I,ES PRÊTRES HÉROÏQUES
I/es traits d'héroïsme accomplis sur le champ de bataille par des prêtres [ne se comptent pas. En voici mi ou deux à titre d'exemple :
Un prêtre était avec nous, raconte un blessé parisien; je l'ai vu monter sur le remblai, afin qu'on pût le voir de toutes les tranchées, et, restant là au milieu d'une
volée de balles, faire la prière pour le bataillon et donner la bénédiction. Il était sur la brèche, on peut bien le dire... Il n'a pas été touché.
Il n'est pas une liste de morts tombés au champ d'honneur et portés à l'ordre du jour de l'armée où ne figurent des prêtres. Celui-ci était porte-drapeau ; cet autre, proposé pour lalvégion d'honneur, s'est fait tuerie jour même; un troisième, voyant fléchir sa compagnie, — il était lieutenant, — a bondi en avant : « Je suis prêtre ! je ne crains pas la mort ! Kn avant, tous ! » Il a emporté la position, mais il est tombé criblé de balles.
Et on nous raconte encore ceci : après la bataille, parmi les blessés et les agonisants, un soldat moins blessé rampe et souffle à l'oreille des mourants : « Je suis prêtre, recevez l'absolution. » Et il bénit, d'une main mutilée...
Fraternité inter-ecclési asti que.
Voici, venant du front, une anecdote humoristique : Un corps d'armée français était accompagné à la fois d'un aumônier catholique et d'un rabbin juif. L'abbé N... et le grand-rabbin G... vaquaient souvent ensemble à leur mission commune auprès des blessés. Un soir qu'ils avaient tous deux peiné durement, secourant les blessés, consolant les mourants, ils ne trouvèrent, en rentrant au village, qu'un seul lit disponible. Tous deux étaient épuisés de fatigue ; ils s'y couchèrent tout habillés. Au moment de s'endormir, l'abbé se tourne vers le grand-rabbin et lui dit : « Quel dommage qu'il n'y ait pas ici un photographe pour prendre un instantané : l'Ancien et le Nouveau Testament dormant dans le même lit ! »