieur du Nuhui ; d'ailleurs, l'oued Draa ne pouvait pas, croyons-nous, être identifié avec le Nil (3). H faut donc admettre soit que le nom de Dara a été donné à deux fleuves différents, soit qu'Orose, ou sa source, a rapporté à un seul fleuve deux noms qui s'appliquaient, en réalité, le premier à l'oued Draa, le second à un cours d'eau se dirigeant dans un autre sens, peut-être à l'oued Guir.
La Table de Peutinger marque, au delà de la Tripolitaine, un très long fleuve, se perdant à l'Est sous des montagnes. C'est le a fl(umen) Girin >), dont le cours est accompagné de cette annotation : a Hoc flumen quidam Grin (.ne) vocant. alii Nilum appellant ; dicitur enim sub terra Etyopum in Nylum ire lacum ». Girin est peut-être une variante de Ger (^).
La croyance à l'origine occidentale du Nil se retrouve encore dans des écrivains arabes (5* et dans des cartes européennes du Moyen âge et de la Renaissance (6).
(2) Supra, p. 219.
(3) Supra, ibid.
(4) Conf. Géographe de Ravenne, i, 2 (édit. Pinder et Parthey, p. 6) : « Aethiopia Garamantium. .., in qua patria non longe ab Oceano fluvius qui dicitur Ger dilatissimus currit».
(5) Voir Vivien de Saint-Martin, l. c, p. 21-22, note, et p. 447.
(6) Voir, entre autres, C. Th. Fischer, De Hannùnis Periplo, p. 123.
Telle a été depuis Hérodote la fortune de cette erreur, présentée sous différentes formes, mais fondée toujours sur l'identité de certains animaux que l'on rencontrait de part et d'autre. Les anciens n'avaient d'ailleurs pas tout à fait lort et, si leurs arguments zoologiques étaient sans valeur, des arguments analogues ont été invoqués pour soutenir qu'à une époque plus lointaine, mais géologiquement récente, aux temps quaternaires, le lac Tchad communiquait avec la vallée du Nil, peut-être par le Sud du désert libyque (i).
(1) Sollaud et Tilho, Comptes rendus de l'Académie rfc.s Sciences, CLii, 1911, p. 1868-1871 (présence dans le Tchad d'un crustacé du Nil, le Palaemon niloticus). L'étude comparée des mollusques (faite par M. Germain) et des poissons du Tchad et du Nil autorise la même conclusioD.