CHAPITRE V
Officiers et soldats.
« Jamais le renoncement à toute vue d'intérêt personnel, rabfiégation de soi-même, le sacrifice de l'individu à la communauté nationale, le ferme propos d'échapper à toute velléité d'égoïsme n'ont été poussés plus loin que dans l'unanime effort de tous ces courages qui s'opposent depuis trois mois de luttes incessantes, jour et nuit, à l'énorme invasion. Le soldat de IÇ14 s'est levé contre les Barbares, Il sait pourquoi il combat et quelle cause sacrée se confie à sa prouesse. Debout, ses armes à la main, le cœur intrépide, le front haut, les yeux illuminés d'mie clarté radieuse, il est le digne héritier d'une ligne immémoriale, le continuateur d'une tradition plusieurs fois millénaire, le champion de la grande querelle qui ne laissa jamais personne indifférent au pays des chevaliers sans peur et sans reproche, et pour laquelle se sont battus les Français de
OFFICIERS ET SOLDATS lÔQ
tous les temps... Grâce à lui s'ouvrira une ère nouvelle.
Par lui va naître, dans la douleur et dans le triomphe, un
monde renouvelé, oii les peuples affranchis du joug des
Barbares seront enfin libres de respirer, de travailler,
d'espérer et de croire... *
René Doxjmic.
(Discours sur le Soldat de 19 14, prononcé devant V Institut de France dans sa séance publique annuelle.)
I,e chapitre qu'on va lire contient de nombreux traits de vaillance recueillis un peu partout au hasard de nos lectures. Nous regrettons que quelques-unes des armées alliées en soient absentes et que d'autres y occupent une si modeste place, et cela faute de documents. Nous aurions voulu en particulier que les troupes belges qui incarnent pour nous l'héroïsme durant la guerre actuelle, eussent une large part dans nos récits. Mais, outre la difficulté que présente une sélection de ce genre lorsqu'une armée et un peuple tout entiers sont animés de l'esprit qui fait les héros, les journaux belges ont pour la plupart cessé de paraître depuis l'occupation allemande, ou ne nous sont point parvenus.