‹ Héros. Episodes de la grande guerreChapitre 42 sur 46 · GÉNÉROSITÉ RUSSE · texte numérisé non relu

GÉNÉROSITÉ RUSSE

I^e récit qu'on va lire est tiré d'un journal ennemi, ce qui n'est pas sans en augmenter singulièrement la valeur. La Nouvelle Presse libre de Vienne, dans son numéro du 12 novembre, raconte le trait suivant :

Quand les Cosaques entrèrent pour la première fois à Czernowitz, le 3 septembre, le général Arintinof interdisit tout acte de pillage ou de violence. Il se contenterait, dit-il, à l'instar du général autrichien Baumann entrant dans Kamenetz-Podolsky, d'imposer à la ville une contribution de 600 000 roubles à payer dans les vingt-quatre heures, faute de quoi elle serait bombardée et détruite.

I^es autorités, consternées, firent observer au général que tous les habitants riches ou aisés étant partis, la ville ne serait jamais en mesure de payer cette somme.

— Les Autrichiens ont fait cela à Kamenetz-Podolsky,. insista le général en frappant la table du poing : ma fille a dû vendre ses bijoux pour sauver la ville.

Il consentit cependant à réduire la contribution à 300 000 couronnes. L'archevêque en donna 50 000 ; puis

ce fut une procession de pauvres gens apportant ce qu'ils avaient de plus précieux. A force de peine, à l'heure dite, les 300 000 couronnes avaient pu être réunies. Mais quand on voulut les remettre au général Arintinoff :

— Non, non, gardez votre argent, dit- il. Mon but n'a été que de vous rendre sensibles les souffrances de la ville de Kamenetz-Podolsk}^ lorsqu'elle a été rançonnée par les Autrichiens.

Ce que nous enseignent nos héros de 1914, c'est — nous l'avons vu — le courage, l'obéissance, la vaillante gaieté, l'énergie, l'abnégation, la générosité chevaleresque. Mais c'est aussi la modestie : ces jeunes hommes accomplissent des actions d'éclat tout simplement, sans songer à s'en glorifier. Tout au plus se vantent-ils d'avoir « bien travaillé », ou ajoutent-ils au récit d'un fait d'armes que l'on devine exceptionnellement brillant, cette formule : « le capitaine était content d. La gloriole paraît bien vaine sans doute, et le bavardage bien vide, à qui risque à toute heure sa vie.

Ce que nous enseignent nos héros, c'est encore, c'est surtout le patriotisme. Par toutes leurs actions, par toute leur vie sous les drapeaux, ils nous prêchent un patriotisme ardent et désintéressé. Cette guerre n'apprendra-t-elle pas à la jeunesse, plus sûrement que tous les maîtres de morale, que lorsqu'on est Français, « il faut chercher à servir l'humanité en restant solidement enraciné dans les traditions de la France, sans jamais désespérer de la Patrie ? »

Mais pour suffire à cette grande tâche héroïque, il

faut que les jeunes travaillent à se rendre dignes de leurs nobles aînés.

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