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CHAPITRE III

Quelques Généraux des Armées Alliées.

Albert I^r.

De grandes figures illustrent toutes nos armées ; mais le héros des héros est incontestablement le noble roi des Belges, Albert I^^. Depuis le refus indigné qu'il opposa, au nom de son petit peuple, aux déshonorantes propositions de la grande et puissante Allemagne, jusqu'aux fières paroles adressées au début du bombardement des forts d'Anvers au peuple de cette bonne ville, massé sur la place du palais: — «Je compte que chacun fera son devoir et j'espère que je serai le premier à en donner l'exemple. Vive la Belgique ! Vivent nos alliés ! » — chacun de ses discours, chacun de ses actes a été admirable. I^a reine

Elisabeth est de tout point digne de son époux. Durant ces longs mois de malheur, elle a montré une fermeté d'âme qui fait penser à celle des femmes romaines, tandis que sa bonté active, son ingénieuse charité sont d'une philanthropie toute moderne.

Aucun doute que l'un de nos grands écrivains ne tienne à honneur de donner bientôt à notre jeunesse une biographie de ce souverain ami, dont l'héroïsme a peut-être sauvé la France d'un désastre difficilement réparable, de ce roi dont l'exemple nous électrise tous, comme aussi de la tendre et fière reine sur les traces de laquelle toutes nos jeunes filles ont résolu de marcher. Ce livre sera d'une lecture aussi attachante que saine et réconfortante. Kn attendant qu'il paraisse, voici deux ou trois articles tirés des journaux français.

IvES BEI.GES SONT FIERS DE I.EUR ROI.

ly'envoyé spécial du Temps, écrivant de Bruxelles le 1 3 août, cite les paroles d'un Belge :

« Dites bien haut à nos amis de France à quel point nous sommes fiers d'un souverain qui a conscience, comme le roi Albert, de son devoir et qui le remplit dans toute son étendue, avec tant de dignité, tant de droiture et tant d'élévation. Il est l'homme de ses proclamations, et le langage qu'il a tenu devant le monde et dont le monde entier s'est ému, n'est pas une vaine rhétorique : c'est le langage naturel de son âme.

* L'Allemagne n'a pas encore renoncé à essayer de persuader la Belgique qu'il est contraire à son intérêt de continuer la lutte par les armes, et qu'elle ferait beaucoup plus sagement de se résigner à laisser les armées de Guillaume II cheminer paisiblement jusqu'en France, à tra-

vers la vallée de la Meuse. L'Allemagne en revanche lui assurerait, non seulement l'intégrité, mais l'agrandissement de son territoire, une fois la guerre terminée. Le roi des Belges, d'accord avec ses ministres, s'est refusé à tous pourparlers. « L'Angleterre, la France et la Russie, a-t-il dit, ont pris l'engagement formel de nous soutenir dans la lutte que nous avons engagée. Les armées française et anglaise accourent à notre appel et déjà elles sont sur notre sol. Dussent-elles être impuissantes à nous préserver d'un désastre, l'honneur ne nous permettrait pas de reculer... Repoussons ces propositions insultantes et laissons la question se décider par les armes. »

Un Anglais, écrivant de Londres, le 31 octobre, rapporte une conversation qu'il a eue avec un réfugié belge intelligent et cultivé. C'était un riche fabricant ; son usine et sa maison ont été détruites de fond en comble. Aussi l'Anglais s'attendait-il à entendre le Belge se plaindre de ce que la Grande-Bretagne eût laissé si longtemps la petite Belgique lutter seule contre son puissant adversaire. Il n'en fut rien. Le Belge comprenait fort bien que le devoir des Alliés était avant tout de battre les Allemands et que, pour y mieux arriver, il avait pu être nécessaire d'abandonner momentanément la Belgique à son sort.

— Nous autres Belges, ajouta-t-il, nous avons joué de notre mieux notre petit rôle.

— Votre petit rôle ! Comment donc ! vous avez joué celui des Spartiates aux Thermopyles. Vous avez donné au monde une admirable leçon d'héroïsme et d'abnégation. Vous avez étonné l'humanité tout entière.

— Personne n'a été plus stupéfié que nous-mêmes, fit le Belge. Franchement, monsieur, nous n'avions jamais supposé, même en rêve, que nous pourrions nous conduire

aussi bien. Vous comprenez, nous sommes un petit peuple paisible, un peuple d'industriels et de fermiers : nous ne nous intéressons pas beaucoup à la politique et à la guerre. Pour nous transformer, il nous fallait un chef ; c'est à notre roi que nous devons tout. D'une nation de commerçants, d'industriels et d'agriculteurs, il a fait une nation de héros. Quand la guerre sera terminée, il régnera sur un petit pays dévasté et sur un petit peuple ruiné, mais il sera quand même un des plus grands rois du monde !

Le roi A1.BERT PARMI SES SOIvDATS.

Depuis le début des hostilités, écrit un journal d'Anvers, le roi n'a cessé de parcourir les lignes d'avant-poste, acclamé par les troupes.

Mais le roi ne veut pas qu'on l'acclame. Il ne veut même pas qu'on le salue: il descend de son auto simplement et, souriant, la main tendue, il parle aux hommes « en camarade ». Le mot est de lui :

— Nous sommes des camarades, nous devons tous nous aider et nous serrer la main !

Et, s' adressant à un soldat qui tient une enveloppe :

— Vous avez écrit à vos parents ? Donnez-moi cette lettre, je m'en charge...

Il ramène ainsi des paquets de lettres au quartier général...

Mais il faut entendre les petits soldats ! A peine le roi est-il remonté en auto que ce sont des trépignements de joie et d'enthousiasme dans les rangs :

— Tu l'as vu ? Il est épatant, hein, notre Albert !

(Temps.)

Le roi montre autant de sollicitude pour les soldats

lorsqu'ils sont blessés. Avant de partir pour le front des troupes, il mit son palais de Bruxelles à la disposition de la Croix- Rouge.

Caractère du roi Ai^bert.

...Le roi Albert s'est formé tout seul, par ses propres moyens d'investigation, n'ayant comme unique guide que sa volonté ardente de voir et de savoir, de mieux comprendre son devoir, d'accomplir totalement sa mission, d'être enfin une pure conscience.

Conscience, — je m'arrête au mot, — car ce roi est la conscience faite homme. Le devoir prend chez lui une signification si haute, si noble, si forte, qu'il a quelque chose de religieux. Il est des heures de détente nerveuse et morale oti les meilleurs trichent un peu avec le devoir, parce que le cœur est faible et qu'il est parfois doux de se mentir à soi-même ; mais quand ceux qui assument la responsabilité des destinées d'un peuple trichent avec le devoir, ils préparent les désastres et les écroulements. Il faut qu'ils se dressent, de marbre et d'acier, contre eux-mêmes et qu'ils aillent droit devant eux, — fût-ce vers l'ombre et la nuit.

C'est ainsi que le roi Albert a fait son devoir. Il fallait une heure tragique comme celle que nous vivons, pour que ce chef pût s'affirmer dans toute sa noblesse, pour que ce souverain pût donner toute sa mesure.

...Le roi Albert, on ne l'a connu et il ne s'est connu que lorsque, au lendemain de l'ultimatum allemand, il s'est présenté au palais de la nation devant les représentants du peuple pour pousser le cri de guerre contre l'envahisseur. Ceux qui l'ont vu là ne l'oublieront jamais. L'homme timide d'allure, un peu gauche de geste, à la voix un

peu lente et étouffée avait disparu. On voyait un roi dans toute la rayonnante splendeur de ceux qui tiennent haut le glaive, et sa voix vibrait comme une lyre où chante le vent. Stature superbe, les épaules larges, les traits forts, tendus par l'émotion, le regard droit dans les yeux clairs, le geste net, précis, bref, — le geste de ceux qui ne discutent pas, ne transigent pas, ne pardonnent pas, — il symbolisait si bien la nation qui ne veut pas mourir, que des larmes joyeuses montaient à tous les yeux, et que, des bancs socialistes, partit une clameur émouvante qui lança le frisson jusqu'aux entrailles.

...Ce fut le roi Albert, payant de sa personne, partageant avec les soldats toute joie et tout péril, qui mena l'armée, il y a trois jours, à cette belle attaque de Malines, par laquelle il obligea les Allemands, aux prises avec les Français et les Anglais au sud, à ramener vivement 40 000 hommes en arrière.

A l'heure où il risquait sa couronne et où se jouait la vie de son peuple, rien n'a subsisté en lui que la volonté ardente, impérieuse et inflexible de faire son devoir, tout son devoir, quel qu'il fût, le devoir avec toutes les larmes, tout le sang, toutes les ruines, mais aussi toute la gloire qu'il comportait.

Bt c'est pourquoi il est entré vivant dans l'histoire. C'est pourquoi, dans ce pays de Belgique, où nous sommes fortement imprégnés de l'esprit de la révolution et où, de tempérament libéral et frondeur, nous n'avons jamais été flatteurs des grands, ni esclaves des princes, nous saluons le roi comme étant le premier de nos héros. Bt que demain nous apporte la victoire ou la défaite, nous l'appellerons dans notre histoire : Albert le Victorieux !

Roi^AND DE MarÈS. {Temps.)

lyC 9 août déjà, le roi Albert reçut du gouvernement français la médaille militaire, la plus haute distinction qui puisse, en France, honorer un officier général. Bn la montrant à son ministre de la guerre, M. de Broqueville, le roi lui dit à quel point l'octroi de cette distinction, et dans de pareilles circonstances, l'avait ému et touché.

Ordre du jour a i,' armée bei.ge.

Bruxelles, 8 août.

Voici le texte de l'ordre du jour que le roi adressa à Tarmée, après la prise des forts de Liège :

Nos camarades de la troisième division d'armée et de la quinzième brigade mixte vont rentrer dans nos lignes après avoir défendu en héros la position fortifiée de Liège. Attaqués par des forces supérieures, ils ont repoussé tous les assauts. Aucun fort n'a été enlevé ; la place de lyiége est toujours en notre pouvoir : des étendards et une quantité de prisonniers sont les trophées de ces journées.

Au nom de la nation, je vous salue, officiers et soldats de la troisième division et de la quinzième brigade mixte ; vous avez rempli tout votre devoir ; vous avez fait honneur à nos armes et montré à l'ennemi ce qu'il en coûte d'attaquer injustement un peuple paisible, mais qui puise dans sa juste cause une force invincible.

lya patrie a le droit d'être fière de vous.

Soldats de l'armée belge, n'oubliez pas que vous êtes à r avant-garde d'armées immenses dans cette lutte gigantesque et que nous n'attendons que l'arrivée de noa frères d'armes pour marcher à la victoire.

I.e monde entier a les yeux fixés sur vous. Montrezlui par la vigueur de vos coups que vous entendez vivre libres et indépendants.

I^a France, ce noble pays qu'on trouve dans l'histoire associé aux causes justes et généreuses, vole à notre secours et ses armées entrent sur notre territoire.

Bn votre nom, je leur adresse un fraternel salut.

Albert.

Ive correspondant hollandais du Lokal-Anzeiger écrit, au milieu de novembre, que les récents combats sur l' Yser furent très acharnés. Il ajoute que le roi Albert, en uniforme de sous-lieutenant, dirigeait lui-même le feu des tranchées, tandis que la reine Elisabeth soignait les blessés. Malgré la surveillance hollandaise, de nombreux Belges repassent la frontière, rejoignant leur armée.

La petite Reine.

C'est elle, la reine Elisabeth de Belgique.

Physionomie attachante, visage d'attirance qu'illuminent de charme et d'intelligence des yeux gris bleuté, tranquilles et doux, quoique extraordinairement mobiles. Elle semble frêle et si délicate qu'un souffle de printemps pourrait l'emporter. Et cependant, voici bientôt trois mois que, par un prodige d'héroïque courage, sans un jour de repos, sans une nuit de calme, loin des aises coutumières des demeures royales, tantôt à proximité des champs de bataille, tantôt dans les murs de la grande citadelle assiégée, tremblant là chaque nuit pour ses enfants menacés par les bombes aériennes, se prodiguant le jour dans les hôpitaux ou les lazarets entre les blessés et les mourants, elle se refuse à quitter le roi, son époux, et suit la vaillante armée qui, sous la conduite d'un héros, défend ardemment le dernier lambeau du sol des Flandres.

Exemple rare et merveilleux d'énergie féminine et

d'amour. Exemple unique et profondément émouvant de fidélité au devoir, accompli sans forfanterie, avec la modestie précieuse d'une grâce qui veut s'ignorer et d'une charité qui refuse de se faire connaître. Car personne, en dehors de quelques initiés, ne sait où elle se trouve exactement... Sa trace ne se révèle que par les œuvres de bonté et de douceur qu'elle accomplit à l'arrière des champs de bataille, au milieu des populations encore proches des bombardements, au bruit du fracas crépitant de la mitraille.

...Mille traits charmants de délicatesse ont créé, entre les souverains belges et le peuple, un courant extraordinaire de sympathie et d'union que le malheur n'aura fait que cimenter davantage. I^a « petite reine » a pour elle toutes les femmes, toutes les mères. Elle a gagné leur cœur à ce point qu'un chef du parti socialiste me disait un jour qu'un mouvement antidynastique en Belgique était désormais exclu des possibilités. Sa bienfaisance se produit par des actes de la plus touchante spontanéité du cœur.

Il y a quelques années, en visitant une exposition, elle apprit qu'un jeune peintre déjà célèbre, — pourquoi ne pas le nommer, — Eugène I^aermans, était menacé de cécité. lyrC lendemain, elle se présentait dans l'humble demeure que l'artiste habite avec sa vieille mère. Experte dans l'art de l'oculistique qu'illustra son auguste père le duc Charles-Théodore de Bavière, elle lui offrit ses soins, alla le voir plusieurs fois comme ferait un médecin, et eut la satisfaction de lui rendre, avec la vue, le courage et la force morale.

Elle est une Grâce et une Charité. ly'année dernière, dans une de ces laborieuses houillères du bassin de Char-

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leroi, aujourd'hui silencieux et dévasté, éclatait un « coup de grisou », ce gaz asphyxiant, dont les ravages sont terribles. Elle l'apprit. Sans prévenir personne, accompagnée d'une dame d'honneur, elle partit en automobile pour le lieu du sinistre et, de porte en porte, dans l'humble village ouvrier où régnait la désolation, elle distribua des consolations et des secours aux familles des victimes. I^es pauvres gens ne savaient même pas qui était cette « bonne dame ». C'est seulement au moment où elle allait remonter dans son automobile, que l'arrivée du bourgmestre, du commissaire, du directeur de l'usine, et des autorités se confondant en salamalecs et en excuses, révéla à la foule qui elle était.

...Au lendemain de la déclaration de guerre, au grand effroi des marquises, dans l'antre même du socialisme, à la Maison du Peuple de Bruxelles, où une ambulance avait été installée, et dans le grand auditoire où tant de fois avaient été vitupérés la monarchie et ses représentants, des mains calleuses et des yeux humides se tendirent vers elle au milieu d'acclamations sans fin.

Maintenant elle parcourt les lazarets, semant autour d'elle le réconfort, les consolations et les secours à ceux qui ont bien mérité de la patrie traîtreusement violée. Rien, ni les considérations de santé, ni la crainte du danger couru, ni même les angoisses de l'amour maternel qui l'appellerait plutôt à lyondres, où elle conduisit ellemême, il y a quelques semaines, ses trois délicieux enfants, n'ont pu l'arracher à l'accomplissement de ce qu'elle considère comme son devoir d'épouse et de souveraine : être auprès de ceux qui combattent pour la plus juste cause autour du plus courageux des rois.

A son œuvre de séduction, de grâce et de charité.

s'ajoute ainsi une œuvre de haute beauté morale. A tous ceux qui, dans un exil involontaire et cruellement douloureux, attendent l'heure de la délivrance, son image apparaît dans un mirage lointain, comme une fleur d'espoir et d'amour au milieu des ruines fumantes de la patrie.

IvUCY et Maurice Kufferath. (Journal de Genève.)

Dans sa dernière assemblée générale, l'Association des Dames de France (Croix-Rouge française) a décerné à la reine des Belges la grande médaille d'honneur du dévouement.

Hommages a i^a reine des Bei^ges.

Paris, 23 novembre.

Des bouquets à profusion et des secours aux réfugiés belges : Paris a fêté hier dignement la fête de la reine Elisabeth. Une femme française, écrivain de talent, a réussi, après bien des difficultés, à franchir la frontière belge pour offrir personnellement un bouquet de chrysanthèmes à la reine des Belges à l'occasion de sa fête.

« Nous voici, écrit-elle, à F..., sur la place centrale. On se croirait dans quelque étrange pays exotique, un jour de marché. Ecossais, Indiens, Sénégalais sont réunis par groupes. Quelques vendeuses offrent des fruits et des douceurs, une enfant joue avec sa poupée, une bonne vieille femme tricote. Comme la ville est tranquille sous la canonnade ! Qui croirait jamais qu'on se trouve à trois kilomètres à peine de la bataille ! Hors de la ville, on prend un raccourci et Ton arrive à la résidence de la reine. C'est une modeste petite villa de briques rouges.

» — Elle est aussi simple que celle qui l'habite, me dit

une jeune paysanne, accompagnée de deux enfants frisés. Ah ! lorsque nous la voyons le dimanche à la messe, sur les bancs à côté de nous, comme sa voix et son sourire nous encouragent! Bile ne fréquente pas seulement les hôpitaux, ne savez-vous pas qu'elle soigne aussi les blessés sur le champ de bataille ? Avant -hier, je l'ai vue laver les pieds à un soldat blessé ! »

(Gazette de Lausanne.) « aie ♦

IvE GÉNÉRALISSIME .

Le général Jofire naquit le 12 janvier 1852 à Rivesaltes, Pyrénées orientales. Après une brillante carrière militaire dans les colonies, il rentra en France définitivement en 1892. Promu général de brigade en 1901 et général de division en 1905, il commanda la sixième division d'infanterie à Paris, puis le deuxième corps d'armée à Amiens. Il passa ensuite au Conseil supérieur de la guerre et fut nommé chef d'état-major général de l'armée, ce qui, dans notre hiérarchie militaire, est la plus haute situation et fait de celui qui en est le titulaire, le généralissime en temps de guerre.

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