‹ Héros. Episodes de la grande guerreChapitre 31 sur 46 · I,KS BONS MOTS DE GAVROCHE · texte numérisé non relu

I,KS BONS MOTS DE GAVROCHE

... Après un bon mot, on est moins rancunier. ly' esprit est la soupape de la colère. Il jette le mauvais lest, et l'on repart d'un bond dans l'air plus pur. lycs « Taube », le mois dernier, survolaient Paris, vers les six heures du soir, et laissaient tomber leurs bombes, très efficaces. I^a foule accourait, pour « voir ça ». On stationnait, on braquait des jumelles. I^e « Taube » une fois signalé, on s'impatientait si le jet tardait : « Bh ! le pigeon, là-haut, lâche donc ton œuf, qu'on puisse aller dîner! » Ainsi s'exclamait un jour Gavroche. Bt quand les bombes multiplièrent leur mitraille, il maugréa : « Voilà qu'on ne pourra plus sortir sans parapluie, maintenant ! »

C'est lui enfin qui, le troisième jour de la guerre, occupé à suivre un défilé de soldats, dut tout à coup se découvrir devant un enterrement, au coin de la rue. et.

la casquette à la main, on l'entendit murmurer entre le haut et le bas : « C'est maintenant que tu choisis pour mourir, toi ? Bt ben, vrai, t'es pas curieux ! »

(S. RoCHEBi,AVE. Semaine littéraire de Genève.)

IvES GAMINS DE BRUXEI,I.ES.

Il existe à Bruxelles un quartier très populaire, celui des MaroUes, où l'on parle un invraisemblable jargon mi-wallon, mi-flamand, et où l'on n'a pas désarmé devant l'envahisseur. I^es journaux racontent les amusantes blagues que les Marolliens ont faites aux occupants.

A peine les Allemands étaient -ils entrés que tout gamin bruxellois, à quelque classe de la société qu'il appartînt, perça un trou dans sa casquette ou dans son chapeau et y fit apparaître une carotte. Depuis un mois et demi, des cohortes de gamins défilent ainsi devant les Prussiens ahuris, singeant leurs casques à pointe, à la grande joie des passants.

Les Allemands, ayant placé sur la galerie qui contourne le Palais de justice deux canons, la gueule tournée vers le quartier populaire des Marolles, dès le lendemain, les Marolles à leur tour se mirent en état de défense, et l'on vit apparaître sur les toits, dressés vers le Palais de justice cette fois, une quantité invraisemblable de... tuyaux de poêle. Il en est de longs, de courts, de gros, de minces ; les toits en sont couverts, plus de mille canons de fer-blanc sont braqués !...

Les Allemands d'abord n'avaient pas compris ; mais on leur a expliqué. Ils sont furieux, mais n'osent rien dire. Voyez-vous le maréchal von der Goltz prenant un arrêté pour empêcher les gens de la rue Haute de placer des tuyaux de poêle sur leurs toits !...

Autre trait. Les Allemands ont réquisitionné à Bruxelles tous les chevaux possibles, jusqu'aux plus lamentables rosses, disent leurs adversaires. Le lendemain de la réquisition, un cortège formidable se dirigeait vers le Palais de justice. Cinq cents gamins s'avançaient, traînant à leur remorque tous les chevaux de bois ou de carton, les ânes à roulettes, les vieux chevaux mécaniques, qu'ils avaient pu découvrir dans les greniers, parmi les joujoux déclassés. Il y en avait à trois pattes et même sans pattes. Et à vingt reprises, à la joie délirante des passants et des curieux attroupés, le cortège défila devant la garde prussienne qui campe au Palais de justice.

Un autre jour, deux cents gosses marchent au pas militaire, puis tout à coup, sur un commandement bref, car il y a un état-major, les soldats en herbe s'arrêtent et se mettent à exécuter sur place le ridicule « Ganseparade », le pas de l'oie, cher aux instructeurs prussiens.

Voici un quart d'heure que cela dure et les gamins n'ont pas avancé d'un pouce. Un officier s'approche et demande aux gosses ce qu'ils font là.

— Ah ! bien ! répond le chef de la bande, on marche sur Paris, et alors, n'est-ce pas, on doit marcher sur place !

L'officier pâlit et fait le geste de saisir son revolver, mais il finit par hausser les épaules et rentre furieux, tandis que la foule applaudit les gamins.

Chaque fois que les Allemands placardent un avis, les gosses en affichent un autre. C'est ainsi que lorsqu'il fut question une première fois de l'arrestation de M. Max, l'héroïque bourgmestre de Bruxelles, ils avaient affiché

l'avis suivant au^coin de la rue Haute et de la place de la Chapelle :

Proclamation.

Si on touche à un seul cheveu de la tête de notre Max, nous déclarons la guerre à l'Allemagne.

U état-major des Marolles.

Ce fut pour les Marolles du délire. On faisait le pèlerinage pour aller lire la fière proclamation. I^es Allemands, furieux, la firent arracher. Mais, entre temps, M. Max avait été relâché, et, gravement, les gamins bruxellois s'en allaient déclarant :

— Vous voyez, hein ? ils ont eu peur !...

Ivorsque les Allemands affichèrent l'ordre de rentrer à Bruxelles, les gamins placardèrent un avis conseillant de n'en rien faire. I^eur proclamation se terminait ainsi :

« I^a Belgique est fermée pour cause d'agrandissement ! »

Elles sont toutes héroïques, les femmes qui ont les leurs sur le front et qui supportent, semaine après semaine et le sourire aux lèvres, la mortelle inquiétude qui les étreint. Nous ne citerons donc que des traits d'héroïsme ou de dévouement d'un autre genre.

Beaucoup de femmes ont, dans les territoires envahis, montré un calme, un esprit d'initiative, un désintéressement surprenants. Il fallait, du reste, une belle crânerie rien que pour rester dans les villes menacées, au plus fort de la panique, et combien de femmes ont eu ce courage, qui ne s'étaient jamais piquées d'héroïsme!

Une personne riche et bonne écrivit à une Parisienne

LES FEMMES ET LES ENFANTS 3o3

qu'elle offrait asile à la campagne à cinq familles pauvres de la capitale. La Parisienne réfléchit, songea à des familles qu'elle connaissait, oti il y avait des enfants, des vieux, et alla le soir leur transmettre l'offre de son amie provinciale. C'était dans une rue où, la veille, une bombe était tombée, tuant la boulangère sur le seuil de sa boutique; c'était au moment où l'on croyait que le siège et le bombardement allaient commencer (et ils savent ce que c'est, les Parisiens) ; le voyage était payé, tout était payé; elle ne trouva personne pour partir, et voici ce qu'une femme lui répondit : « J'aime mieux rester ; mon mari est à l'armée, j'aime mieux avoir aussi ma part de danger. »

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