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DÉVOUEMENT DES INSTITUTEURS

Les fédérations et amicales d'instituteurs ont montré un dévouement magnifique. Dès les premiers jours, les foyers de ceux qui ne sont point mobilisés s'ouvrent aux réfugiés belges et accueillent leurs enfants. Les sacrifices de toute sorte ne coûtent point ; et l'on voit telles amicales consacrer un dixième des traitements à combattre la misère.

Faire son devoir à toute force, faire le bien comme le premier devoir, se donner tout à tous, et s'unir à tous dans la souffrance en commun, tel est l'esprit qui anime en ce moment les maîtres de notre enseignement primaire

[Temps.)

Les instituteurs et professeurs mobilisés se sont vaillamment battus, nombre d'entre eux sont morts au champ d'honneur, beaucoup d'autres se trouvent parmi les blessés. Un instituteur, tombé à la tête de sa section, la cuisse broyée par un éclat d'obus, et que l'on a dû amputer, écrit de l'hôpital aux hommes « au milieu desquels il n'aura plus l'honneur de combattre » : Ne vous alarmez pas sur mon sort ; une béquille ne va pas mal à un maître d'école.

« Vous avez raison, monsieur l'instituteur, » s'écrie Franc-Nohain, en contant cet incident aux lecteurs de

VEcho de Paris, « Votre béquille, quelle plusj^héroïque et plus glorieuse leçon ? »

L'image et la chanson.

La bonne gaieté aide à supporter bien des désagréments, et distrait un instant des préoccupations et 'des angoisses. Le peuple français a gardé au milieu de son sérieux, de son énergie et de sa décision, une pointe de malice et d'humour, qui perce non seulement dans les conversations, mais dans les chansons et les caricatures.

Les plaisanteries des cartes postales de 1914 sont d'un sel un peu gros. En voici cependant une qui a de la fmesse. Elle s'intitule la Ronde des enfants bien appris et représente les nations alliées tournant autour d'un gâteau qu'un gigantesque couteau va partager. Hors de la ronde, une petite Napolitaine hésite. On lui dit :

Entrez dans la danse, Voyez comme on danse :

Sautez, dansez.

Et vous aurez C'que vous voudrez.

Voici les couplets d'un Carillon de Victoire, paru

dans la Guerre sociale, sous le nom de Silvain Pitt :

Tous les noms de France sont beaux !

Noms de villes, noms de coteaux.

Noms de forêts, noms de hameaux.

Noms de chênes et noms d'ormeaux.

Noms de gens et noms de pays.

Noms de vins, noms de cidre aussi.

De Bretagne ou de Normandie, D'Ile-de-France ou Picardie !

Noyon, Guiscard et Coucy !

Quertancom*t ! Lassigny !

Compiègne !

Compiègne !

Buvons à la'santé de la Franc', mes amis. Et Bordeaux et Bourgogne, et Champagne et Cléry ! Amis de l'Angleterre, amis de la Russie, Amis de Cracovie, amis de Varsovie, Que chaque coin de terre repris à l'ennemi. Lavé par notre sang nous devienn' plus chéri ! Montmirail ! Luzancy !

Meaux ! Nanteuil ! Château-Thierry !

Pologne !

Pologne !

Comme nous, verre à verre.

Cœur contre cœur, Sonnez, cloches ; canons, tonnez dans l'air

Sans reproche et sans peur.

Sonnez pour nos parents, sonnez pour nos amis ! Sonnez pour ceux qui naissent, pour ceux qui se'marient ! Sonnez seconde et quart, tierce de Picardie ! Sonnez pour ceux qui meurent au front de la Patrie ! Pour Liège et pour Louvain, et pour Bruxelles aussi. Pour Compiègne et Maubeuge, pour Reims et pour Nancy t Saint- Quentin ! Saint-Denis !

SenHs ! Soissons et Corbie !

Péronne !

Péronne !

La France est en danger !

Si le bronze vient à manquer, Cloches et carillons.

Sortez de vos clochers.

Devenez des canons !

Quand la Patrie sera ressuscitée, Les nouvell's Pâques quand il faudra chanter, En cloches nous vous refondrons !

Blévancourt ! Carlepont ! ,

Sens ! Tonnerre ! Clermont ! Dijon !

Argonne !

Argonne !

Châteaudun, Domrémy !

Lyon, Rennes, Strasbourg et Paris !

Versailles !

Versailles !

Certaines chansons ont la note franchement comique. M. Montehus se réjouit ironiquement de ce que la censure nous distribue si parcimonieusement les nouvelles de la guerre :

Heureusement qu'nous avons la Censure.

Sans eir, chaqu'jour, on s'ferait du tourment ; C'est qu'vous savez, les mauvaises lectures. Cela influ* sur le tempérament.

Pas de nouvell's, comm'on dit, bonn's nouvelles. Puis, ça repos' messieurs les rédacteurs ; Iva guerr', comm'ça, nous paraît moins cruelle ; Vivent les Censeurs !

IvE CHANSONNIER BOTREI,.

Millerand a fait une jolie chose. Il a chargé Botrel, le chansonnier que vous connaissez, de se rendre « dans tous les cantonnements, casernes, ambulances et hôpitaux, pour y dire et chanter aux troupes ses poèmes patriotiques. » Et depuis le commencement de septembre, le bon chansonnier circule au milieu de nos troupes de l'Est, amusées et intéressées. Je rêvais de l'entendre et de voir son public, et justement voici qu'à Belfort, au rez-de-chaussée de l'hôtel oii vivent familièrement tous les officiers et l'aimable préfet patriote, quelqu'un me dit :

— Botrel est ici.

— Ah ! c'est un brave garçon plein de cœur et qui sait son affaire. Je voudrais beaucoup l'applaudir.

— Rien de plus aisé. Matin et soir, on groupe autour de lui les soldats, et dans l'intervalle il s'en va chanter auprès des blessés.

IvC lendemain matin, fort aimablement, on est venu me chercher et me conduire au quartier, dans l'immense

Photo. Syral

IvB GRAND DUC NICOI^AS NICOLAIÉVITCH

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