DENISE CARTIER
C'était un dimanche matin, le 27 septembre. I^a petite Denise Cartier, âgée de treize ans, qui habite à la rue de la Manutention, près de l'avenue du Trocadéro, allait chercher du pain. Soudain un « Taube » paraît, bien haut dans le ciel ; l'aviateur allemand jette un obus, qui tombe tout à côté de la petite Denise. Renversée par l'explosion, la pauvre enfant est grièvement blessée à la jambe. I^a première parole qu'elle adressa au gardien de la paix accouru pour la relever fut : « Surtout ne dites pas à maman que c'est grave ! »
Transportée à l'hôpital Beaujon, Denise Cartier y subit l'amputation de la jambe droite. Son entrain et sa vaillance firent l'admiration de tout le personnel de Beaujon. Pour donner du courage à sa maman, elle trouva même la force de sourire au chirurgien qui allait l'opérer. Dès qu'elle put s'asseoir dans son lit, Denise demanda de la laine et des aiguilles pour tricoter pour les soldats.
— C'est plus utile que de courir ou de sauter à la <iorde, dit-elle. Et puisque je t'assure que ça m'amuse autant...
lya maîtresse d'école de Denise est venue lui apporter le prix de courage, et certes l'héroïque fillette l'avait mérité.
Franc-Nohain ayant raconté l'histoire de Denise Cartier aux lecteurs de VEcho de Paris, une petite fille de douze ans a apporté à son papa le contenu de sa tirelire en lui déclarant : « Tu devrais envoyer cette pièce à Franc-Nohain, et lui demander de dire à toutes les petites filles de France de vider aussi leur tirelire dans la tirelire de Denise Cartier ! » D'autres enfants suivirent son exemple et l'on put remettre à la maman de la petite Denise une jolie somme pour sa fille.
« De quels billets touchants, avec de grosses lettres malhabiles, sont accompagnés la plupart des envois que j'ai reçus! écrit Franc-Nohain. Depuis le farouche petit garçon qui « voudrait bien que le méchant qui a fait du mal à Denise soit puni », jusqu'à la jeune « arpète » qui « a économisé i fr. 15 sur les quelques sous que lui remet chaque jour sa pauvre maman pour son déjeuner... »
» Mais je veux vous conter ce qu'a imaginé l'astu-
cieuse Marie-Rose, pour avoir deux sous à envoyer à Denise. Elle avait une dent qui « remuait » et sa maman lui avait promis deux sous si elle la faisait « sauter »... Ses huit ans avaient jusqu'ici reculé devant le geste audacieux ; mais quand elle a su l'histoire de Denise Cartier, elle a eu honte de sa faiblesse, elle a pris son courage à deux mains et sa dent de lait au bout d'un fil : et Marie-Rose a eu les deux sous qu'elle m'a bien vite et triomphalement apportés... »
Toujours gaie, Denise se porte bien à l'heure qu'il est; elle pourra retourner à l'école avec une jambe artificielle offerte par un fabricant.