‹ Héros. Episodes de la grande guerreChapitre 13 sur 46 · I^E SOLDAT BELGE · texte numérisé non relu

I^E SOLDAT BELGE

(D'un correspondant du Matin d'Anvers, qui, — du 3 août au 12 octobre, — vécut de la vie des soldats belges, ses compatriotes, aux avants-postes et dans les tranchées.) Fait prisonnier, roué de coups, blessé à ;ia jambe, condamné à mort comme « espion et franc-tireur », il réussit à se sauver à l'heure où commençait, avec l'agonie de la place fortifiée d'Anvers, la plus subHme des pages de l'histoire de la petite mais fière et indépendante Belgique.'

I^e soldat belge est petit ; il n'est guère fameusement équipé ; il a l'air chétif ; il se plaint volontiers. Mais

lyo HÉROS !

sous le feu et au front il est incomparablement calme, décidé...

A Boucelles devant Liège, dans une tranchée, le sergent Benoît, du 9^ de ligne, reçoit à mes côtés une balle dans l'œil gauche ; il se lève et dit à son chef : « Commandant, je m'en vais ; ça n'est plus de jeu, ces Allemands ne regardent pas où ils tirent. »

Sur le champ de bataille de Haelen-lez-Diest, et pendant que, dans mon auto, trois généraux visitaient les lieux où nos carabiniers et nos lanciers avaient, en perdant 125 hommes, tué 3 ou « hussards de la mort », un carabinier cycHste met pied à terre, tire cinq balles, abat au loin cinq uhlans, puis, se retournant vers le général divisionnaire qu'il escortait, balbutie : « Excusez, mon général, « c'a été plus fort que moi ! »

Près d'Aerschot, un sergent du génie aperçoit un train chargé de soldats allemands ; le mécanicien et le chauffeur sont descendus de leur locomotive ; le sergent prend leur place et ramène, tout seul, trois cent vingt prisonniers, leurs armes et leurs munitions.

A Haecht, devant lyouvain, le lieutenant Fernand Gilles, du ...^ de ligne, tombe, grièvement blessé à la jambe droite ; pour maintenir ses hommes dans la tranchée, il conserve son sang-froid, commande pendant deux heures encore, s'évanouit et, longtemps après la retraite, son sergent et son caporal viennent à sa recherche et le sauvent.

Car nos officiers, très instruits, sont éminemment braves. Ils sont peut-être en nombre insuffisant ; leurs rangs ont été considérablement fauchés, mais ils ne connaissent que leur devoir. Ils se font tuer, comme le lieutenant Clooten, en chantant des airs martiaux; ils meurent.

comme les commandants De Wit et Piraux, des forts de Waelhem et de Kessel, en faisant sauter leurs positions tandis qu'ils achèvent leur pipe ou leur cigare ; peu d'entre eux sont prisonniers, car ils préfèrent la mort à la reddition. I^a France n'a-t-elle pas magnifié avec nous le nom du tacticien stoïque que fut le général lycman, tombé avec le fort de Loncin et comme lui mis hors de combat...

J'ai vu à l'œuvre quotidienne de la guerre nos stoïques et braves gendarmes. « Que n'ai-je dix mille gendarmes!» disait une haute personnalité militaire belge. Les gendarmes de chez nous ont une religion, leur consigne, et, comme ils sont choisis parmi les vétérans les plus intelligents et les plus loyaux, ils sortent à leur honneur des situations les plus pénibles et les plus critiques. On dirait qu'ils sont nés pour la guerre tant ils sont fougueux et ardents, cependant qu'aux heures des retraites et des combats sanglants ils aident perspicacement les vaillantes infirmières de la Croix-Rouge.

Je m'en voudrais d'oublier nos petits carapat's, nos carabiniers, ces « diables verts » dont les Allemands ont mis la tête au prix de 25 marks, ces tireurs merveilleux et pondérés qui consacrent chacune de leurs cartouches à la mise sur le flanc d'un fantassin ou d'un cavalier ennemi. Seul, ou en groupe, le carabinier belge, piéton ou cycliste, sait qu'il n'a pas à compter sur la miséricorde allemande. A Haelen, une compagnie de cette arme arrêta pendant huit heures un corps allemand tout entier et finit, lorsque des lanciers l'appuyèrent, par obliger l'ennemi à battre honteusement en retraite.

Parlerai-je de nos « piotes », de nos << lignards », dont

les régiments se firent joj-eusement décimer, sans jamais se plaindre ? En France, nos 9^, 25^ et 23e de ligne eussent, depuis longtemps, reçu la croix de la Légion d'honneur. Ces régiments belges ont perdu leurs officiers, la fine fleur de leurs hommes et sont restés fidèlem.ent à leurs postes, parce qu'ils savent que la guerre, au point de vue belge, c'est la lutte suprême pour l'honneur, la liberté et l'indépendance de la race.

lycs Allemands ont, depuis longtemps, rendu hommage à notre division de cavalerie, que dirige le général De Wit ; ils ont, de plus, consacré la réputation de nos artilleurs, dont ils ont coutume de dire que « les pointeurs sont colossalement forts ». Nos pionniers, nos soldats du génie travaillent remarquablement avec des officiers dont la réputation est établie...

D'ailleurs, comment notre armée ne serait-elle pas brave? Elle a à sa tête de bons généraux, et ce chef énergique et bon à la fois qu'est Albert I^^. Je ne suis ni adulateur ni courtisan ; je tiens cependant à dire pourquoi j'aime et admire le roi des Belges.

Je l'ai vu dans les tranchées. Il goûtait la soupe des guerriers; pendant les combats, il s'avançait si loin vers le front que j'entendis plus d'un simple soldat me dire : « Faudrait qu'on lui défende de s'exposer ainsi ; pensez donc quel découragement ce serait s'il lui arrivait malheur ! » Il était dans Anvers à l'heure du bombardement; il commanda la retraite de notre armée... et je le saluai, à l'aube de ce 16 octobre, jour où ce qui restait de civil en Belgique, s'en allait par la mer, par la côte, en bateau, en barque, en auto, à bicyclette et à pied, vers l'Angleterre ou la France hospitalières.

I,ui, Albert I^r, roi d'un paj'S riche hier, et aujourd'hui

OFFICIERS ET SOLDATS iy3

pays de miséreux, est demeuré avec sa femme, la relue Elisabeth, et ce qui reste de sa vaillante armée, sur le sol belge. Gloire à Lui I

Maurice Gauchez.

PÈRE ET FII.S.

Le sous-lieutenant Vincent Fol que, fils du colonel Folque, vient de trouver une mort glorieuse dans des circonstances particulièrement tragiques. Sorti récemment de Polytechnique, ce jeune officier avait été attaché au régiment de son père. Vendredi dernier, celui-ci ayant à confier à un de ses officiers une mission périlleuse, vit son fils se mettre sur les rangs et solliciter l'honneur d'être désigné. Le colonel Folque, en dépit du péril menaçant, n'écoutant que son devoir, désigna son fils. Quelques heures après, le sous-lieutenant Folque tombait mortellement blessé.

Honneur à ces deux admirables Français, dont l'héroïsme restera un exemple vivant du plus pur patriotisme.

(Débats.)

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