Tn, V. 709, 719 sq
3. Cf. Salomon, X, ao. Les Grecs modernes disent comme nous : «^Apy^po to '(u7r,{i2, x?^*^^^ "^^ (TKtficôc. » Sur les dictons primitifs de la Grèce et leur caractère impersonnel, cf. H. Ouvré, op. cit., p. 3i, et Burckhardt, Griechische Kaltargesckiekte, III, p. i3o; — sur leur conservation, cf. Wachsmuth, Dai alte Griechenland im neuen, p. 46 sq.; — sur les relations qu*on peut établir entre les proverbes hésiodiques et ceux des autres écrivains grecs, cf. Davies, Hesiod and Theognis, ch. HI; cet auteur parait ignorer l'inscription gnomique que nous avons déjà citée (C. I. G., i^3io),dont les vers 3, 5, 9, lo rappellent d'assez près certaines maximes hésiodiques sur la nécessité du travail, la dignité de la vie conjugale, les dangers de la navigation.
k. V Ancien Testament, par exemple, est très riche en maximes de divers genres: les neuf premiers chants du Livre des Proverbes ne consistent qu'en enseignements dogmatiques : « Mon fils, écoute mes paroles,» — «Mon fils, écoute ma sagesse, » etc. ; mais les suivants sont composés surtout de proverbes, dont quelques-uns rappellent d^assez près certaines sentences hésiodiques : « Trésors mal gagnés ne profitent point. » — « Qui travaille d'une main paresseuse devient pauvre, mais la main des diligents enrichit. » — « La langue du sage est de l'argent précieux. » — «Le pauvre est odieux même à son égal. » — « L'œil de Dieu est partout. » — « Qui cultive son chimp a de quoi se rassasier, » etc. (Prov. de Salomon, 2, 4, 20, i36, i54, 5o5, trad. E. Reuss;.— cf. Tr., v. 352, tm sq., 719, 317, 267, 299 sq.)
Les Latins citaient couramment des proverbes identiques à ceux que rapporte Hésiode; cf. Plante, Mercalor, v. 771 ; « Nunc verum ego illud verbum esse experior vêtus, Aliquid mali esse propter vicinum malum» {Tr., v. 366 : irT|(jia xaxb; yeiTcov); — Festus, de Verb. sign., p. i65 : « Nec mulieri nec gremio credi oportere proverbium estn (Tr., v. 376: "G; ôè yiivaiÇi tcItioiÔe, Ttéwoiô' yt çtjXiqttj<tiv); cf. l'expression muliebris Jîdes (Plaute, Miles Gloriosus, v. i/|56).
Parmi les peuples modernes, aucun n'est peut-être aussi volontiers sentencieux que les compatriotes de Sancho Pança ; or plus d'un proverbe hésiodique a son équivalent en espagnol. Des vers que nous venons de citer sur la discrétion peuvent être rapprochés les dictons suivants : <( La boca y la boisa, cerradas. » — « La lengua larga es seilal de mano corta » (J. Ortiz del Gasso, Coltecion de rafranes proverbios Castellanos, Marseille, 18^19, p. 62). — «Travaille,» dit Hésiode à Perses, «pour que Déméter te chérisse » {Tr., v. 299-300); c'est notre proverbe : « Aide-toi, le ciel t'aidera» ; l'espagnol dit aussi : « Al valiente Dios le ayuda» (Ortiz, p. 1 1). — « Il faut se méfier, dit encore Hésiode, d'une femme coquette qui convoite votre fortune » (v. 373 sq.); idée que l'espagnol exprime en ces termes : « La mujer, cuanto mas se
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ils appartiennent pour ainsi dire au domaine public, on chacun vient puiser à Toccasion, sans que personne puisse se flatter d*avoir rien inventé, ou doive se faire un scrupule de prendre le bien d*autrui. Chez un auteur aussi ancien qu Hésiode, on ne peut, faute de témoignages, déterminer le degré d'originalité de chaque sentence; parfois seulement un indice extérieur peut nous faire soupçonner un emprunt. Après avoir prédit aux rois injustes une vengeance de Zeus et de Dikê, le poète conclut que a l'œil de Zeus voit tout et que rien ne lui échappe » ' ; mais, auparavant, il rompt la suite des idées pour insérer une réflexion qui généralise le cas de ses adversaires : « C'est à lui-même qu'il prépare des maux, celui qui veut en pr emparer aux autres; une mauvaise pensée est mauvaise surtout pour celui qui la conçoit >. » Ainsi intercalé, ce proverbe a tout l'air d'une citation; or où peut-elle être prise, siiiou u ce fonds commun dont l'existence se révèle précisément par sou influence sur les premiers moralistes ^P Plutarque rnconlo que certains vers gnomiques d'Hésiode passaient pour Hve l'œuvre de Pitthée, aïeul maternel de Thésée; sans s'attacher à une attribution aussi fantaisiste, on peut admettre répondant que cette prétendue collaboration est un symbole (les emprunts faits par Hésiode à la sagesse populaire, emprunts dont la tradition aurait conservé un vague souvenir 4.
Pour n'être guère autre chose que des lieux communs, les
mlrn lu c«ra, tanto mas destruye la casa » (Orliz, p. 4g). Les Basques disent égaleiiioiil : (( Prends une femme, et après dors tant que tu voudras, car elle aura assez de Mohi de l'ëvuillor (Oihonart, Atsotizae edo reframe [Recueil de proverbes], Paris, 1657, prov. Il g). N'est -ce pas la m<>mo que nous avons vue «consumer sans torche son innrl »? — Knfln, un proverbe courant en Espagne : «Muchos pocos hacen un mucho» (Orllx, p. Ûo) est la transposition très exacte de deux vers des Travaux (36i-36a): Kl Y^P ^*^ ^^^ apLixpbv Elit apitxpô> xaradclo, )i«\ Osiiài ToOt' ïpSoi;, Taxa xev \i.éyoi xa\ to y^voito. I. 7'r., y, 1(^7 sq, ». 7V., v. i05 aÛO.
.H. Poppn^ailor (Xnr Compos, der Hesiodischen Werke und Tage, p. 645) a déjà fait iM»lloiupp«>i»lllon, mais en l'étendant à tous les vers de portée générale aôB-aôg. Les vtMH 1(^7 s(|. font tn)p bien corps avec le mythe précédent pour qu'on admette à leur nujnt Itt ni^nio hypothèse. Le proverbe que nous commentons était aussi en honneur rho« nous au Moyon-Ago, comme le prouve la citation qu'en fait I^ Fontaine (IV, 11) : « Toi, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui Qui souvent s'cngeigne soi-même. »
V,(, l^Kope, f. t^l* llalm.
V Cf. Plutarque, Thésée» III, 4-B î «^Hv dk t^îç aoyfa; èxefvtj; Toia>5TQ -nç, wç
l'expression des idées morales dans les «TRAVAUX)) 125
proverbes hésiodiques ne sont pas dépourvus d'originalité. Si le sens des maximes de morale pratique ne varie pas sensiblement, la forme peut en être indéfiniment modifiée suivant le tempérament de chaque auteur. Adapter les sentences à son enseignement poétique, y trouver un point d'appui pour étayer son argumentation, c'était déjà les rajeunir et faire preuve de personnalité. Mais bien souvent, chez Hésiode, le proverbe remplit exactement un vers » ; pour l'ajuster à cette mesure, il faut en condenser l'expression, trouver des termes qui frappent l'esprit et dispensent le poète d'un plus long développement 3. « Les biens volés ne valent rien, les présents des dieux sont bien préférables. » — «Qui parle mal des autres risque d'entendre pire 3. )) Il n'y a pas dans ces pensées un mot de trop ; leur brièveté, leur sécheresse est évidemment calculée; elles ne visent pas au pittoresque, mais à la netteté et à la rigidité : le poète les réduit en formules que l'on puisse aisément retenir par cœur. L'emploi de l'antithèse contribue souvent à donner aux sentences leur forme lapidaire : grâce à elle, on oppose d'un mot le bien etle mal, le succès et l'infortune, le modèle à suivre et l'exemple à éviter. Cet artifice de style est si naturel en cette matière qu'il s'y introduit même
IfotxEv, l8loi xa\ 8uva(Jiu» ors yifir^ai\kVioz ^HertoSo; eu6oxi(Jis7 (lâXt^ra icep\ ta; êv toI; "EpyoK yvwiioXoyiaç. Kol jAÎav toutcov èxei'vY)v XÉyouatv HiTÔéu); eîvae*
Miffdbc d' àvSpt ^Cktù etpr^êvo; apxto; ïaztû.
ToOto (Aev o^v *Apt9TotsXY]; 6 çtXâcroço; tîpr^xv*. » Ce vers figurait sans doute dans le recueil attribué à Pitthée, que Pausanias (II, 3i, 3) dît avoir vu à Trézène. Quant aux passages où Aristote fait allusion à ce vers, nous en connaissons deux {Eth. Eud., p. i34ab, — £</i. Nic.^ p. ii64a); la citation y est faite incomplètement (piiaOb; S' àv6p\ 9t).ci), — (itoôbc 2* àv6pO et présentée comme celle d'un adage' usité couramment, avec cette signification que l'amitié suppose l'égalité sociale entre ceux qui se lient.
1. Cf. notamment v. agS, Boa, 3o8, 3ii, Sig, 3ao, 346-348, 352, 355-357, 363-365, 373, 38o, 4ii, 4i3, 5oo, 5o3, 686, 694, 731.
a. Nous avons vu (p. 4) que l'analogie est souvent frappante entro les proverbes d'Hésiode et les vieux dictons en prose attribués aux Sept Sages; selon toute vraisemblance, c'est Hésiode qui a mis en vers ces antiques aphorismes, comme a fait La Fontaine en écrivant, par exemple:
(( Un tiens vaut, ce dit-'On, mieux que deux tu l'auras » (V, 3).
Cf. encore la fin du vers 4o : ...icXêov fj|iiau navrée, avec l'aphorisme prosaïque àp/rj f|(ii<ru navrd; (Diogénien, H, 97).