LÉON CURY
Une petite héroïne.
On sait comment le commandant du fort de Troyon joua les Allemands en leur faisant croire à l'abandon des ouvrages, et leur fit payer cher leur illusion. Ses canons et ses fusils en couchèrent 7000 sur les glacis du fort. Mais on n'a pas dit comment il fut averti de l'approche des assaillants, ce qui lui permit d'organiser son stratagème.
C'est par une fillette d'une douzaine d'années que la garnison du fort connut la marche des Allemands.
A quelque distance des ouvrages avancés se trouve une auberge dont les soldats de la garnison appréciaient fort le fin moka. Plusieurs d'entre eux y descendaient le matin de bonne heure pour s'approvisionner de ce « jus » parfumé. Un jour, ils furent devancés à l'auberge par des uhlans. Il fallait avertir les Français. Une petite gamine s'en chargea. Grimpant les raidillons qui montent jusqu'au fort, elle courut vers les soldats déjà en route pour venir déguster le café, et elle leur apprit en deux mots la nou-
velle. Les Français remontèrent rapidement vers le fort, et, quelques instants après, le commandant préparait aux Allemands une réception imprévue.
Il ne faudra pas oublier la petite gosseline qui a sauvé le fort de Troyon.
DÉVOUEMENT FII^IAI,.
Dans un petit village entre Paramé et Rothéneuf, quarante-cinq réfugiés belges ont été hospitalisés. Ces pauvres gens ont quitté leurs caves de Charleroi à demiasphyxiés par la fumée de l'incendie et n'emportant que les vêtements qu'ils avaient sur eux. Un prêtre est allé les visiter et, remarquant une bicyclette presque neuve, il a demandé à ces infortunés comment ils avaient pu l'apporter. Eux de répondre :
— C'était pour sauver le vieux père, qui a 72 ans et qui est paralysé. Ses deux petits-fils, qui ont 15 et 17 ans, l'ont hissé sur la machine et, se tenant à droite et à gauche, l'ont ainsi poussé pendant cinq jours jusqu'à I^aon, où on les a mis en chemin de fer.