‹ Héros & pantinsChapitre 5 sur 18 · L. Cl · texte numérisé non relu

L. Cl

Bruxelles, le 1er juillet 1883.

En style dépourvu de ces mille- artifices, Dont usent à l'envi tous les diseurs de riens, Simplement, bonnement, je veux chanter mes chiens,

Aucun d'eux ne vécut chargé de bénéfices, A la guise des clercs inféodés aux rois, Et le plus fortuné connut mes désarrois.

Or, pour les célébrer, ces pacifiques botes,

Pas n'est besoin ni de tambours ni de trompettes,

Il suffit amplement d'un fifre au grêle son.

N'est-ee pas, animaux pensants, que j'ai raison De ne point emboucher le clairon de la guerre Pour louer vos ve'rtus qu'on ne cultive guère.

Le premier, tu jappas autour de mon berceau ; Puis après, tu m'appris à pousser le cerceau, Blanc Carabi, vieillard que j'aimais comme un père

Ton successeur, le noir Quasca, d'ailleurs prospère,

Qui n'avait fréquenté ni princes ni châteaux,

But toujours en mon verre et mangea mes gâteaux.

Sévère vint ensuite et me sauva la vie,

Cette vaillante, un soir, qu'un serpent eut envie

De me piquer avec son dard impur la peau.

A Guly, fin barbet, gardant notre troupeau, Sous un rocher sommé d'une rustique vierge, M'est avis que je dois aussi, vraiment, un cierge !

En l'étang d'à côte, je me noyais, marmot; M'en ayant retiré roidi, ne soufflant mot, Il me ranima vite en me léchant la joue.

I 'fi siculcls

Père el Mère, plus tard, me oriaient:« Allons, joue!...» Quand Montagne et Tinrent me traînaient sur un char, Moi, maigre enfanl du peuple, ainsi qu'un gros richard.

El «les que , l'eus quitté, pour apprendre le Code, Mon toit où je tramais quelque idylle ou quelque ode, Le cynique César accompagna mes pas.

0 monts pyrénéens ! vous en souvient-il pas De ce goinfre explorant et souillant la pelouse Du cours Napoléon, en l'antique Toulouse,

Où j'étudiai mieux le gauche que le droit? Kl toi, ville géante et libre, en maint endroit, Tu me vis, ô Taris ! avec mon Monsieur Touche

Incendier des yeux, baiser à pleine bouche La dernière grisette, ivre d'une chanson Qu'un carabin, jadis, fit pour Mimi Pinson.

Ornes chiens !... Aujourd'hui que je suis sobre et sage El qu'une barbe inculte encadre mon visage, Vous ne pouvez, morbleu! vous figurer quel sang

Courait alors en mes veines d'adolescent 1 Ah ! si la giroflée et l'œillet, et la rose D'autan où nul souci ne me rendait morose,

Ressuscites, parlaient de feu tant de printemps, Vous sauriez ce qu'il fut, votre maître, à vingt ans! Parfois, je songe encore à ces jours de folie...

Mais, à Famine, ô Paf, qui faites chère lie, Bien plus heureux, allez, que vos prédécesseurs : Zabre, Râlas, Finette, et leurs frères et sœurs,

Qui, jeûnant de deux jours l'un, à la belle étoile, Dormaient auprès de moi, vêtu, l'hiver de toile, Je vous chéris autant que vos pauvres aînés !.. .

En un livre, bientôt, vous serez couronnés,

Tous; et, demain, mes fils apprendront là, qu'en somme,

Le pire d'entre vous me fut meilleur que l'homme !

P. -S. — Ou Ire que deux stances de cette épître étaient sorties de ma mémoire, et que pour les reconstituer il m'a fallu suer sang et eau, car mon intime entièrement évanoui se gardait bien de me souffler, nos gazettes parisiennes, y compris celle qui la publia à son corps défendant, bien qu'hospitalière entre toutes aux élucubrations des bardes, si j'ose, à l'instar de feu M. Belmontet, m'exprimer ainsi, n'acceptent guère de vers, si transcendants qu'ils puissent être, aussi facilement que la plus plate des proses; et voilà pourquoi ceux-ci, qui n'ont, en somme, d'autre va-

Versiculets

leur à mes yeux que d'avoir jailli spontanément d'une source que je croyais à jamais tarie, iront à leur adressé trois ou quatre mois plus tard que je ne l'eusse voulu. Je le regrette d'autant plus, madame, qu'ils vous seront moins agréables à présent, en mars 1884, qu'ils ne vous l'eussent été naguère, en août 1883, attendu qu'en les recevant aujourd'hui vous chercherez en vain autour de vous ce superbe Sylvio, l'orgueil de votre meute et de sa race, qui triomphait hier à l'exposition d'Ostende, et cette gracieuse Lily dont la prunelle était autrement éloquente que la bouche de beaucoup de nos congénères, et ce subtil Rameau qui reconnut en moi, dès l'abord, un ami né de tous ceux de son espèce, et surtout votre favori, ce gentil terrier anglais à peine aussi gros qu'un rat et qui ressemblait, avec sa langue vipérine, toujours passée entre ses dents minuscules, à l'une de ces Chimères naines décorant les faïences du Japon, ce

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mignon Bébé qu'en souvenir du nabot qui figure dans mon Ompdrailles le Tombeau des Lutteurs, vous avez débaptisé pour l'appeler désormais Dom Kiki. Pauvres bêtes!... Elle ne les épargne pas plus que les hommes, l'impitoyable faucheuse dont tout ce qui respire est tributaire. Oh! mais, laissons cela, pardon! Et puisqu'il faut toujours se résigner à sourire après avoir pleuré, profitez de l'occasion que vous en offrent ici ces rimettes où je me raille de mes tablatures du temps jadis, tant il est vrai que s'il y a, comme l'affirme je ne sais plus quel philosophe, un... goret qui sommeille dans le cœur de chaque hermine, on rencontre aussi tout au fond de la plupart d'entre nous deux compagnons indivisibles : un martyr qui se tord et saigne en présence d'un loustic qui lui fait la nique. Une fois encore, souffrez, chère madame, que je dépose à vos pieds ces humbles versiculets, et plaise aux dieux qu'ils ne vous induisent point en

Versiculets

quelque souci, de quoi je serais si courus et navré que le cœur m'en cherrait, ainsi qu'on disait autrefois en votre pays brabançon, où « toute honnête femme a, d'après je ne sais plus quel prince de Ligne, des ailes d'ange et le gosier d'un rossignol ».

Décembre 1884.

Zéro en Chiffre

Zéro en Chiffre

A Alexandre Séver et Marie Séver des Moulins.

Non moins patriotes que lettrés, vous agréerez l'un et l'autre, je l'espère, mes chers amis, ce récit où /esquisse la figure du vieux soldat de la Révolution qui m'apprit en me berçant sur ses genoux V histoire de la République et de l'Empire, qii il avait non seulement vécue, mais encore écrite sur le marbre et F airain à la pointe de sa baïonnette.

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