‹ Hésiode et son poème moralChapitre 102 sur 165 · Tr., Y · texte numérisé non relu

Tr., Y

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El 6è xaxbv eticotç, taxa x' otÙTo; (uTÇov axouaai;.

I a6 HÉSIODE

en dehors de toate préoccapation littéraire >. Mais, outre la fréquence de ces oppositions, la précision des termes qui se répondent et la construction symétrique des phrases ne peuvent être dues à Tinconscient travail des siècles; une volonté s'y manifeste :

Ez^zy s 5JSEV cvsissr, afipYiij ce t ovetooç.

Kxî B:^£v Bç x£> cw, xatt jât; îi'jLev oç xsv [iy; 3û ».

C'est un procédé constant chez Hésiode, et assez caractéristique non seulement de sa manière d*écrire, mais de son tour d'esprit, pour prouver que Texpression tout au moins est ori*rinale5. La pensée est assez générale pour n'appartenir en propre à aucun auteur; mais Hésiode la rend sienne par une forme qui la précise, qui donne à Fadage plus de consistance, et en fait un instrument parfaitement adapté à sa fin éducative^.

Ces formules concises, énergiques, incisives, sont la forme par excellence du jugement moral; mais sera-t-il possible de

I. Par exemple, dans nos pro^-erbes populaires : « A père avare, fils prodigue, » — «< Après la pluie, le beau temps, » — « La parole est d'argent, le silence est d'or.» De même en latin : « Quod licet Jo\i non licetbovi; » en espagnol : «La mujer pulida, la tasa sucia » (Ortiz, p. S9), etc.

a. Tr., Y. 3u, Sig, 35i.

3. Chez Hésiode, l'emploi du procédé antithétique n'a pas seulement pour effet d*op]x>scr deux termes, mais souvent aussi deux idées, deux personnages, deux tableaux : Hésiode et Perses, Hybris et Dikc, le bonheur des justes et le châtiment des pri'varicaleurs, l'âge d'or et Tàge de fer, etc. Cf. p. i35 et 162 sq.

h, l'no question se pose encore : certains proverbes ne seraient -ils pas empruntés tels quels à des recueils poétiques antérieurs à Hésiode? Si cette hypothèse en ellemême n'est pas invraisemblable, la preuve directe en est impossible à faire, ce qui no permet aucune affirmation précise. La présence chez Homère de proverbes de même sens ne saurait être invoquée ici ; car, ainsi que le fait obsener M. Stickney {op. cit., p. khX les sentences sur lesquelles les héros appuient leurs argumentations forment moins souvent des hexamètres que des parémiaques; et nous verrons (p. 198) que celle forme est rare chez Hésiode. — Remarquons, d*autre part, que l'on no trouve dans les proverbes monostichiques d'Hésiode que deux imitations précises d'Homère, aux vers 817 (cf. Od., Wll, v. 3^7, cité p. ii5, n. 5) et C86 (cf. II., XXll, v. 76 : toOto Se oixTKTTOv «IXE-cai ôeiXol<T( PpoToîaiv); partout ailleurs, les mômes idées sont exprimées on termes assez différents: cf., par exemple, Tr., v. 721 :

El 6k xatxbv sÎtcoi;, xix^ »' aOtb; {«t^ov àxo-Jdai;, et II, XX, V, 25o :

*07rTCot6v x' EritYjTÔa ËTTo;, Toîdv x' iicaxo'jaoti;' l'opposition entre les verbes ciueîv et «xo-jeiv est le seul trait commun à ces deux vers. Cf. encore Tr., v. 376, et Od., XI, v. 627 (cités p. 83, n. 4). En ce qui concerne 1» forme, Hésiode ne doit ici presque rien à VHiade et à VOdyssée.

l'expression des idées morales dans les «travaux» 127

les grouper en raisonnements? Pour rapprocher et comparer

des pensées, il ne suffit pas de les juxtaposer : elles doivent

être agencées et par conséquent se fondre, ou tout au moins

se mouler Tune dans l'autre. Un amoncellement de pierres

cubiques, quelle que soit la perfection de leurs lignes, ne

constitue pas un édifice. Or, la sentence hésiodique n'est guère

malléable, puisqu'elle doit justement sa force à sa précision

rigide; d'autre part, ces maximes consistent presque toutes

dans la constatation d'un fait ou dans l'affirmation catégorique

d'une idée. Chacune d'elles est donc, par sa forme aussi bien

que par sa portée morale, un tout auquel on ne peut guère

toucher, qui ne se prête pas à la discussion et s'enchaîne

difficilement avec d'autres propositions. Lorsque Hésiode veut

traiter la question des relations de voisinage, il se borne à

affirmer et à répéter qu'un bon voisin est précieux autant qu'un

mauvais peut faire de mal»; la seule conclusion qu'il tire de

celte remarque, c'est qu'il faut être en bons termes avec ses

voisins, ce qui était déjà le point de départ du développements

Le poète passe ensuite à un sujet dont le rapport avec le

précédent est aisé à saisir, les cadeaux : il ne faut donner qu'à

ceux qui aiment à donner, il ne faut pas extorquer un présent;

chacune de ces deux propositions est répétée sous plusieurs

formes, et c'est au fond la même idée que toutes deux expri-

ment3. Le raisonnement n'avance guère, ou plutôt il n'y a pas

de raisonnement : c'est une accumulation de formules, dont

chacune est l'expression plus ou moins différente d'un même

principe. Ce fait est frappant surtout dans les préceptes de

piété et de politesse : l'esprit de toutes ces maximes est le

même, mais chacune d'elles est logiquement indépendante de

celles qui la précèdent ou la suivent.

Si les sentences ne peuvent suffire à composer un raisonnement suivi, elles peuvent cependant, mêlées à d'autres formes, en constituer un des éléments. Le cas le plus simple est celui où un proverbe sert d'argument pour prouver l'opportunité

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