COMMANDANT DES TROUPES BRITANNIQUES
SCÈNES DE COMBAT l6l
On voit alors les Ecossais, sans un instant d'hésitation, s'élancer au milieu de la grêle de shrapnells. Ils atteignent les batteries sans avoir été trop éprouvés, s'arrêtent soudain pour mettre baïonnette au canon, et commencent au son de leurs fifres bien- aimés une charge endiablée.
Leurs jupes au vent, ils chargent comme les héros de Sir Walter Scott. Ni les tranchées, ni les fils de fer barbelés n'arrêtent l'élan de ces guerriers ardents. Leur course folle les conduit droit aux batteries dont ils exterminent en quelques secondes les servants.
La voix tonnante des canons se tait. L'affaire n'a pas
duré plus de dix minutes.
(Daily Mail.)
Les Hindous entrent dans IvA lutte.
Aux environs de Lille, massés derrière une petite colline, les Allemands s'élancent sur les tranchées anglaises comme un torrent irrésistible.
Canons, mitrailleuses, fusils, sèment la mort parmi les Anglais et les chassent de leurs retranchements.
Si les Teutons avaient été sages, ils s'en seraient tenus à cette victoire. Emportés par l'élan, ils s'excitent et vont de l'avant ; mais les voilà face à face avec les réserves anglaises composées de troupes indiennes.
Héroïquement, follement, les Gurkhas et les Sikhs, baïonnette ou koukris au poing, se précipitent sur les Allemands; les Anglais se ressaisissent et renforcent les Hindous. Une terrible mêlée s'engage : les koukris tournoient dans un éclaboussement de sang.
Enfin les Allemands prennent la fuite, laissant 20 000 hommes sur le champ de bataille. Les Anglais non seulement regagnent le terrain perdu, mais conquièrent deux
HÉROS ! tZ
102 héros!
mamelons. Deux mille seulement des leurs étaient tombés dans ce combat.
Une attaque de nuit.
Depuis quelques jours, les troupes anglo-belges qui se battaient autour de Nieuport étaient gênées par le tir d'une batterie allemande dont on n'avait pu repérer l'emplacement, malgré les recherches des avions.
Impossible de s'en débarrasser directement ; une information du service de renseignements permit cependant d'en venir à bout. On apprit, en efïet, le 22 octobre, qu'un parc d'artillerie était installé à Slype, à quelques kilomètres de Rattevalle. Si l'on s'en emparait, on réduirait du coup la batterie au silence.
Mais comment faire ? I^e parc était à dix kilomètres de la côte, hors de portée des croiseurs anglais. En outre, Slype se trouvait en arrière des lignes ennemies et celles-ci s'étendaient sur six kilomètres, garnies de retranchements.
I^e 22 au soir, deux canonnières anglaises allaient s'embosser à l'embouchure de l'Yser. Elles embarquèrent une compagnie de troupes indiennes. I^a nuit était noire et favorable à une surprise. I^es deux vapeurs levèrent l'ancre et longèrent la côte vers le nord. Une heure après^ leur petit tonnage leur permettait d'accoster au-dessou? de Middelkerke, sur une plage solitaire, où les Allemands ne s'attendaient pas à un débarquement.
A minuit, grâce à leur marche silencieuse, sans avoir d'avant-garde, la compagnie entière d'Indiens arrivait en vue de Slype. I^e plus dur restait à accomplir.
A un kilomètre en avant du parc de munitions étaient
SCÈNES DE COMBAT l63
postées six sentinelles allemandes. I^es Indiens s'accroupirent dans un petit bois, d'où leurs yeux guettaient dans la nuit les silhouettes ennemies, l'arme sur l'épaule...
Une demi-heure, la compagnie resta là, tapie dans l'ombre, attendant l'instant propice. Soudain, un croassement grinça dans le silence de la nuit. Alors six Indiens rampèrent, le poignard aux dents, et à la même seconde chacun se jeta sur une des sentinelles. Toutes tombèrent sans un cri. Puis la compagnie s'avança toujours rampant vers les caissons prussiens.
Vers une heure du matin, l'état-major qui, à Nieuport, attendait avec anxiété, vit s'élever dans la direction de Slype une lueur immense qui embrasa l'horizon. En même temps des détonations sourdes se succédaient, annonçant que le parc allemand avait sauté.
ÉPISODE DE I.A DÉFENSE DE lylÉGE.
I^e fort de Chaudfontaine à I^iége a été le théâtre d'un acte d'héroïsme qui affirme avec éclat la valeur de l'armée belge. Ce fort qtii défend la voie ferrée d'Aix-la- Chapelle à lyiége, par Verviers et le tunnel de Chaudfontaine, était commandé par le major Namèche. 11 a été soumis par les Allemands à un bombardement continuel d'une extrême violence.
Lorsque le fort ne fut plus qu'un monceau de décombres et que le commandant jugea la résistance impossible, il barra le tunnel en y faisant entrer en collision plusieurs locomotives, et en mettant ensuite le feu aux fourneaux de mine.
Sa mission était alors terminée. Le commandant Na-
mèche ne voulut pas cependant que le drapeau allemand flottât même sur les ruines de son fort. Il mit le feu à ses poudres et se fit sauter.
Une IvEttre du générai, IvEman,
iv' héroïque défenseur de liége.
Quand il eut été fait prisonnier à Liège, le général Léman, dont le dévouement magnifique venait de provoquer l'admiration du monde entier, adressa la lettre suivante au roi des Belges :
Sire,
Après d'honorables engagements livrés les 4, 5, et 6 août, je jugeai que les forts de Liège ne pouvaient jouer d'autre rôle que celui de forts d'arrêt.
Je maintins néanmoins le gouvernement militaire pour coordonner la défense autant que possible et pour exercer une influence morale sur la garnison.
Votre Majesté n'ignore pas que j'étais au fort de Loncin, le 6 août, à midi.
Vous apprendrez avec chagrin que le fort a sauté hier, à 5 h. 20 du soir, et que la plus grande partie de sa garnison a été ensevelie sous ses ruines.
Si je n'ai pas perdu la vie dans cette catastrophe, cela tient à ce que mon escorte m'a retiré de la place forte au moment oii j'étais suffoqué par le gaz qui se dégageait après l'explosion de la poudre.
On me porta dans une tranchée, où je tombai. Un capitaine allemand me donna à boire, puis je fus fait prisonnier et emmené à Liège.
Je suis certain d'avoir manqué d'ordre dans cette lettre, mais je suis physiquement ébranlé par l'explosion du fort de Loncin.
SCÈNES DE COMBAT l65
Pour l'honneur de nos armes, je n'ai voulu rendre ni la forteresse, ni les forts. Daignez me pardonner, sire !
En Allemagne, oii je me rends, ma pensée sera, comme elle l'a toujours été, avec la Belgique et le Roi. J'aurais volontiers donné ma vie pour les servir mieux, mais la mort ne m'a pas été accordée.