GÉNÉRAI, LEMAN
...« La défense de Liège sera à jamais le thème d'un des plus beaux chapitres dans les annales de la liberté, » a dit M. Asquith, premier ministre du roi d'Angleterre.
Le Temps du lo août annonce que le gouvernement français a décoré de la Légion d'honneur la ville de Liège, « qui a endigué le flot dont l'invasion barbare nous menaçait vers le Nord. » Il rapporte aussi que la Ligue Jeanne d'Arc a décidé d'offrir par souscription une épée d'honneur au général Léman.
Une charge de Cosaques.
Tandis qu'en France l'artillerie décide du succès, en Galicie, comme à la frontière serbe, c'est la cavalerie qui joue le rôle important.
La brillante cavalerie hongroise a fait des prodiges de valeur, mais, mal commandée, elle a subi des pertes terribles et des régiments entiers se sont fait anéantir en vain.
La cavalerie russe est excellente, supérieure à toutes les cavaleries modernes, mais que dirons-nous des Cosaques ? Les propos tenus par les blessés autrichiens prouvent que l'ennemi ne comprend même pas leur forme d'attaque. « Les Cosaques, disent-ils, ont peur de nous ; à
l66 HÉROS !
peine sont-ils près de nos lignes qu'ils disparaissent : nous ne pouvons les atteindre. » Cette remarque témoigne de la stupéfaction des soldats autrichiens devant une tactique inconnue. Les Cosaques se ruent sur les lignes autrichiennes; arrivés à une certaine distance ils sautent à terre, s'abritent derrière leur monture, tirent, remontent en selle, tournent bride et disparaissent ! Ils agissent ainsi lorsque leur but immédiat n'est pas de rompre la ligne ennemie; dans le cas contraire leur charge est franche, désespérée, terrible ! Ils arrivent comme le tourbillon de la steppe, une forêt de lances s'agitent, des hommes tombent, qu'importe ? Le cyclone avance toujours. Des cavaliers sont désarçonnés, d'autres passent sur leurs corps; ils forment un immense triangle, la pointe tournée vers l'ennemi. Couchés sur la bête, les hommes semblent rivés à leur cheval, ils se meuvent au même rythme, ils n'ont qu'une haleine, qu'une volonté ; avec un entrain endiablé, ils avancent gaiement. Gaiement ? oui, car cette course folle à travers l'air est un grand jeu, le plus grand de tous, celui de la vie humaine.
Les chevaux sont petits, maigres, d'une bizarre nuance noisette ; seuls les sabots de devant sont ferrés, les pieds agiles frappent le sol avec le bruit sec de la grêle. La lance a un cran d'arrêt. Les Cosaques atteignent les lignes ennemies. Les rangs s'ouvrent, les cavaliers se couchent sur leur monture, passent comme l'éclair, dans un indescriptible chaos; ils frappent et hurlent tandis que les chevaux hennissent et passent, laissant le sol jonché de blessés et de cadavres. Bien ordonnée, une charge de cavalerie cosaque est irrésistible.
Les Autrichiens ont été très fiers de capturer quelques chevaux cosaques, mais l'animal fidèle, petite bête chétive
d'apparence, infatigable instrument de guerre, n'obéit qu'à la voix de son maître ; pour tout autre, il est inutilisable... lyC cheval cosaque ne supporte que la bride, dont le cavalier se sert à peine d'ailleurs. Sur une pression légère de la jambe, on voit la bête disparaître avec son cavalier, couchés à terre, s' abritant derrière le moindre obstacle. En quelques secondes un régiment s'évanouit. lyC Cosaque est capable de franchir la Vistule à la nage et de traverser des marais inabordables pour nos cavaliers français.
En service de reconnaissance, le Cosaque prête l'oreille à tous les bruits; il les distingue tous. Il connaît les bourdonnements et les murmures de la forêt, du marais et de la plaine ; à d'inappréciables sons, il discerne et évalue la distance d'une troupe en marche. Rien n'échappe à son attention. C'est un homme de la nature ; il sait surprendre, il est difficile à surprendre...