‹ Herzen et ProudhonChapitre 8 sur 18 · SANTA · texte numérisé non relu

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universel appliqué non pas aveuglément et pauvrement à la -seule élection d’une assemblée despotique, mais à l’administration tout entière ; c'était la libération de l’homme, de-la commune, du département,-du joug d’un gouvernement fort dont les. moyens de persuasion sont les: armes et les. chaînes ». Un «passage de la lettre X vient -encore préciser le précédent : «II ne-s’agissait pas de se réunirune fois l’an pour élire les députés, -et de retourner de nouveau au rôle passif de gouverné. Il s’agissait de fonder sur la base des élections toute la hiérarchie sociale, ide laisser la commune élire ses administrateurs, de même que le ‘département.1l fallait:supprimer tous les proconsuls recevant leur mission du ministère ».: La pensée de: Herzen reste exacte- “ment la même qu’en 1848: I1 critique moins le suffrage universel que son-application à la seule élection d’une. chambre unique. La décentralisation, l'élection à toutes les fonctions publiques, la transformation de tous les représentants du pouvoir exécutif -en simples mandataires restent pour Herzen,:en: 1849 comme -en: 1848, des premiers fondements-de la république anarchique. ‘11 ne renie rien de ce qu’il:a affirmé, au: contraire 1l-répète que :Blanqui.seul:avait raison: «ILaccompris qu’il ne -fallait rien ‘réparer; parce que’ le: premier -problème était de détruire; tout -ce: qui: existe: ». Herzen est: toujours, comme: en:septembre:et -en novembre :1848, du côté de :Bakunin -contre Proudhon, ‘lorsqu’il:s’agit des moyens de: réaliser l'anarchie ou du -moins de la préparer (1):11 continue à vouloir l’imposer parle haut au “lieu ‘de la proposer parle bas,-suivant une-expression..de Prou- -dhon (2), par l'initiative des masses. économiquement ;organi-

-sées.

(x) « Je nie toute possibilité de sortir de l’impasse actuelle sans la destruction de tout ce qui existe » (lettre du :5 novembre :1848, éd. : Lernke, t! V, p.248). « La victoire’dela démoeratieet du socialisme n’est possible que par l’extermination du monde présent avec son bien et son mal et sa civilisation » (lettre du 8 novembre 1848, éd. Lermke,

(2) Confessions d’un révolutionnaire, Œuvres complètes, t\lX; p.163.

Aussi s’intéresse-t-il fort peu à la Banque d’Échange. Des séances du conseil d'administration de cette banque auxquelles il a peut-être assisté, mais dont tout au moins il a lu les comptes rendus, il retient seulement la déclaration d’un Américain, Breasben, que la république poursuivant uniquement légalité politique est incapable de devenir sociale (1). Il ne croit pas, comme Proudhon dans Le Peuple, à la possibilité de ramener. entre le peuple et la bourgeoisie la réconciliation nécessaire à la conciliation des intérêts, indispensable au socialisme. Pour lui, comme au lendemain des Journées de juin, cet accord est impossible. Le peuple de Paris, enfermé dans un haineux silence, ne prêtera aucun concours aux démocrates. Aussi Herzen ne descend-il dans les rues, le 13 juin, que pour ne pas paraître à ses amis retenu par la peur. Il ne partage pas les illusions que nourrissait Proudhon dans l’heureux effet de sa campagne contre l’expédition de Rome : « Le Peuple jusqu’à son dernier jour sonna héroïquement la charge contre la papauté homicide. La propagande atteignit Jusqu’aux paysans, aux domestiques, aux soldats. Le pouvoir trembla. Encore quelques mois et nous eussions amené les régiments, non pas sans doute à quitter leurs drapeaux et à se révolter contre leurs chefs, mais à prendre d’eux-mêmes l'initiative d’une manifestation dont les conséquences eussent été tout autres que celles du 13 juin » (2). Herzen dans sa retraite de Nice, où il s’est réfugié contre les recherches de la police, ne saurait croire que l’âme de la soldatesque française puisse être soulevée par une protestation contre un ordre de ses chefs. Pour lui la France, poussée par son histoire, son tempérament, son goût du despotisme va au césarisme napoléonien, qui déchaînera, par les haines soulevées chez les ouvriers, son antithèse, le communisme destructeur. À mesure que Herzen se détourne de la France

(x) Éd. Lemke, t. VI, p. 103. (2) Confessions d’un révolutionnaire, ch. XVII, p. 266.

- pour placer sur la Russie ses espoirs d’avenir, sa route s’écarte encore davantage de celle de Proudhon.

Celui-ci n’a donc nullement transformé les conclusions auxquelles Herzen était parvenu en 1848. Son influence directe sur Herzen est restée limitée à la critique de l’État souverain. Mais cette critique sortait si naturellement de tout le mouvement antérieur de la pensée de Herzen, que celui-ci semble tout prêt en 1849 à contester ce qu’il doit à Proudhon. « Regardez, dit-il dans la X® des Lettres. de France et d'Italie, avec quel effroi on écoute Proudhon dire audacieusement et ouvertement les choses dites par Feuerbach il y a quelques années » (1). Il n’attribue à Proudhon que des redites de Feuerbach, et, comme il a lui-même depuis longtemps dépassé Feuerbach dans l’extrême-gauche hégélienne, il laisse vaguement entendre que c’est Proudhon qui l’aurait rejoint lui-même sur le chemin de l’anarchie. Mais Proudhon a bien avant lui appliqué la négation du dualisme de Dieu et de l’humanité de Feuerbach à la négation du dualisme de l’État et de la société. Si Herzen tendait de lui-même vers cette négation sous l’influence de son expérience de la vie italienne et de ses réflexions sur la Révolution, il n’y était pas encore parvenu. Proudhon a incontestablement hîté ce dernier pas. Aussi Herzen écrit-il plus justement dans son chapitre xLi de Byloe i Dumy, consacré à Proudhon : « Je lui suis redevable de beaucoup dans mon développement » (2). La formule est très juste. Proudhon a été pour Herzen un guide plutôt qu’un maître, un levain plutôt qu’un prêteur d’idées nouvelles. Dans ces années 1848-1849, comme dans les précédentes, Herzen a conservé son extrême personnalité et son indépendance. Son anarchisme garde ses traits distincts.

(x) Éd. Lemke, t. VI, p. 97.

© (2) Zbid., t. XIIL.

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