‹ Hésiode et son poème moralChapitre 105 sur 165 · Id., ibid., p. 65-A · texte numérisé non relu

Id., ibid., p. 65-A

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rétablissement d'un comptoir commercial, ou simplement un marché un peu compliqué à conclure sur l'agora. Chacun devait être capable, en toute occasion, de peser le pour et le contre; la science du raisonnement se développait naturellement, parce qu'elle était la sauvegarde des intérêts communs et particuliers. Mais pour un contemporain d'Hésiode, l'étranger était, à peu de chose près, l'inconnu; la vie publique n'existait guère; quant à la vie privée, elle était assez simple, assez uniforme surtout, pour que la conduite n'en exigeât pas dans chaque circonstance un grand effort de réflexion. Pour connaître le prix d'un bœuf ou les égards dus à un voisin, il n'y a pas besoin d'une discussion bien approfondie; pour accomplir à propos les divers travaux des champs, rendre à chacun ce qui lui revient, traiter les autres comme on voudrait être traité soi-même, il suffît d'appliquer exactement un certain nombre de formules invariables, de recettes d'autant plus faciles à suivre qu'elles sont plus rigoureuses. La monotonie des jours et des mois, qui ramènent aux mêmes dates les mêmes occupations, ne laisse guère de place à l'imprévu, aux événements soudain embrouillés, aux cas de conscience à résoudre. Si Hésiode n'est pas un dialecticien, c'est qu'il ne pouvait pas, c'est qu'il nç devait pas l'être : son livre n'est pas un traité, c'est un code; or, un code ne discute pas, il prescrit; un raisonnement tant soit peu abstrait, si simple qu'il fût, aurait entraîné Hésiode en dehors du domaine matériel et pratique où il était confiné, non par une volonté réfléchie, mais par des nécessités extérieures qu'il subissait inconsciemment.

Quelle que soit la tendance d'Hésiode à donner aux sentences une forme aussi générale que possible, il ne faut pas oublier que les Travaux^ outre leur valeur didactique, présentent pour ainsi dire un intérêt dramatique. A travers l'impersonnalité des préceptes, nous voyons toujours vivre et agir des êtres bien réels, le poète, Perses ou les juges de Thespies. Tel conseil

l'expression dès IDEES MOtlAiES DANS LÈS « tRAVAUt » l3t

qui nous paraîtrait, en lui-même, oiseux ou obscur, devient plein de sens et de sel dès qu'on y distingue une allusion précise. Nous avons vu Hésiode engager son disciple à « amener des témoins, en plaisantant, même avec son frère » : c'était une âpre ironie que d'adresser ce vers à Perses. Le trait n'est pas moins piquant, lorsque sous le voile d'une forme sentencieuse il déclare à ce mendiant sans feu ni lieu que « son bien sera mieux chez lui que chez les autres », et que «l'on n'éprouve pas d'inquiétude pour ce que l'on garde chez soi » '. Il est difficile en effet que la personnalité ne conduise pas à la raillerie, surtout quand on a d'aussi bonnes raisons pour ne pas ménager les personnages que l'on met en scène. Le poète ne peut faire aucun retour sur lui-même et sur son entourage sans qu'une intention satirique se mêle à ses préoccupations de moraliste; or la grande originalité d'Hésiode tient justement à ce qu'il ne disparaît jamais derrière ses créations au point de se laisser oublier. C'est le premier écrivain, à notre connaissance, qui ait fait usage de l'apologue pour exposer un fait personnel; dès lors, l'allégorie n'a pas seulement pour effet de flétrir l'injustice des puissants : c'est une injure sanglante pour les rois prévaricateurs, que la métaphore qui les compare à un oiseau de proie. C'est là un procédé que la satire a souvent employé; Simonide d'Amorgos, dans une sorte de parodie des Catalogues, a fait la critique des diverses espèces de femmes, en les rattachant par leur naissance à un animal ou à un élément qui leur aurait transmis son.caractère naturel : l'une, née de la truie, <( ne se lave point, porte des vêtements malpropres, et s'engraisse, assise dans son fumier; » l'autre, issue d'une chienne, « veut tout entendre, tout savoir...; errant partout, elle aboie, même quand elle ne voit personne... et ne cesse de crier sans motif; » une troisième, celle qui descend du singe, « connaît toutes les ruses, tous les tours..., elle n'a toute la journée qu'un souci, qu'une préoccupation , chercher à faire le plus de mal possible ^ . »

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