‹ Héros. Episodes de la grande guerreChapitre 8 sur 46 · GENERAL PAU · texte numérisé non relu

GENERAL PAU

QUELQUES GENERAUX DES ARMEES ALLIEES Il3

la cuisse droite. Maintenant, inutile de vous dire que cela va très bien ; il est vrai qu'il a fallu me faire l'amputation du poignet, mais l'opération a donné les meilleurs résultats. Bt comment en serait-il autrement ? Je suis chez les meilleures gens du monde, soigné comme l'enfant de la maison ; les visites, toutes plus affectueuses les unes que les autres, ne me manquent pas.

Assez de moi.

Je n'ai pas besoin de vous dire que je suis inquiet... et puis notre pauvre lyorraine et notre pauvre France î...

Serai- je longtemps pour voler vers Nancy « traînant l'aile et tirant le pied » ? C'est I^a Fontaine qui nous fait la réponse. Bn attendant, mille baisers et à bientôt.

GÉRAI.D Pau.

ly' héroïsme de cette lettre se passe de commentaire.

Le gênerai, de CASTEI.NAU ET SA FAMII.I,E.

La famille de Castelnau nous fournit un sublime exemple d'héroïsme patriotique. Au début de la campagne, le général de Castelnau avait cinq fils sous les drapeaux.

Le 30 août, le général commandant l'armée citait à l'ordre du jour «le sous-lieutenant Xavier de Castelnau, du quatrième bataillon de chasseurs, qui a fait preuve du plus grand courage au cours du combat du 20 août. Ayant pris le commandement de sa compagnie, il a tenu tête à l'ennemi pendant cinq heures et a été tué au moment oti il venait de le rejeter en arrière par une vigoureuse contre- attaque. »

Ce jeune officier servait dans l'armée que commande

114 héros!

son père. I^a façon héroïque dont celui-ci reçut la fatale nouvelle doit être relatée.

IvC général de Castelnau dictait des ordres quand un officier se présenta devant lui.

— Qu'y a-t-il ? demande le général en se retournant.

— Mon général, répond Tofficier d'une voix qui tremblait, votre fils Xavier vient d'être tué d'une balle au front en donnant l'assaut à l'ennemi, qui a été repoussé.

I^e général reste silencieux une seconde. Puis, s'adressant à son état-major :

— Messieurs, continuons.

Bt il reprend la dictée de ses ordres pour le combat.

I^e 8 septembre, Gérald de Castelnau, fils aîné du général, lieutenant au septième de ligne, était grièvement blessé sur le champ de bataille où son père commandait.

l,e lieutenant fut transporté auprès du général. En présence du père, entouré de tout son état-major, on s'empressa de prodiguer au jeune et vaillant officier les soins que comportait son état. Mais la blessure était extrêmement grave, — un obus allemand lui avait arraché une épaule, — et trois heures après avoir été atteint, le lieutenant rendit le dernier soupir.

I/C général de Castelnau se pencha sur son enfant et l'embrassa. Il dit ensuite cette simple phrase :

— Va, mon fils ! Tu as la plus belle mort que l'on puisse souhaiter. Je te jure que nos armées te vengeront en vengeant toutes les familles françaises.

Et ayant recouvert de son mouchoir le visage de son enfant, il fit le salut militaire et se retira.

I^es témoins de cette scène d'une si grandiose simplicité, et du serment qui l'avait close, n'avaient pu retenir leurs

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larmes, mais comprenant l'exemple de magnifique fermeté d'âme de leur général, ils les essuyèrent vivement.

Et, le suivant, ils se remirent à Tœuvre, pour tenir le serment fait par leur chef en leur nom à tous.

La femme de ce général héroïque, la mère de ces nobles enfants, est animée du même courage stoïque. Bile vit depuis le commencement de la mobilisation dans le Midi. Ceux de ses enfants qui ne sacrifient pas en ce moment, à côté de leur père, la vie qu'elle leur a donnée, sont demeurés auprès d'elle.

Lorsque survint au château la nouvelle de la mort de Xavier de Castelnau, personne n'osait en avertir la pauvre mère. Mlles de Castelnau chargèrent le curé de ce soin.

Le lendemain matin, à la première messe, Mme de Castelnau, selon son habitude, s'approche de la sainte table. Le prêtre n'a pas osé encore lui faire part de la terrible nouvelle, mais en se trouvant brusquement devant elle, il est si vivement ému que sa main qui présente l'hostie tremble comme une feuille dans le vent.

Mme de Castelnau, qui s'étonne, relève la tête, aperçoit le visage bouleversé du prêtre et comprend. Alors, à mivoix, aussi pâle que l'hostie qu'on lui offre, aussi stoïque devant l'autel que son mari là-bas sur le champ de bataille, elle demande simplement, dans un souffle : « Lequel ? »

La mort du lieutenant Gêrald de Castelnau.

Entre Sompuis et Somsois, à douze ou quinze cents mètres au sud de Meix-Tièrcelin, est une ferme sur laquelle les Allemands, pendant toute une journée, firent pleuvoir un ouragan de mitraille. Le vieux ctiltivateur

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qui me guide me montre du doigt une tranchée qui défend les abords de la ferme.

— Il y avait là, me dit-il, une compagnie du septième de ligne. Elle était commandée par un lieutenant qui n'avait guère plus de vingt-cinq ans et qui traitait ses hommes en camarades, avec une gentillesse, une bonne humeur, une gaieté « qu'ça faisait voir que c'était du bon monde ». J'avais entendu le matin un de ses chefs lui dire : « Vous resterez là jusqu'à ce qu'on vienne vous relever. Il faut tenir, et le plus longtemps possible. » Il avait répondu avec un bon sourire : « C'est bien, mon commandant, nous tiendrons. » Et il a tenu des heures et des heures. Un moment avant que les Allemands se soient repHés, un obus a éclaté sur la tranchée, fauchant six hommes et enlevant le bras et l'épaule du lieutenant. Quand on a pu le retirer de là, il était déjà épuisé par une hémorragie terrible, mais il n'avait pas perdu connaissance. « Je suis bien faible, dit-il, pansez-moi ! » Et peu à peu, tandis qu'on le transportait à l'arrière, dans une ambulance, il s'éteignit, répétant toujours : « Pansezmoi. » J'ai su depuis que c'était le fils aîné du général de

Castelnau.

^Thiébaui^T-Sisson. ( Temps . )

Le génêraIvISSime russe.

I/C grand duc Nicolas Nicolaiévitch est peu cosmopolite, il est foncièrement russe. C'est un petit-cousin de l'emperetir. Il a épousé il y a quelques années l'une des filles du roi Nicolas de Monténégro.

Avant d'être appelé à l'honneur de commander les

armées russes, le grand-duc Nicolas commandait le corps de la garde, ces admirables régiments qui viennent de donner toute la mesure de leur courage. Sous ce chef sérieux, payant de sa personne, la garde impériale a été vraiment une élite. Chaque année le tsar lui rendait visite au camp de Krasnoïé-Sélo, à l'issue des manœuvres, et il n'était pas de joie meilleure pour le grand-duc que de présenter à son souverain, le jour de la revue finale, — à laquelle par deux fois a assisté M. Poincaré, — ses troupes merveilleusement assouplies et disciplinées. Les remerciements impériaux aux régiments qui avaient défilé allaient au cœur de leur commandant en chef, qui rayonnait.

lyC grand-duc Nicolas fut notre hôte il y a deux ans. Il vint assister aux grandes manœuvres de l'Est. Nancy a gardé de lui un souvenir ineffaçable. C'est à dater de ce séjour en France que nous comptâmes en lui le plus sûr des amis, le plus chaud des défenseurs. Il avait quitté la Russie avec la conviction que des armées républicaines ne pouvaient être autre chose que des milices sans cohésion ni discipline. On s'imagine aisément quelle fut sa surprise.

« Son Altesse est revenue du tout au tout de son erreur, » nous disait quelques jours après son retour un des personnages de sa suite.

..X' année suivante, ce fut le général Joffre qui vint en Russie. Il fit littéralement la conquête de son collègue princier. Les deux chefs s'estimèrent à leur juste valeur ; comme affinité, n'avaient-ils pas tous deux une semblable modestie ? Le grand-duc Nicolas n'eut que prévenances et amabilités pour notre généralissime, lequel put, à son tour, se convaincre de visu des qualités de l'armée alliée.

{Temps.)

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Impressions de journalistes.

Au commencement d'octobre, le gouvernement russe autorisa une dizaine de journalistes russes et étrangers à se rendre sur le front. Ils quittèrent Petrograd le 8 octobre. A leur arrivée au grand quartier général, ils furent reçus par le généralissime grand-duc Nicolas. Voici quelques passages de la première lettre que M. Phedorof vient d'envoyer à son journal, le Rietch :

« lye grand-duc est grand et bien bâti ; il est plus grand de taille que le peintre Kravtchenko et que I^udovic Naudeau, qui jusqu'ici étaient dans notre groupe des géants. Le grand-duc nous enveloppe à son entrée d'un regard attentif et pénétrant : il s'avance, nous tend la main à la ronde, puis retourne à sa place. Je regarde alors attentivement son visage expressif qu'allonge une barbiche grise, et dont tous les traits disent la race et la volonté de fer. »

lye grand-duc souhaite la bienvenue aux journalistes et leur donne des instructions générales. Il dit sa confiance absolue dans le succès final et déclare compter sur la presse pour lui faciliter son œuvre.

« Il parle tranquillement, avec une sincérité qui se marque non seulement dans les paroles, mais dans la voix, dans chaque geste, dans chaque mouvement des traits. Parfois ces traits impérieux s'éclairent d'un sourire et, en s' animant, respirent la bienveillance.

— Oh ! il a l'air du chef 1 l'air du chef ! s'écrie et répète avec conviction Ludovic Naudeau. »

Comment le prince Georges a été blessé.

Nisch, 15 octobre.

La Tribune de Nisch raconte comment le prince Georges de Serbie a été blessé :

Le 19 septembre, le prince quitta Belgrade en automobile pour se rendre sur les positions de Krupany, afin d'y suivre la bataille acharnée, engagée entre les armées serbe et autrichienne.

Dès que le prince arriva près de la position de Matchkowa Glava, il monta à cheval et gravit une petite colline du sommet de laquelle il observa le champ de bataille.

Au premier coup d'œil, il vit que la situation était très critique. Trois bataillons du 5°^® régiment qui opéraient sur cette position étaient repoussés par des ennemis de beaucoup plus nombreux. Les Autrichiens chargeaient avec fureur et s'approchaient des batteries serbes.

C'est alors que le prince remarqua un bataillon serbe qui se trouvait entre lui et le champ de bataille. Se demandant : « Quelle est cette troupe qui ne se bat pas ? » il pique des deux et rejoint au galop le bataillon.

— Bonjour, mes braves, dit-il en arrivant sur les tranchées.

— Bonjour, commandant, répondent les soldats, à la vue d'un jeune homme en uniforme d'officier supérieur.

— Que faites-vous ici ?

— Nous, nous sommes de réserve.

— Et ne voyez-vous pas ce qui se passe là-bas ? dit le prince en leur montrant le champ de bataille. Vous savez que l'ennemi est en train de nous prendre nos

canons et vous restez tranquillement, les bras croisés, dans vos tranchées ?

— Nous n'avons pas d'ordres.

— Où est le commandant ?

— Nous n'avons pas de commandant. Il a été tué ou blessé.

— Allons, mes braves, suivez-moi, je serai votre commandant.

Un instant le bataillon hésite à suivre un officier qu'il ne connaît pas, mais le prince se poste au milieu du front, tire son sabre et s'écrie :

— Soldats ! Je suis Georges, fils de votre roi Pierre. Qui est un brave, qu'il me suive !

A ces mots tout le bataillon fut secoué comme si un courant électrique avait passé. Tous sautèrent hors des tranchées et aux cris de : « Vive le prince! » s'élancèrent en courant sur les traces du chef qui leur montrait la direction avec son sabre, et criait : « En avant ! »

Les bataillons en retraite du 5"^® régiment, voyant leur bataillon de réserve arriver au pas de course, conduit par le fils du roi, à cheval (et non à pied, comme veut le règlement), firent face à l'ennemi sans attendre des ordres.

— Hourrah 1 s'écria le prince.

— Hourrah ! hourrah ! répétèrent trois mille voix, et tout le régiment s'élança sur les Autrichiens qui commencèrent immédiatement à se retirer. L'artillerie, délivrée, recommença son feu sur l'ennemi et, une demi-heure plus tard, la position était prise.

Vers la fin de ce combat épique, le prince, qui s'était retourné pour féliciter les soldats de leur courage, fut atteint par une des dernières balles tirées par les Autri-

chiens, et renversé de son cheval. Mais le combat de Matchkowa Glava était gagné.

Lord Kitchener et i,a France.

Tout le monde sait que lord Kitchener, le ministre anglais de la guerre, s'est engagé dans Tarmée française en 1870. Mais peut-être ignore-t-on que ses relations avec la France ont été de tout temps fort étroites. C'est en France que vivait le colonel Henry Kitchener, père de lord Kitchener. Sa belle-mère, — le colonel Henry Kitchener s'est marié deux fois, — résidait encore il y a peu d'années à Dinan. C'est là que chaque année le futur ministre de la guerre venait passer ses vacances...

Proclamation de lord Kitchener.

lyord Kitchener a fait distribuer à chaque soldat du corps expéditionnaire les instructions suivantes :

Vous avez reçu l'ordre de partir à l'étranger comme soldat du roi pour aider vos camarades français contre l'invasion d'un ennemi commun.

Vous avez à accomplir une tâche qui exigera de vous du courage, de l'énergie et de la patience.

Rappelez-vous que l'honneur de l'empire britannique dépend de votre conduite individuelle. Ce sera votre devoir non seulement de donner l'exemple de la discipline et de la bravoure sous le feu, mais aussi de maintenir lee relations les plus amicales avec ceux que vous aidez dans cette lutte.

]>s opérations auxquelles vous allez participer se dérouleront pour la plus grande partie dans un pays

ami, et vous ne pouvez rendre un plus grand service à votre pays que de vous montrer en France et en Belgique sous le vrai caractère du soldat anglais.

Soyez invariablement courtois, attentionnés et bons. Respectez la propriété d'autrui, et considérez toujours lejpillage comme une action indigne.

On se prépare à vous accueillir et à vous accorder la plus entière confiance. Votre attitude doit justifier cet accueil et cette confiance. Votre devoir ne pourra être accompli que si votre santé est bonne, aussi soyez constamment en garde contre les excès de toute nature...

Faites votre devoir bravement, craignez Dieu, honorez le roi.

Lord Kitchbner.

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