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I,ES BOY-SCOUTS

L'association des boy-scouts a rendu dans cette guerre des services immenses, non seulement en France, mais en Belgique, en Angleterre et dans les pays neutres.

M. Thiébault-Sisson écrit dans le Temps du 14 août.

« Dans toutes les classes de la population belge, tout ce qui ne porte pas les armes s'ingénie à se rendre utile. Quantité d'hôtels particuliers ont été transformés en ambulances, et il a poussé partout des boy-scouts. Pas une famille un peu aisée qui n'ait donné ses enfants à cette institution et qui ne les encourage à accepter les disciplines les plus dures et les tâches les plus pénibles. D'une administration publique à une autre, du ministère de la guerre à tous les services qui en dépendent, les plus âgés font le service d'estafettes, et, courbés sur leurs bicyclettes, portent les dépêches sans se lasser. Les plus jeunes, à la municipalité, dans les hôpitaux, dans les minis-

tères, font office de plantons, gardent les portes, surveillent les antichambres et s'acquittent de ces divers emplois avec une attention réfléchie très au-dessus de leur âge. Deux jours de suite, au ministère de la guerre, j'ai rencontré de faction un de ces petits bonshommes dont la physionomie m'avait intéressé. Je l'ai interrogé. Il avait treize ans seulement. Il était astreint à un service régulier de sept heures du matin à sept heures du soir, et deux fois par jour faisait ses deux heures de faction. » I^es tout petits, ceux qui comptent de huit à douze ans, font des quêtes en vendant des cartes postales au profit de la Croix-Rouge. Ils parcourent les places publiques, les rues et les parcs, en agitant leur tirelire de ferblanc, ou en offrant avec un sourire au passant leurs vues à deux sous de Bruxelles et des environs, des vues qui plus tard feront prime. Aussi s' arrache- t-on ces morceaux de bristol dont le verso, laissant intacte une moitié réservée à l'adresse, porte sur l'autre moitié, en lettres grasses, imprimée en rouge, l'inscription suivante :

» L'union fait la force I Vive la Belgique ! »

Un correspondant belge raconte le trait que voici : « Le premier uhlan qui fit son entrée dans lyiége n'était pas fier. S'étant égaré dans les bois qui s'étendent à l'est de la ville, n'ayant guère mangé depuis deux jours, il avait été rencontré, tout à coup, par un de nos boy-scouts. Si les scouts sont intelligents et dévoués, en général, ceux de Liège sont doués d'une intrépidité peu commune. Notre boy, qui était à bicyclette et portait une dépêche à un commandant d'avant-poste, dès qu'il aperçut le uhlan, descendit de sa machine. Il fit un geste qui semblait vouloir arrêter derrière lui un groupe de

camarades; puis, s'adressant au cavalier perplexe, il lui cria dans ce mauvais allemand que pratiquent beaucoup d'écoliers liégeois : « Rendez-vous, ou vous êtes mort ! »

» Le uhlan, jetant ses armes, hurla : « Nicht kapout ! » I^e boy-scout s'approcha : avec un morceau de chocolat

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il rassura le grand diable d'Allemand, puis le tenant par un bras et tirant derrière lui le cheval du captif, sur le dos duquel il avait chargé et les armes du vaincu et la bicyclette du vainqueur, il s'en fut porter sa dépêche. Sa mission accomplie, le boy-scout fit sa rentrée dans I/iége. lyC contraste était singulier entre ce géant teuton

et son gardien à peine haut comme deux bottes ; le boy fit prendre à son prisonnier le chemin des écoliers pour rentrer au quartier général de la position fortifiée : vous concevez le succès qui lui fut fait dans les rues de la populeuse cité liégeoise ! »

Albert I^^ vient de décorer un boy-scout pour récompenser son extraordinaire vaillance. Il s'appelle I^eysen ; il est né à lyiége. Il a découvert et arrêté onze espions, qui ont été passés par les armes. Il a surpris des mouvements de l'ennemi parti pour un coup de force, et ainsi déjoué sa tentative en prévenant les troupes belges.

Quand l'armée belge rentra dans le camp retranché d'Anvers, il la suivit et s'offrit alors pour porter à Bruxelles des dépêches officielles. Et dimanche, il réussissait à franchir les lignes allemandes et à remettre à ceux à qui elles étaient destinées les missives qu'on lui avait confiées pour informer Bruxelles de ce qui se passait en France et en Russie.

I^e gouvernement belge a amené avec lui au Havre un jeune boy-scout nègre qui lui a, dit-on, rendu nombre de services.

I^es éclaireurs de France n'ont probablement pas eu la bonne fortune de capturer des Boches. Ils ne s'en sont pas moins rendus indispensables. Les municipalités et les commissariats de police les ont utiHsés comme plantons ou comme estafettes. Quant aux sociétés de secours aux blessés ou aux réfugiés, elles ont confié aux jeunes éclaireurs des missions souvent délicates. C'est ainsi que des convois d'enfants évacués de la zone des forts parisiens ont été accompagnés jusqu'au fond de la Bretagne et surveillés pendant de longues semaines par des boyscouts de seize ou dix-sept ans. Et il fallait voir comme

ceux-ci savaient bien mener tout ce petit monde indiscipliné ! Enfin, dans plusieurs régions de la France, les éclaireurs ont aidé à faire la moisson.

Quant aux éclaireurs anglais, hollandais et suisses, ils sont fort occupés depuis que des foules de malheureux Belges se répandent dans les pays voisins. Ce sont eux qui se chargent des baluchons, qui portent les petits enfants, qui rendent mille services aux immigrés. « I^a plupart des réfugiés belges, dit le journal illustré The War, sont des voyageurs accablés de chagrin et de fatigue, et par conséquent peu débrouillards. Il faut qu'on s'occupe de chacun d'entre eux individuellement, qu'on le conduise à la gare, qu'on le mette dans son train, qu'on lui explique tout l'itinéraire de son voyage. On n'en viendrait jamais à bout sans les boy-scouts. »

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