QUEI<QUKS TRAITS DE BRAVOURE
Quinze jours durant, un certain régiment n'avait pas quitté ses tranchées. On annonça aux hommes qu'ils pouvaient se retirer pour faire place à des troupes fraîches. Mais ils répondirent gaiement : — Non, merci, nous sommes très bien ici. Nous connaissons toutes les ficelles, nous autres, tandis que ceux qui nous remplaceraient pourraient bien avoir à souffrir de leur ignorance. Mieux vaut nous laisser ot nous sommes.
( Gréai Deeds.)
IvC capitaine T. Scott, de la Royal Field lArtillery, arrivé blessé du front, raconte l'histoire que voici :
I^e combat autour d'Ypres fut d'un acharnement sans pareil. Par moments, c'était une vraie boucherie. La résistance de nos troupes fut extraordinaire. D'une compagnie d'un de nos régiments de la garde, il ne tes-
tait qu'un seul homme. Des centaines d'Allemands s'avançaient sur lui, mais il ne voulait ni se rendre ni s'enfuir. I^es ennemis ne purent s'empêcher d'admirer son sang-froid et lui crièrent de se rendre.
— Me rendre ? Allez au diable ! Un soldat de la garde ne se rend pas. Venez me prendre !
Il était posté derrière un arbre abattu. Recommençant de fumer sa cigarette, il tira ses dernières cartouches, puis il se dressa de toute sa hauteur et mit la baïonnette au canon. L'officier allemand donna l'ordre de tirer très bas, de manière à blesser notre camarade aux jambes. Alors il tomba à genoux et reçut la dernière décharge en pleine poitrine.
Le caporal Walter Kerr, ambulancier, écrit:
Un sergent du corps des Royal Engineers vient d'être proposé pour la croix de Victoria. Dans un mouvement de retraite, nos soldats avaient passé un certain pont. Il s'agissait, sous le feu de l'ennemi, de détruire ce pont afin de mettre les Allemands dans l'impossibilité de continuer la poursuite. On y plaça des cartouches de dynamite, mais la mèche avait un défaut, impossible de l'allumer. L'un après l'autre, huit soldats du Royal Engineers tentèrent vainement de la faire brûler, et furent fauchés par les mitrailleurs allemands.
Le sergent de la compagnie chargée de cette tâche périlleuse ne voulut pas envoyer à une mort certaine un neuvième homme. Il décida d'y aller lui-même et s*av«inça en rampant vers la mèche. Ses camarades retenaient leur respiration, s' attendant à le voir réduit en miettes comme les autres. Mais son héroïsme fut récompensé, la mèche prit feu et le pont sauta. Les Anglais étaient sauvés.
OFFICIERS ET SOLDATS 2l3
Episode de i<a guerre coi.oniai,e.
(Lettre d'un motocycliste dans l'Afrique orientale anglaise.)
ly' autre soir, comme la nuit tombait, le capitaine demanda un homme de bonne volonté pour porter un message au camp voisin, et je fus désigné pour cette tâche. Il fallait faire vingt- trois milles sur un sentier qui court en pleine jungle. Je partis pour la randonnée la plus passionnante que j'eusse jamais entreprise.
J'étais équipé d'un fusil d'ordonnance, d'un revolver, d'un couteau de chasse, d'une gourde, d'un havresac et de munitions, portant le tout sur mon dos, une affaire de cinquante livres environ. Je rencontrai d'abord une troupe de babouins, dont certains n'avaient pas moins de cinq pieds de haut. Pendant un mille, ils coururent devant ma lanterne, refusant de se garer et glapissant comme des fous. Je passai à deux mètres d'une de ces brutes, et pour rien au monde je n'aurais voulu tomber entre ses pattes. Enfin ils bondirent dans les broussailles et disparurent.
Impossible de décrire tout le gibier qui rôdait aux alentours du sentier: je me promettais d'en tirer quelques pièces le lendemain. Je vis entre autres deux superbes léopards ; l'un d'eux me laissa approcher à trois mètres, puis il crut plus prudent de se mettre à l'abri de ma lumière aveuglante et du ronflement de mon moteur. Il ouvrit la gueule et poussa un rugissement, puis il fit un bond de côté. Je filai à toute vitesse, de crainte qu'il ne s'avisât de me poursuivre.
Quand j'arrivai au camp, tout le monde était debout: on m'avait entendu de loin. Je remis mon message au capitaine qui me fit entrer dans sa tente et me donna à
boire et à manger. Je lui narrai l'incident des léopards et il me raconta qu'avant mon arrivée deux sentinelles avaient été enlevées par des lions.
(Daily Mail.)
Heureux i.es épis mûrs !
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre... Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles. Couchés dessus le sol à la face de Dieu... Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu Et les pauvres nonneurs des maisons paternelles... Hemeux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans la première argile et la première terre. Heureux ceux (jui sont morts dans une juste guerre. Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.
Charités Péguy
(tombé au champ d'honneur le 5 septembre).